mercredi 30 avril 2014

Mission Incorrecte: Représenter l'extrême droite dans la littérature ado

Chronique en forme de réflexions, ou réflexions en forme de chronique, à la suite de la lecture de l'excellent Bloc de Haine par Bruno Longchampt, chez - who else? - Sarbacane évidemment.

Bloc de Haine, ce sont des bribes de l'histoire d'Alex, 25 ans (parfois 17, parfois 7, parfois 21 au gré des flashbacks), qui vit pour l'instant en prison, ce qui n'est que très moyennement son truc, surtout depuis qu'on lui a collé dans sa cellule un codétenu 'bougnoule' et probablement 'pédé' alors que c'est précisément la haine qu'il porte à ces gens-là qui l'a mené en prison. Une haine qui s'est transformée en un acte de violence inouïe, un jour, apparemment sans préméditation. Enfin, sauf si l'on appelle 'préméditation' des années de sourd ressentiment, nourries par les journaux télé et les petites bagarres quotidiennes dans son quartier de Marseille, "un quartier malfamé perché sur une colline aux ruelles bourrées d'Arabes" (56).

Un sourd ressentiment nourri aussi par sa rencontre avec Julie, jolie, friquée, bien fringuée, très bien sous tous rapports, et membre du FN. Il la rencontre au soir du 21 avril 2002, s'étant incrusté par curiosité à la fiesta du parti. Aux côtés de Julie, il apprend qu'il est possible de raisonner, de structurer, de justifier, de politiser, d'articuler sa haine. Il a raison d'avoir la haine. Dans la grande maison des parents de Julie, on lui explique d'ailleurs que son nationalisme est beaucoup trop naïf: il ne va pas assez loin.
[Alex] - C'est un Antillais, le bonhomme. Pas un clandestin débarqué en bateau. Les Antilles c'est la France, non?... enfin, ce que je veux dire, c'est que ça n'a rien à voir avec les Arabes ou quoi...
- Antilles, Afrique: je ne vois que des nègres, moi. La même race! Non... Si tu savais le bordel que c'est, là-bas! On est loin de l'image de la glorieuse colonie que tu as l'air de te faire, mon grand! Les vieilles familles françaises souffrent, c'est terrible! Parce que c'est bien simple, les nègres en veulent aux Français de faire vivre l'économie de leur petite île, d'avoir du patrimoine. Ben merde! Ils croient quoi, les bamboulas? Si on n'était pas là, ils crèveraient la dalle...
La représentation des idées d'extrême droite dans la littérature jeunesse se fait souvent de manière maladroite. Didactique, gnangnan, politiquement corrects, ce sont souvent des livres qui cherchent à prôner le vivre-ensemble, l'acceptation de tous, et à dénoncer les méchants pas beaux qui pensent mal. Je ne vais pas citer de titres, mais lors de mes recherches en littérature jeunesse engagée j'ai rencontré beaucoup de livres comme ça, gentillets et bien-pensants. Des livres qui n'osent pas donner directement la parole aux fachos, qui n'osent pas répéter certains mots, et qui, s'ils le font, s'arrêtent en route pour revenir sur ce qu'il s'est dit: "c'était pas bien, hein, ce qu'il a dit le monsieur?". Bruno Longchampt ne fait jamais ça. Alex et les autres balancent tout ça, et c'est tout.

Je me suis senti une grande affinité avec ce parti pris. Quand j'ai écrit La pouilleuse, l'une de mes stratégies était de répéter tels quels les discours que j'avais entendus quotidiennement lors de ma prépa à Henri-IV. Des discours violemment classistes, racistes et homophobes, par des ados de dix-huit ou dix-neuf ans qui ne voulaient pas qu'on touche à leurs privilèges. Mais je voulais que ce soit sans commentaire; ce sont des discours qui se suffisent à eux-mêmes.

Dans la littérature 'pour adultes', ce type de parti pris est extrêmement fréquent. En littérature jeunesse, c'est beaucoup plus rare, parce qu'on pense souvent que "l'enfant" ou "l'ado" est incapable de meubler ces silences de ses propres commentaires.

Ce n'est peut-être pas sans raison. Une critique de La pouilleuse sur Internet, par une ado de quatorze ans, disait: "J'ai détesté ce livre. C'était horrible, l'auteur est atrocement raciste." Narrateur, auteur - où est la frontière? Peut-être que ce n'est pas si évident que ça quand on commence à peine à se frotter à la lecture. Après tout, à quatorze ans, j'avais eu de sérieux doutes quant à la possibilité d'écrire un livre comme Lolita sans être soi-même un pédophile chevronné.

Mais évidemment, tant qu'on ne se confronte pas à ce genre de textes, on n'apprendra jamais à négocier ces non-dits, à se faire son opinion.

Bloc de Haine est l'un de ces très rares livres pour la jeunesse qui parvient à mettre le lecteur dans un état d'inconfort et de malaise profond. Il ne 'parle pas de' l'extrême droite, ce n'est pas un livre 'sur' les thèses du FN, ce n'est même pas 'une étude de cas d'un jeune qui se radicalise'. C'est un roman à thèse, bien sûr, un roman engagé, dans le sens sartrien du terme - c'est-à-dire un roman qui force le lecteur à prendre position, non sans violence, mais avec un immense respect pour le jeune lecteur. 

Un jeune lecteur traité comme quelqu'un qui n'attend pas forcément des réponses, mais qui veut qu'on lui fournisse les données du problème, sans tricher. Les données du problème, quand il s'agit de l'extrême droite, c'est un certain vocabulaire, qui diffère d'ailleurs selon qu'il est public ou privé; ce sont certaines situations, certaines personnalités, une certaine évolution personnelle et sociale. 

Les données du problème, c'est aussi le fait qu'il est naïf de penser que tout peut se régler si on dit pardon ou si on regrette, ou qu'il est facile de vivre avec les autres si on y met du sien. Les autres, c'est toujours infernal.

Beaucoup trop de textes pour enfants et adolescents cherchent à dénoncer les idées extrémistes mais en éludant complètement ce qui en constitue les éléments centraux. Bloc de Haine montre parfaitement le respect qu'on peut avoir, en littérature ado, pour la capacité du jeune lecteur à prendre possession de ces éléments, sans commentaire. 

mercredi 23 avril 2014

Entre deux chaises: petits dédoublements quotidiens

Je viens de finir un article universitaire sur Matilda. En gros, je n'en dis pas du bien. Oh là! non pas du tout.


Je vais pas vous dire pourquoi, mais c'est une critique idéologique du livre qui s'inscrit dans mon nouveau projet de recherche. En général, ça m'est égal, en tant qu'universitaire, de dire 'du mal' des livres - ce n'est pas vraiment 'du mal', après tout, c'est une critique argumentée et étayée qui est censée faire avancer la recherche. Oui, mais là, le problème, évidemment, c'est que je me souviens que ça, c'était moi, il y a une quinzaine d'années:


Ben oui, comme beaucoup d'intellos bobos universitaux accros aux bouquins, j'étais une mini-Matilda qui à la fois jalousait et adorait la surdouée la plus célèbre de toute la littérature jeunesse. Donc j'écris mon article, blablabla, livre idéologiquement problématique, sous-tendu par des valeurs profondément ceci et cela, et tout le temps il y a mini-moi qui me donne des coups de coude pour me dire:


Hého, je réponds, la ferme pour voir? C'est pas parce que je critique que j'aime pas, hein! Oui d'accord la critique est sévère, mais...


... mais n'empêche que bon, c'est vrai, si on est un minimum honnête en tant que chercheur, les critiques qu'on fait à un livre ont un impact direct sur notre appréciation du livre, évidemment. Evidemment que je ne peux pas me permettre à la fois d'idolâtrer le bouquin et d'expliquer avec sincérité pourquoi il est hautement douteux.

Et puis ensuite, quand on critique un livre et qu'on est aussi auteur jeunesse, il advient un deuxième problème: le retour culpabilisant sur ses propres productions littéraires. Cette fois c'est l'esprit de Roald Dahl lui-même qui vient me sermonner (sous la forme d'une imitation assez mauvaise du dessin de Quentin Blake) :





Normal. On critique, on critique, et puis tout à coup on se dit ohmerdalor, mais je fais exactement la même chose! moi aussi problème idéologique machin truc! moi aussi valeurs transparentes naturalisée normalisées! mékelconne! 


Alors du coup la fois d'après, c'est l'inverse. J'écris mon manuscrit de bouquin pour enfants, trankil, on est relax, ça va nickel, ça se passe bien et soudain... mon surmoi universitaire se joint à la fête pour me dire fais pas ci fais pas ça, tu entres pile dans tout ce que tu dénonçais ce matin quand tu écrivais cet article tu te souviens? hein?

En général, la réponse ne se fait pas attendre:


Exercice quotidien de dédoublement de la personnalité, donc - écouter le mini-moi dans certaines circonstances et pas dans d'autres; essayer de faire en sorte que l'auteure et l'universitaire ne se croisent jamais au détour d'un couloir, sauf si nécessaire. En général, c'est un compromis qui ne se fait pas sans un petit peu d'auto-violence:


Mais sinon, ça va, je me soigne. Enfin, on se soigne. Toutes les deux. Trois. Huit.

Et vous, vous êtes combien?

mercredi 16 avril 2014

Il était une fois une fille qui n'avait pas mis son blog à jour depuis presque un mois

Oui, oui, I know! C'est juste que, je t'explique, d'abord j'étais en vacances dans le nord, à Manchester et ses environs:

oh le beau temps
Ensuite j'étais en vacances en France pour l'anniversaire des 90 ans de mon grand-père:
avec plein de grenouilles
Ensuite c'était le Cambridge Literary Festival, où j'ai rencontré plein de petits zenfants et leurs parents:

moi en train de torturer publiquement des petits lecteurs

z'ai fait un bô dessin
Oui paske les amis, c'était notamment pour célébrer la sortie de mon tout joli Scam on the Cam, le dernier tome des aventures de Sesame Seade!

juste trop magnifique, #quedubonheur
Donc voilà pourquoi mon blog angliche a reçu un peu plus d'attention récemment. Cependant, j'ai trouvé cinq secondes pour écrire un billet de blog en cette triste et joyeuse semaine. Joyeuse, parce qu'il y a du soleil en Anglicheland! Triste, parce que c'est la semaine de l'anniversaire de la mort de ces deux-là:

une petite pensée en forme de guili-guili au chignon










Où en étions-nous? Ah oui. Donc comme je disais, il y a quelques petites nouvelles par-ci par-là. Des nouvelles chroniques pour Comme des images, dont une lecture commune à l'ombre du grand arbre, et puis d'autres par ici:

La littérature jeunesse de Judith & Sophie, 11/03/2014: “Il n’est jamais question de matraquer les ados en leur disant qu’internet c’est le mal. Il s’agit au contraire d’une invitation à la réflexion pour éviter ces situations extrêmes mais de plus en plus fréquentes. Ce roman, c’est aussi des questionnements d’adolescents : des envies d’une autre vie, des personnalités qui se cherchent, des actes irréfléchis, des amours, des amitiés, la pression des études (ici on est au lycée Henri IV à Paris qui forme l’élite de la société)…Ce roman, c’est aussi une fin. Une fin qu’on attend du fait des apartés de la narratrice sur le parcours qui l’a menée dans cet hôpital, mais une fin qu’on n’imagine pas, une fin qui dénote en sortant du fil conducteur de l’histoire tout en étant son dénouement le plus innatendu.”
3 étoiles, 12/03/2014: “Un roman hypnotique et moderne qui décrit avec justesse et intelligence certains travers de la société, les affres de l’adolescence, l’ingérence humaine : le cri primal de l’injustice, le premier non. Enorme premier ***coup de coeur*** roman 2014″.
Sophie lit, 13/03/2014: “J’ai été profondément touchée par le récit de Clémentine Beauvais qui parle d’éléments déclencheurs dans une vie, de prise de conscience, de victimes collatérales, d’amitié manipulée, d’amours adolescentes dans un casse-tête au dénouement tragique.”
Librairie Payot de Genève, mars 2014:
coupdefoudre 
L’ouvre-livres, 14/03/2014: “Mêmes vêtements de luxe, même tennis Bensimon et surtout, surtout : même avenir, même futur formaté, même parcours prévu. Tout est déjà gravé dans la pierre du prestigieux établissement….Ce roman traite de sujets contemporains avec une intelligence qui vous saute à la figure à chaque chapitre. Rien n’y est mièvre ou pleurnichard. Sans pathos, mais avec pleine conscience de notre époque, Clémentine Beauvais nous offre un texte subtil, vrai et dramatiquement probable. Lu en un soir et une pause-déjeuner, dévoré mais pas près d’être digéré.”
La mare aux mots, 14/03/2014: “Souvent dérangé (mais ça fait du bien, parfois, d’être un peu bousculé), on assiste à des scènes parfois dures, parfois violentes. Clémentine Beauvais nous raconte la jeunesse des quartiers huppés, dans lycées aux taux de réussite au bac proche des 100%”.
Livresse, 15/03/2014: “Mais de quoi s’agit-il ? Comment un petit livre de deux cents pages peut-il susciter un tel émoi ? Parce qu’il est criant de vérité, parce qu’il véhicule des messages que chaque adolescent devrait recevoir en son sein.”
Livresquement, 21/03/2014: “A l’image de sa première phrase d’accroche, l’ensemble du livre est incroyablement prenant. Une fois commencé, croyez-moi, vous ne le lâcherez plus !“
CRDP de Paris, 31/03/2014: “Une fois de plus les réseaux sociaux sont mis en cause. Quelle part d’intimité peut-on y dévoiler ? Que faire en cas de violation délibérée de son intimité ? Comment Léo va-t-elle s’en sortir ?Jusqu’à la fin le lecteur croit le savoir. Pourtant il se trompe, l’auteure a choisi de brouiller les pistes pour le surprendre. Un roman qui met en scène des adolescents déshumanisés par leur milieu social. Un regard sur la vie qui changera peut-être les idées reçues.”
Croque les mots, 31/03/2014: “Comment une intrigue aussi simple peut être autant frappante ? Pourquoi un tel sujet nous touche autant ? Peut-être parce que nous sommes la génération touchée en plein coeur…. Ce petit livre est énorme par son fondement. L’auteure a un style qui sait nous toucher profondément, qui sait nous concerner, et surtout : Qui sait se moquer de nous. Je ne m’attendais pas à ce que l’histoire prenne une telle tournure. J’ai été tellement perturbée par cette fin, ces derniers pages qui ont su me rendre bouche bée, et me faire refermer le livre avec pour seule parole le silence. Cette fin géniale.”
Mirontaine, 09/04/2014: “Beaucoup de pertinence et d’intelligence dans ce roman qui au-delà de l’intrigue met en scène des dialogues percutants, vifs avec des références intertextuelles puissantes. A mettre sur toutes les tables de CDI, de chevets, sur les paillasses des salles de science.”
Aziquilit, 15/04/2014: "Le mal-être des adolescents, les dérives des réseaux sociaux, l’estime de soi sont les thèmes abordés par ce magnifique roman."

Je suis parfaitement estomaquée du nombre et de l'intensité des réactions à ce livre, et je remercie encore les blogueurs et blogueuses très très bas jusqu'à en toucher la moquette avec le bout de mon nez. 



Sinon, j'ai des petits truczéchoses en préparation, à divers degrés de probabilité. En vrac:
  • une application d'album pour iPad (probablement)
  • des vrais albums (peut-être)
  • un livre déjanté pour 8-11 ans (probablement)
  • un roman pour adultes sombre et psychologique avec un vrai message social et politique candidat au prix Goncourt de l'année prochaine (pas du tout)
Je vais promis écrire des billets un peu plus consistants sur ce blog bientôt, car je sais que vous mourez tous d'impatience de lire des trucs compliqués de théorie littéraire philosophico-masturbatoire au lieu de regarder des photos de ma bobine et des autoportraits mal dessinés sur des post-it. En attendant, je retourne à un article que je dois finir pour bientôt.

Bises à tous,

Clémentine

mercredi 19 mars 2014

La littérature jeunesse engagée (2/2)

Le premier volet (ici!) concernait surtout la publication de livres jeunesse engagés à travers le monde. Mais je ne vous cache pas que c'étaient davantage les conclusions théoriques de l'analyse de ces textes qui m'intéressaient. En voici quelques exemples, raccourcis et simplifiés évidemment.

A quoi ressemble l'enfant-lecteur 'implicite' de la littérature jeunesse engagée? 

L'enfant-lecteur 'rêvé' par les textes engagés pour la jeunesse (le 'lecteur implicite' dans le vocabulaire de Wolfgang Iser) est, primordialement, quelqu'un qui serait réceptif au texte et à ses implications - et désireux et capable d'agir pour améliorer le monde à la suite de sa lecture. Cet enfant idéal serait donc profondément marqué par ses lectures et chercherait à convertir ces rencontres 'intangibles' en actions réelles.

Dans le jargon sartrien, les textes sont autant 'd'appels' à un lecteur qui, idéalement, s'attellera à une tâche colossale: celle d'endosser une part de responsabilité pour le monde, et de contribuer à le changer. Cette tâche est partagée par auteur et lecteur.

Donc en gros, c'est un enfant-lecteur implicite qui ferait exactement ce que l'auteur lui demande? 

Eh bien, justement... non. Du moins, pas dans les exemples les plus complexes de littérature jeunesse engagée, où il peut se passer des choses très intéressantes.

Prenons par exemple La carie, un album apparemment simple, mais en réalité d'une fabuleuse profondeur, par Avi Slodovnick et Manon Gauthier. Dans cette histoire, Marissa, une petite fille qui doit se faire arracher une dent se voit promettre par sa mère qu'elle aura une pièce si elle met la dent sous son oreiller. A la place, cependant, la gamine refile son chicot à un homme sans domicile assis dans la rue - pensant logiquement qu'il a davantage besoin d'argent. L'homme lui sourit, puis le narrateur clôt le récit en disant: 'Et maintenant, tout ce dont il avait besoin, c'était... un oreiller'.



Bon. Le lecteur implicite du texte est, on l'a dit, quelqu'un qui actualiserait les valeurs du texte. Mais ce n'est pas la même chose que de dire: le lecteur est invité à suivre le comportement de Marissa. En réalité, le texte est tendrement, mais sérieusement critique du comportement de Marissa. En donnant sa dent au SDF, elle n'a rien changé à la situation. Bien sûr, symboliquement, elle a fait une bonne action, et l'homme la remercie par un sourire - sans compter qu'elle a eu raison de remarquer que cet homme avait besoin d'argent.

Cependant, son acte est vain. Marissa est prise dans un réseau de fictions tissées par les adultes. Elle croit que la Petite Souris existe, et qu'elle donne de l'argent pour les dents. Elle croit aussi, tacitement, que tout le monde, y compris les SDF, ont évidemment un oreiller. Elle a tort, et le texte est explicite au moins quant à cette seconde 'croyance': la dernière page du livre, glaciale, montre un lit vide, où le SDF ne dormira pas ce soir.



Le jeune lecteur se détache alors de Marissa pour être plongé dans un gouffre vertigineux de nouvelles questions. Mais alors, si donner sa dent ne 'sert' à rien, que faut-il faire? S'il n'est pas suffisant de remarquer qu'il y a de la misère, comment aller plus loin? L'album reste muet à ce sujet. Le jeune lecteur est 'planté' là, au moment justement où il aurait tellement besoin d'un 'guide' adulte, d'un prescripteur, d'une réponse... Mais il n'y a pas de réponse. 

A partir de ces silences, le jeune lecteur 'idéal' de la littérature jeunesse engagée devient pleinement acteur de son engagement naissant.

Mais l'adulte, il sait, lui, ce qu'il faut faire? 

Selon ma théorisation, non, l'adulte ne sait pas. L'adulte 'caché' de la littérature jeunesse engagée (cliquer pour accéder à mon article sur ce terme un peu technique!) est avant tout un adulte angoissé, incertain, dépossédé de ses moyens d'agir. Ces textes témoignent de l'impuissance de cette autorité. C'est une impuissance telle qu'elle doit s'incliner face à une autre autorité, une autorité en devenir, celle, justement, de l'enfant.

Mais évidemment, personne n'aime se sentir menacé dans son autorité. L'adulte 'caché' n'aime pas ça non plus (j'espère qu'il sera compris ici que je 'personnifie' une entité qui n'est pas réellement une personne, comme expliqué dans l'article susdit). Du coup, ces textes sont aussi extrêmement prescriptifs par moments, extrêmement autoritaires.

On a donc un double discours de l'adulte dans la littérature jeunesse engagé: un discours d'impuissance et d'espoir, et un discours d'autorité et de prescription. Ce double discours, me semble-t-il, ne peut jamais être simplifié en l'un ou en l'autre, bien que certains textes soient évidemment plus ouverts que d'autres.

Donc la littérature jeunesse engagée est par nature utopique, et donc irréaliste?

Oui, mais c'est le cas de toute littérature jeunesse. Car la littérature jeunesse s'adresse à l'enfant, et l'enfant est, pour l'adulte (du moins c'est ainsi que je le théorise...) fondamentalement un être en devenir et donc un être imprévisible.

Puisque c'est un être imprévisible, c'est un être qui pourrait encore tout être. On cherche donc à la fois, en tant qu'adulte, à lui faire adhérer à une certaine position, et à ce qu'ilouelle crée ses propres positions. "Tant qu'il y a de l'enfance, il y a de l'espoir", si l'on peut dire.

Cependant, la littérature jeunesse engagée exacerbe cet utopisme de tout discours s'adressant à l'enfance. Ceci est dû d'abord à ses thèmes de prédilection: c'est une littérature qui parle énormément d'avenir, d'impact des actions humaines, d'espoir, et de la faculté de l'enfant à gagner en puissance au détriment de l'adulte. C'est dû, ensuite, au fait qu'une telle littérature trahit souvent les insuffisances de l'adulte, du monde adulte, de la société et de la politique adultes. Du coup, le motif de l'enfance et son pendant logique - l'adulte en devenir que l'enfant représente - s'en trouvent glorifiés. 

Une telle littérature est utopique, irréaliste, ou du moins idéaliste, parce qu'elle 'compte' explicitement sur l'enfant-lecteur; elle dépend de lui. Mais dans tout discours s'adressant à l'enfant, il y a une demande similaire de la part de l'adulte - un désir, une angoisse d'être écouté.

Tout discours s'adressant à un enfant est toujours en partie un aveu d'impuissance de l'adulte. Cet aveu est assorti d'une demande, d'une imploration. La littérature jeunesse engagée est un corpus de textes qui rend ces aveux, ces demandes, ces implorations plus visibles que la littérature jeunesse 'embarquée'.

Bon allez je me tais. Si vous voulez en savoir plus, il faudra attendre que mon bouquin sorte, et il sera en angliche. Il y a d'autres choses dans le livre évidemment, mais c'est un résumé plutôt cohérent de ce que j'y raconte.

mercredi 12 mars 2014

La littérature jeunesse engagée (1/2)

Je n'ai jamais écrit de billet à propos de ma thèse de doctorat, soutenue l'année dernière, sur la littérature jeunesse engagée (ça devait me saouler de répéter sur mon blog des trucs que j'écrivais à longueur de journée dans la thèse). J'ai parlé du grand méchant mot "idéologie" en littérature jeunesse ici, mais pas techniquement de l'engagement dans la littérature pour enfants. Je vais faire une petite série de deux billets sur le sujet.

ma thèse de toutes les couleurs
En quelques mots: ma thèse portait principalement sur la théorie de la littérature jeunesse. Comme je l'ai expliqué sur ce blog plusieurs fois, la recherche anglo-saxons en littérature jeunesse est très axée sur l'idée que ce type de littérature présente l'adulte comme norme et comme plus puissant que l'enfant. En analysant des albums pour enfants politiquement engagés, publiés internationalement, je cherchais à nuancer cette théorisation.

Dans ce premier billet, quelques observations sur la littérature engagée pour la jeunesse de nos jours.

Qui s'engage de nos jours en littérature jeunesse? 

Très peu de monde. Quoi qu'en disent certains, la très vaste majorité de la littérature jeunesse reste 'embarquée', dans le jargon sartrien, c'est-à-dire portée par une idéologie passive. La littérature jeunesse engagée, qui assume ses positionnements idéologiques (soit dans l'attaque, soit dans la défense de valeurs), reste rare.


Certaines cultures sont plus promptes à accepter et valoriser des livres jeunesse politiquement engagés. Certains pays, dont la France, les Etats-Unis, la Scandinavie, certains pays d'Amérique du Sud, etc. ont une tradition d'écriture pour la jeunesse engagée et quelques maisons d'édition, généralement petites ou indépendantes, qui font de l'engagement politique leur ligne éditoriale.

Ce n'est pas le cas au Royaume-Uni, où la production de livres politiquement engagés, en tous cas pour les plus jeunes, est très faible en ce moment. Cependant il y en a eu par le passé.

L'engagement politique, c'est juste des livres politiquement corrects, non?

Non. La définition du 'politiquement correct' varie, évidemment, mais il est très réducteur de dire que le livre jeunesse politiquement engagé fait seulement dans la bien-pensance bobo-bourgeoise et cherche à montrer comment on peut tous être heureux et se faire des bisous si on oublie qu'untel est noir et unetelle lesbienne, et qu'on sauve tous joyeusement la planète en triant nos déchets.

Il y a beaucoup de livres pour enfants politiquement engagés qui disent des choses gênantes et perturbantes sur nos capacités, justement, à vivre ensemble - qui doutent qu'on en soit jamais capables. C'est le cas de The Island, d'Armin Greder, un album dans lequel un immigrant est traité de manière abjecte, et rejeté à la mer, par une communauté insulaire. Et que dire du Peintre des drapeaux, par Alice Brière-Haquet, dont la fin n'a rien d'un épisode de Dora...

Pour revenir à Sartre, ce type de livres peut mettre en scène sans concessions la difficulté extrême du rapport aux autres; le fait qu'on est jeté les uns contre les autres, avec si peu d'explications, si peu de raisons de s'aimer, qu'on prend parfois des décisions terribles.

Cependant, oui, certainement, il y a aussi de nombreux livres politiquement engagés qui prônent la tolérance, l'amitié, la diversité, de manière utopique et naïve. Ces livres-là sont une autre facette du même phénomène: ils cherchent à apporter des réponses aux mêmes angoisses. Ils le font en simplifiant les réponses plutôt qu'en posant des questions.

Evidemment, il n'y a pas une catégorie (la 'bonne' ) et une autre (la 'mauvaise'), mais des livres tous différents et, pour presque tous, idéologiquement ambigus. C'est cette ambiguïté idéologique qui m'intéressait dans ma thèse.

L'engagement politique fait-il vendre? 

Pas au très grand public. Les livres jeunesse politiquement engagés sont extrêmement ciblés et les maisons d'édition ont une stratégie précise quant aux clients qu'elles cherchent à convaincre. Principalement, il leur faut gagner la confiance et le soutien des prescripteurs. Elles s'appuient aussi sur des communautés de chroniqueurs, de libraires, de parents et d'enseignants passionnés qui communiquent sur Internet et dans des publications spécifiques.

Le prix Coretta Scott King est décerné aux livres qui promeuvent 'un changement social non-violent'
Par contre, il y a de plus en plus de prix qui sont donnés aux livres qui incitent les enfants à réfléchir aux questions sociales et politiques, et ces prix vont évidemment en majeure partie aux livres politiquement engagés. Les éditeurs misent beaucoup là-dessus.

L'engagement politique est-il le signe d'un mauvais livre?

Chacun décide de ses critères de 'qualité', mais il est complètement injustifiable de déclarer catégoriquement qu'un livre 'à message' est par définition un mauvais livre. C'est simpliste. Les maisons d'éditions et les auteurs engagés apportent généralement une très grande attention à la qualité du texte et des illustrations, parce qu'elles savent qu'elles ne vendront pas à un très grand public et qu'il faut donc, par exemple, que leurs livres gagnent des prix.

Oui, mais le texte peut être beau, et l'image belle, et le livre extrêmement prescriptif! Non?

Si, bien sûr. Et ces textes sont évidemment prescriptifs et pédagogiques: ils cherchent non seulement à divertir, mais aussi à interpeler le jeune lecteur quant à l'état du monde. Cette fonction fortement pédagogique du texte engagé est là par définition.

Avant de pousser des hauts cris en disant que l'art doit se suffire à lui-même, il faut se rappeler deux choses:

1) Le soutien à l'art engagé n'a rien de stupide. C'est une position littéraire et idéologique qui a toujours eu ses défenseurs, de Voltaire à Hugo à Sartre. De très nombreux Prix Nobel de littérature sont férocement engagés. Le courant opposé - 'l'art pour l'art' - semble de nos jours en faveur dans la littérature pour adultes. Mais déjà en 1963, Roland Barthes s'agaçait du 'va-et-vient épuisant entre le réalisme politique et l’art-pour-l’art, entre une morale de l’engagement et un purisme esthétique, entre la comprission et l’asepsie’. L'engagement littéraire est une position parmi d'autres, amplement théorisée; l'art pour l'art est la position inverse, qui peut sembler 'évidente' à certains mais ne l'est pas. 

2) La littérature pour enfants est de toute façon toujours-déjà une littérature éducative. Ca, c'est un truc qui ne plaît pas à de nombreuses personnes, mais tant pis. Dans notre civilisation, l'enfant et l'adulte ne se situent pas l'un par rapport à l'autre sur un pied d'égalité. L'adulte a pour 'mission' de socialiser l'enfant. Qu'il le veuille ou non - et ça, les sociologues de l'enfance le théorisent depuis longtemps - l'adulte adopte par rapport à l'enfant une attitude didactique. Ce n'est pas un problème, ce n'est pas une tare, ce n'est pas un scandale. C'est comme ça. La littérature jeunesse est par définition une littérature de socialisation, une littérature qui éduque à la société et à ses valeurs.

Ce qui ne veut pas forcément dire qu'elle opprime et oppresse l'enfant
La littérature jeunesse engagée est une littérature hautement prescriptive, qui revendique son statut de littérature socialisante et en profite pour mettre en avant des valeurs sociales, politiques et culturelles qui lui importent, dans l'espoir qu'elles influenceront l'enfant-lecteur dans ses futurs choix.

Cela veut-il dire que la littérature jeunesse engagée manipule l'enfant-lecteur ?

Le mot 'manipulation' (et 'endoctrinement', etc) revient souvent parmi les détracteurs de la littérature jeunesse engagée. Je pense encore une fois que c'est une réaction simpliste. On peut manipuler quelqu'un de manière explicite ou implicite, active ou passive: ce que les féministes reprochent aux livres pour enfants 'genrés', c'est justement de 'manipuler' l'enfant-lecteur en lui faisant croire que roubignolles et nichons sont la cause de comportements spécifiques.

Evidemment, de très nombreux livres pour enfants politiquement engagés sont coupables de présenter des opinions et des valeurs comme objectives et fixes alors qu'elles sont discutables et subjectives.

Je m'arrête là pour aujourd'hui. Dans le second billet, la semaine prochaine, je parlerai de mes conclusions plus spécifiquement quant à l'étude et la théorie de la littérature jeunesse.

lundi 10 mars 2014

Des mots sur les miens

Ca fait un mois et quelque que Comme des images est sorti et les chroniques sur Internet s'accumulent, et moi de mon côté de la Manche voici un résumé de my life:

mes collègues s'en foutent ils l'ont pas lu et ils parlent pas français

mon copain fait genre il s'en fout pas parce qu'il est gentil, mais il s'en fout un peu quand même
Mais quand même elles sont très, très, très bien ces chroniques et je suis stupéfaite et ravie qu'il y en ait autant, et je veux vraiment remercier les blogueuses et blogueurs qui prennent le temps de lire le livre et de faire des commentaires aussi détaillés... c'est aussi incroyablement utile et éclairant pour moi de voir ce qui a plu, déplu, perturbé et choqué. J'avais déjà fait un billet de blog sur les premières chroniques ici, voici la dernière moisson:

Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait LIVREsse, 23/02/2014: “Une lecture qui trotte en tête et qui vous rappelle qu’il faut plus que jamais regarder au-delà des apparences et renouer une solidarité interpersonnelle perdue. Un texte moderne où l’auteure mélange avec art réflexions de sa narratrice et documents variés, règlement d’ordre intérieur, conversations instantanées sur Facebook, etc.  Le tout formant un récit vif qui vous entraîne toujours plus loin dans la découverte des travers de notre société individualiste. Un roman qui plaît énormément mais qui dérange tout autant puisqu’il appuie là où ça fait mal!”
Le chat pitre, 24/02/2014: “Nos tables de libraires ne manquent pas de romans se déroulant  entre les murs des lycées et des  pensionnats.  Mais il est rare de trouver un ton aussi juste, que ce soit pour parler des amitiés et des amours qui se lient et qui se défont,  ou des angoisses liées à la pression d’un système scolaire et d’une société faisant de la compétition une valeur absolue. Les enfants sages de Clémentine Beauvais sont loin de ressembler à des images. Leurs émois et leurs déconvenues s’inscrivent dans leurs chairs et cela peut faire mal.”
Entre nous, 26/02/2014: “Encore un livre sublime de la collection Exprim’. Commencé et lu d’une traite…”
A voir et à manger, 27/02/2014: “Henri IV a une solide réputation d’enfer sur terre, mais c’est surtout vrai du lycée qui ne forme pas des lycéens, mais les futurs étudiants en grandes écoles. Le bac n’est pas un objectif, mais une formalité et on ne considère ici la réussite qu’à la mention Très Bien. Clémentine Beauvais a été une lycéenne de Henri IV et même si Comme des images n’a absolument rien d’autobiographique, on sent bien qu’elle s’est inspirée de ses propres expériences pour enrichir son roman. C’est sans doute ce qui est le plus intéressant, au-delà de l’anecdote et au-delà des tracas, sentimentaux ou non, de jeunes filles en seconde.”
Biblioado, 24/02/2014: “Une réflexion sur l’adolescence, sur le milieu scolaire et la pression qui peut y voir le jour. Une réflexion sur l’amitié, sur les sentiments amicaux, leur sincérité, leur valeur, réflexion sur la vie des ados et de la violence qui peut envahir leur univers (moquerie, harcèlement). Un roman sans concession qui nous tient en haleine.”
En passant, 02/03/2014: “En tombant de haut, quelqu’un vient de faire sauter le puzzle de sa vie. Elle va essayer d’en rassembler les morceaux pour nous aider à le reconstituer, à petits coups d’analepses. Il va être beaucoup question d’images, le titre ne ment pas : d’image de soi, d’image que l’on donne aux autres, que les autres fabriquent de vous, qu’ils diffusent, qu’ils détruisent, qui se conservent quand même, auxquelles on voudrait échapper (mais on ne peut pas). Sage comme une image ? Oui, à devenir folle. Pour un peu, dans ce monde, on ne serait « plus une personne, mais une image ». Société du spectacle, annonçait le prophète Debord.”
Les lectures de Bouch, 03/03/2014: “Je ne sais pas par où commencer. Ce roman, terriblement court, m’a bouleversée. Après en avoir tourné la dernière page, je suis restée cinq bonnes minutes, là, le bouquin entre les mains, complètement hébétée. Parce que ce roman n’est pas seulement une histoire de vengeance puérile. Il ne nous met pas uniquement en garde contre les méfaits des réseaux sociaux. Non, ça, c’est plutôt la coquille, le voile qui l’englobe. Il parle avant tout des adolescents. De ces adolescents complètement livrés à eux-mêmes, et de leurs parents, totalement déconnectés de ces enfants.”
Spleen La Jeune, 05/03/2014: “On pourrait croire que ce roman traite du cyber-harcèlement, des conneries que font les adolescents … On pourrait croire que ce roman aborde des thèmes qui ne concernent que cette horde d’adolescents débiles. On pourrait mais ce serait se tromper. Comme des images va plus loin, Comme des images est plus profond. Ici, il est question de communication … La Communication. Parents-enfants. Professeur-Enfants. Entre potes. Toute communication. Il est plus facile de balancer quelques conneries que de parler de ce qui agite nos tripes. Il est plus facile de prétendre être que d’être réellement.”
Batifolire, 06/03/2014: “Engouement mérité sur la toile et les réseaux sociaux pour ce roman qui aborde justement le sujet de nos nouveaux modes de communication et les effets pervers qu’ils peuvent avoir.“
L’antre des livres, 07/03/2014: “Aux premiers abords on pourrait croire que c’est un roman qui dénonce le cyber-harcèlement et le danger des réseaux sociaux et d’internet. Ce qui est faux. Bien sûr, on y pense en le lisant, mais ce que ce livre semble pointer du doigt en premier lieu, c’est la course à la réussite, la pression qui est mise sur les frêles épaules des élèves, dès le collège. Et à cela s’ajoute l’importance que l’on donne à la réputation et à l’image, au paraître.”
Le tiroir à histoires, 07/03/2014: “Comme des images est un roman contemporain, ancré dans l’ère 2.0, comme en témoigne sa narration originale, vivante, empruntant volontiers et judicieusement les codes des  nouvelles formes de communication. S’il est question, en toile de fond, de notre rapport nouveau, obsessionnel, voyeur, exhibitioniste, amoral, superficiel à l’image numérique, c’est d’autres images qui sont pointées du doigt : Les images que nous choisissons d’être, ou de chérir, les images des autres et de soi, dans tout ce qu’elles ont de fascinant, d’illusoire, de factice. Et plus pernicieusement, les rapports artificiels qui en découlent.”
A-lu-ciné, 10/03/2014: “Un livre efficace qui se lit très vite et qui marque. Un roman à placer sans nul doute entre beaucoup de mains et notamment celles des ados (et des adultes) qui ne mesurent pas bien l’ampleur des dégâts que peut causer une malheureuse toute petite vidéo postée sur le net.”
Etincelles de plume, 10/03/2014: “Pour vous expliquer l’ambiance de ce roman, la couleur bleu est un bon début. Bleu clair, plus précisément. Car ” Le verre n’est jamais si bleu qu’à sa brisure – Les yeux d’Elsa d’Aragon” ; car le bleu est la couleur dominante sur la couverture; car c’est un monde coincé, qui, en une journée, va éclater en morceau, révélant les vérités, les dangers, la vraie vie… Ce roman est indescriptible, et pourtant, je m’acharne à vous le décrire… Le diagnostic est clair: vous devez le lire. Comme des images est un coup de coeur, un coup de coeur qui marque, horrifie, fascine… Il se lit vite – une soirée pour moi – mais reste gravé en vous par la suite.”
 
La bouquineuse, 10/03/2014: “Un excellent livre car je n’avais jamais ressenti un trouble pareil en refermant un roman. J’étais littéralement perturbée. Et je  pense que je n’oublierai pas cette histoire de sitôt.”
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J'ai aussi donné quelques interviews/ entretiens au sujet de Comme des images et de l'écriture récemment: 
  • Interview pour le Suricate Masqué sur l’écriture (Mars 2014)
  • Interview pour le blog Le souffle des mots sur Comme des images (Mars 2014)
  • Interview pour le blog Jeblo sur Comme des images (Février 2014)
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Et c'est pas tout... regardez ce qu'un centre culturel en Normandie a mis en place pour promouvoir Exprim'!

avec mes très grandes plongeuses en background

Voilou c'est tout!

Ceci était un message du service chargé de l'entretien du petit nombril de Clémentine Beauvais. La livraison normale de billets non-autopromotionnels reprendra mercredi.

mercredi 5 mars 2014

Cette semaine

En Anglicheland cette semaine, c'est la Semaine Internationale du Livre!

Ce qui veut dire que pour moi et pour beaucoup d'autres auteurs, voilà ce qu'on va voir toute la semaine...


Mon amie Kate Rundell va même leur faire son numéro de funambule...


Mon pote Julian Sedgwick va jongler avec des couteaux...


Mais même pour ceux qui, comme moi, ne font que parler et montrer des images...


... les enfants sont heureux.

Et nous aussi:


Donc juste un petit mot pour dire merci à tous ceux qui organisent toutes ces visites,

et pour conseiller aux autres, toute l'année et pour rendre leurs écoles meilleures, d'inviter des auteurs et des illustrateurs!

Joyeuses lectures!