dimanche 30 août 2015

Le test de Bechdel

(Hello! je suis de retour.)

Quelques réflexions aujourd'hui sur le test de Bechdel. Le quoi? Vous connaissez peut-être ce nom si vous errez sur la blogosphère féministe d'inspiration anglo-saxonne. Alison Bechdel est une fameuse BDiste américaine, entre autres l'auteure de ce livre bouleversant et splendide et drôle et poignant qu'il faut lire à tout prix:



Voici quelques décennies, Alison Bechdel a lancé l'idée dans l'un de ses livres d'un 'test' en trois questions, à appliquer à toute oeuvre de fiction:
  • 1. Y a-t-il deux (ou plus) personnages féminins?
  • 2. Ont-elles une conversation? 
  • 3. Cette conversation est-elle à propos d'autre chose qu'un homme? 
Pour 'réussir le test' de Bechdel, on doit pouvoir répondre oui à chaque question.

Au départ, le test n'avait pas une valeur prescriptive universelle, car il était formulé par un personnage, et il n'était pas précisé ce que le test 'mesurait' exactement. Mais l'idée a été reprise par les milieux féministes et il est fréquent de voir des films, livres, etc. - surtout des blockbusters et des best-sellers - soumis au test de Bechdel. Ce site par exemple en répertorie des dizaines, avec leur résultat.

Le test de Bechdel est intéressant car il semble à première vue extrêmement minimal dans ses exigences, mais il apparaît qu'en réalité, un très grand nombre d'oeuvres échouent lamentablement à l'une des questions - voir par exemple cet article récent sur les échecs au cinéma.

En littérature jeunesse, il est facile de voir que de nombreux classiques ne réussiraient pas le test: Le petit prince et tous les albums des Schtroumpfs échoueraient dès la première question; la vaste majorité des Astérix, Tintin, Babar ou des Petit Nicolas échoueraient à la seconde question. C'est plus inquiétant de voir que de nombreux livres contemporains échouent aussi - je ne vais pas en nommer, pour des raisons auxquelles je viendrai ci-dessous, mais j'en vois souvent.

difficile de réussir au test de Bechdel quand Gargamel n'a pas pris la peine de créer des copines à la Schtroumpfette
Il y a beaucoup de livres qui réussissent le text mais vraiment de justesse, comme Harry Potter à l'école des sorciers, dans lequel on a une mini-conversation entre Molly et Ginny: deux lignes dans tout le livre, comme le souligne ce lien. 

Mais que mesure exactement le test de Bechdel, et quelles conclusions en tirer? On voit beaucoup dire qu'un texte qui réussit le test est 'féministe', mais c'est faux, car les critères du test sont extrêmement minimaux; c'est justement son intérêt. Le fait que le test soit si minimal est fait exprès: il est d'autant plus frappant que même avec un niveau d'exigence aussi bas, tant de films échouent.

Par exemple, le test ne mentionne pas l'importance des personnages féminins, ni le contenu de leur conversation. Si on a deux personnages très secondaires qui s'alpaguent dans un coin, hop, on réussit le test. Si ces femmes parlent chiffons ou d'affaires domestiques ou de gamins ou de recettes de cuisine, bingo, et pourtant il est difficile d'argumenter que ça vaut beaucoup mieux que de parler de mecs.

Twilight réussit le test, figurez-toi.

Il semblerait donc plus adéquat de dire l'inverse, c'est-à-dire qu'un texte qui échoue au test de Bechdel est 'sexiste', ou du moins franchement problématique du point de vue de la représentation des femmes; en d'autres termes, de dire que c'est un test dont les résultats négatifs sont plus significatifs que les résultats positifs.

Cependant, même compris comme cela, le test de Bechdel a ses limites. D'abord, il y a des cas compliqués. Prenons Le jour où je me suis déguisé en fille (The Boy in the Dress), de David Walliams:

Passe-t-il le test de Bechdel? Oui, stricto sensu, mais vraiment pas brillamment: Lisa, l'héroïne, échange quelques mots avec avec sa prof, et plus tard très brièvement avec un groupe de filles. Mais le contenu de la conversation avec les autres filles est vraiment superficiel: il est question uniquement de maquillage et de fringues.

Par contre, quand c'est Dennis qui est déguisé en fille (devenant Denise), les conversations entre lui/elle et Lisa sont beaucoup plus intéressantes et sophistiquées. Mais est-ce alors un personnage masculin ou féminin qui parle? Il est également difficile de dire qu'un livre qui ferait s'évanouir toute la Manif pour Tous pour sa représentation plus que fluide du genre est 'sexiste'.

De plus, il y a personnage masculin et personnage masculin; on peut parler d'un homme parce qu'on veut le mettre dans son lit, ou on peut en parler pour d'autres raisons. Un roman qui suivrait la route de cinq Femen en entraînement intensif pourrait très bien échouer au test de Bechdel.  

Enfin, il y a évidemment des livres qui par définition échouent parce qu'il est crucial pour leur représentation du monde qu'il n'y ait pas ou peu de femmes, ou qu'elles ne parlent pas entre elles, comme La voix du couteau de Patrick Ness.

Donc il vaut mieux comprendre le test de Bechdel non pas comme une 'mesure', positive ou négative, du 'sexisme' d'un livre - et résister à la tentation de faire des 'dénonciations' outrées de ceux qui 'échouent'. C'est plutôt comme une façon d'explorer, de questionner, les rapports entre les sexes dans une histoire. Le test n'a aucun intérêt s'il ne s'inscrit pas dans une réflexion plus large.

Je me demande évidemment souvent si mes propres écrits réussiraient le test de Bechdel, mais pas pour m'auto-censurer; plutôt pour prendre conscience de ce qui est sous-jacent à mon écriture du féminin ou du masculin. Par exemple, pour mes romans ados:
  • Les petites reines réussit sans problème le test (ouf!), car il y a beaucoup plus de deux personnages féminins, qui ont un très grand nombre de conversations, qui souvent portent sur autre chose qu'un homme. 
Souvent, d'accord... mais c'est loin d'être toujours le cas. Une très grande quantité des conversations entre Mireille, Hakima et Astrid, et presque toutes les conversations entre Mireille et sa mère, ont pour objet central un ou plusieurs hommes: Klaus, Philippe Dumont... ou le bébé à venir, qui est... un garçon.

Au-delà des conversations, le test de Bechdel peut être ici élargi aux motivations des personnages féminins. Ici, les raisons pour lesquelles les trois filles font du vélo sont uniquement des hommes: Klaus, le Soleil, et Indochine. Et l'antagoniste, Malo, est aussi un homme et donc un objet de conversation important.

Ce n'est pas anodin d'avoir, dans un roman qui se veut et qui a été caractérisé par beaucoup de 'féministe', de très nombreuses motivations à la fois positives et négatives qui émanent de personnages masculins. Ca m'interpelle donc sur ce que je considère implicitement comme des raisons naturelles d'agir ou de réagir: je dois bien me rendre à l'évidence que je parle dans ce livre de jeunes filles principalement mises en mouvement, poussées à agir, par des hommes.

  • Comme des images réussit, mais tout juste, le test de Bechdel. Mais ce ne serait pas choquant pour moi qu'il échoue, car il est justement question dans Comme des images de l'impossibilité pour les jeunes filles d'échapper au regard des garçons. 
Echouer au test de Bechdel peut vouloir dire représenter de manière réaliste la difficulté pour des femmes d'échanger des paroles non centrées sur leur rapport aux hommes; et cela peut être fait pour dénoncer cette situation.
  • La pouilleuse réussit le test de Bechdel. Mais dans quelles conditions? 

Il y a deux personnages féminins adolescents, mais la seule conversation qu'elles ont qui soit identifiable (il y a aussi des dialogues non attribués) est à propos d'un garçon.

Ce qui fait que le livre passe le test, c'est qu'il y a, d'une part, un épisode de torture psychologique entre une adolescente et une petite fille; et, plus tard, une conversation entre une adolescente et une vieille dame à qui elle donne un bain. On voit bien ici que les deux conversations sont aux antipodes l'une de l'autre et qu'il est difficile d'en tirer des conclusions quant aux aspects, positifs ou négatifs, de ces rapports entre 'femmes'. 

Bref, le test de Bechdel est un outil très intéressant globalement, car il permet de mettre en lumière à grande échelle le manque de personnages féminins et d'interactions entre elles dans les industries culturelles; il est intéressant quand il n'est pas une 'condamnation', mais plutôt un moyen de se poser des questions sur la quantité et la qualité de ces personnages féminins et de leurs échanges.

Je sais que de nombreux/ses lecteurs/trices ici sont auteur/es, alors je serais très curieuse de vous lire dans les commentaires:
  • est-ce que vos/votre livre/s réussisse/nt le test?
  • plus intéressant encore, qu'en pensez-vous? quelles questions et réflexions tirez-vous de ce 'résultat'? 
Et pour ceuzécelles qui sont lectrices et lecteurs, je vous invite à faire de même à propos d'un livre récemment lu...

vendredi 7 août 2015

Revue de presse!

La presse, beaucoup d’auteurs jeunesse en font, parce que c'est chouette et en plus c'est bien payé (enfin comparé à l'édition traditionnelle, hein; on va dire que tu peux prendre le sandwich lyonnais supplément cornichons la prochaine fois que tu vas chez Pomme de Pain, au lieu de devoir grignoter une assiette en carton discrètement dérobée). Bien sûr, il y a des joies et des contraintes à la fois: c’est bien payé certes, mais c’est très calibré; les délais sont courts, mais on a le produit fini en main très vite; les cahiers des charges sont très définis, mais on a toujours des espaces à conquérir; ça disparaît très vite, mais on peut récupérer nos droits. C’est un exercice de concision, de vitesse, d’efficacité, avec un vrai potentiel d’énergie, de liberté et de drôlerie.

En France, en plus, on a du bol parce que la presse pour enfants est de très grande qualité. Il y a une longue tradition du magazine et du journal pour enfants.

Récemment j’ai commencé à travailler pour ce monde-là. J’ai maintenant fait plusieurs histoires pour le super magazine belge de philosophie pour enfants Philéas et Autobule, que je vous conseille fortement pour éveiller vos petits Platons à la réflexion (une allusion à une autre maison d’édition de philosophie pour enfants s’est glissée dans cette phrase; sauras-tu la retrouver?).





Ma première histoire dans le Philéas et Autobule numéro 44, ‘Le raccourci’, vous dira peut-être quelque chose, car elle est basée sur une histoire publiée sur mon blog il y a quelques mois - qui leur a donné envie de me contacter.




(Comme quoi, ça vaut la peine d’écrire 12.459 billets de blog pour le simple plaisir d'offrir; au bout de 5 ans, on commence à voir le retour sur investissement.) Depuis, j’en ai écrit deux autres: la prochaine est une petite histoire sur le thème de ‘Jusqu'où peut-on aller pour que les autres nous aiment?’. J'y raconte le triste sort de quelqu'un qui se subdivise à l'infini pour plaire à tout le monde.

J’ai aussi commencé une série d’histoires, plus longues celles-ci, dans le mensuel d’énigmes policières Moi je lis, chez Milan. C’est effroyablement fun: des petits romans pour les 8-11 ans, qui racontent une vraie enquête, avec indices, hypothèses, suspects, etc. Mes deux héroïnes-détectives s’appellent Jo et Cass; elles sont soeurs, elles vivent à Audre-sur-Manchue dans le Pas-de-Calais (spéciale dédicace à ceuzécelles qui comprendront où c’est), elles pilotent des ULMs et des Zodiacs, et elles ont un gros chien nommé Grabuge.


Dans le premier épisode, Le trésor de la falaise (numéro d’août), il est question de blockhaus et de butin de guerre. Dans le deuxième, qui sortira en janvier prochain, il y aura des dinosaures et des maracas…


Je suis en pâmoison devant les dessins de Grégory Elbaz, qui a rendu à merveille les paysages de falaises et de plages de la côte d’Opale.



IL Y A UN LECTEUR DE CODES SECRETS #COOLITUDETOTALE
L'occasion de rappeler que si tu sais pas quoi offrir au petit neveu de la voisine de ta tante par alliance pour son anniversaire, un abonnement à un magazine est une idée pas nulle du tout.

Sur ce je vous souhaite de bonnes vacances car je pars demain pour un gros colloque (grocolok) et ensuite j'enchaîne direct avec une semaine de vacances donc je risque de ne pas écrire de nouveau billet de blog avant fin août.

http://www.jonathanrosenbaum.net/wp-content/uploads/2010/08/parapluies-de-cherbourg-catherine-deneuve.jpg
mais je sais que toiiiii tu m'attendraaaaas

samedi 25 juillet 2015

Le top ten des subtiles crâneries que disent les philosophes dans leurs livres

10. "Comme tout adolescent qui découvre Heidegger/ Sartre/ Wittgenstein/ Nietzsche, j'ai été captivé..."

'Tout adolescent' lol mdr =D.

En général cette phrase est suivie de 'mais c'est seulement plus tard que j'ai appris à apprécier les philosophes plus difficiles d'accès comme Hegel et Kant'...

9. "Sartre/ Barthes/ Foucault/ Derrida/ Lacan nous paralysait d'admiration, mais c'était quelqu'un de très abordable et de très sympathique. Il me taquinait souvent sur le fait que..."

Exemple type du humble brag (modeste crânerie). Je n'étais à l'époque qu'un petit microbe, mais Grand Philosophe m'accordait quand même de l'attention. En fait il était très chouette comme mec. On rigolait, mais on rigolait! il me chambrait sur plein de trucs.

(Et comme il est mort vous pouvez pas vérifier qu'en fait je l'ai rencontré juste deux fois et il s'est moqué de moi parce que j'avais rien compris à sa critique de la raison dialectique)

Possibles variations:
- "Lévi-Strauss faisait un très bon coq au vin."
- "Maurice était..." (pour dire Merleau-Ponty)

8. "Bien sûr, aletheia, la vérité, signifie étymologiquement un dévoilement; cette notion maintes fois rebâchée, devenue un poncif..."

Tain j'en ai trop marre qu'on me REPETE TOUJOURS L'ETYOMOLOGIE D'ALETHEIA. Y a un moment faut ARRETER.

7. "Mais ce serait une erreur d'étudiant que de croire..."

et BIM pour l'étudiant qui lit le bouquin

6. "Nous ne nous attarderons pas sur l'interprétation deleuzienne, évidente..."

Ah ben c'est dommage j'aurais bien aimé que tu t'attardes.

5. "Comme le dit Pontalis (je cite de mémoire):..."

Tu sais, t'écris un livre là, donc t'as pas besoin de citer de mémoire; tu peux aller chercher la référence; mais bon si ça te saoule vas-y, cite de mémoire, je te regarde. C'est bien dis donc! t'as plein de mémoire. Quelque chose me dit que de toute façon t'es quand même allé chercher la référence vu que la citation fait une demi-page.

4. "C'est là que les Lumières (Aufklärung)..."

Ja wohl! Sprechen sie Deutsch! Ich bin ein Philosophiekeitgrossemaster.

3. "Les grands philosophes (sans oublier, d'ailleurs, les quelques grandes philosophes)..."

T'as vu ce Femen que je suis? Je me suis poussé un peu pour faire de la place à la petite dame.

(Variations:

- "Hannah Arendt, ayant reçu l'enseignement d'Heidegger (qui fut par ailleurs son amant)..."
- "Il serait incorrect de ne penser Simone de Beauvoir qu'en regard de Sartre (qui fut par ailleurs son amant)..."
- "Julia Kristeva (outre sa relation avec Philippe Sollers)...")

2. "Tout est texture en tant que tout est fracture: ce verre de Merlot près de moi, le chant des oiseaux dans les pins parasols, le vent qui s'insinue dans ma chaise longue..."

...l'odeur de mes pieds transpirants, ma crème solaire collante, mes tongs en plastique, mon mojito... ah oui je t'avais pas dit? j'écris ce livre en vacances. Enfin façon de parler. Je n'ai pas de vacances. J'analyse la vacancerie; le mode de l'être-en-vacances.

1. "Comme lorsque l'on aime, ou que l'on partage avec l'autre un moment d'intimité ou d'érotisme, de la même manière la pensée..."

J'AI FAIT DU SEXE UNE FOIS 

mercredi 15 juillet 2015

Mon bébé royal a traversé la Manche

Jeu des sept erreurs: sauras-tu trouver les différences entre ces deux couvertures? 


Les Royales Baby-sitters - Tome 1 - Les bébés, ça pue !

... gagné! la deuxième est plus jaune! 

Je vous présente Les royales baby-sitters, qui sort aujourd'hui chez Hachette Jeunesse. Un livre pas tout à fait new pour moi, et en même temps totalement nouveau, puisqu'il s'agit d'une traduction de mes Royal Babysitters anglais, sorti l'année dernière chez Bloomsbury, et illustré par Becka Moor. 

(Non, la traduction n'est pas de moi, elle est d'Amélie Sarn. Et non je ne l'ai pas encore lue car le bouquin n'est pas encore arrivé!)

C'est la toute première fois, tou-toute première fois, first time ever que l'un de mes livres traverse la Manche! Les deux marchés sont très différents (billet de blog à ce sujet ici!), et j'écris de manière très différente en anglais et en français. 

Alors, dis, keskispass dans les Royales baby-sitters?

C'est le premier volet d'une trépidante histoire en quatre temps. L'histoire d'Holly et d'Anna, d'abord, qui voudraient bien partir en vacances (elles ont vu une pub pour des vacances de folie: plongée sous-marine dans un volcan, construction de fusée spatiale, hôtel dix étoiles), mais qui n'ont pas du tout d'argent (leur mère écrit des abécédaires, et elle est payée £1 par lettre; peu de chance qu'elle ait un jour une augmentation). Il faut donc que les deux soeurs se trouvent un job d'été. 

Holly et Anna. Et un bébé pendu par le pied.
Or, il y a justement une petite annonce de job d'été dans leur village (oui, ça se passe dans un monde magique où les gens trouvent du travail): baby-sitters royales. C'est en effet le jour de congé annuel du roi et de la reine de Brittonie. Ils ont juste besoin de quelqu'un de très qualifié, ou alors sinon de pas très qualifié, ou alors en fait de pas qualifié du tout, pour s'occuper de leurs... euh... sextuplés. Le truc facile, c'est qu'ils s'appellent tous Bertie. Le truc moins facile, c'est qu'ils sont survitaminés et doivent être promenés en laisse. 

et ont parfois les fesses à l'air.

Alors qu'Holly et Anna se démènent à baby-sitter ces six affreux petits princes, elles doivent aussi apprendre à composer avec leur grand frère, le prince Pépino. Pépino n'a pas d'amis; il a essayé d'en attraper en les attirant dans un piège avec des cupcakes comme appât, mais ça ne marche pas très bien. Holly et Anna réussiront-elles à supporter l'insupportable Pépino et à devenir amies avec lui? (SPOILER ALERT: c'est probable)

la montre de Pépino, qui indique toujours qu'il est l'heure de manger une glace.

Ah oui et donc en même temps (tu suis? c'est censé être pour les 6 ans et plus cette histoire) qu'Holly et Anna surveillent les sales mioches et essaient de gérer le grand frère, le roi Oroméoroméo de Danelandie, qui a entendu dire que le roi et la reine de Brittonie sont en congé, décide d'envahir le pays et de transformer tout le monde soit en esclaves soit en boulettes de viande. 
le terrifiant Oroméoroméo

La journée d'Holly, Anna et Pépino s'annonce difficile. 

Mais pas désespérée. 

Il y aura de l'action, des projectiles divers et variés (bébé porc-épic, fromages, Pépino lui-même, etc.), un serpent, des sirènes-robots, et bien entendu une étoile de mer qui fait du surf. 

Je vous laisse découvrir cette histoire so british ! Et n'oubliez pas: la vache ne peut pas descendre les escaliers. Je répète: la vache ne peut pas descendre les escaliers.


mardi 14 juillet 2015

14 juillet

C'est le 14 juillet les amis!

Ca veut dire défilé militaire, avions VROUM dans le ciel, jour férié (enfin, pour vous - chez moi en Anglicheland je peux te dire que c'est pas férié)... et aussi l'arrivée de Mireille, Astrid et Hakima à la garden-party de l'Elysée!

Vous vous souvenez? Heureusement, la miraculeuse équipe de Sarbacane, et en particulier la funissime Charlène, vous ont fait des captures d'écran de BFM TV et de TF1 en cette occasion!







De grands moments de télévision... j'en ai la larme à l'oeil!


Bon allez je profite de cette couverture médiatique 100% authentique pour vous rediriger vers une page qui recense encore plus d'articles, et aussi et surtout des tas de billets de blog - merci, mercimercithankyou les blogueurs et blogueuses qui continuez à soutenir mes 3 boudins! - sur ce petit roman qui pédale qui pédale qui pédale.

Bises!

Clémentine

samedi 11 juillet 2015

jeudi 25 juin 2015

Lettre ouverte aux éditeurs de romans classiques (tl;dr: ARRETEZ DE NOUS LES SPOILER, PUTAIN!)




Warning: Gros Mots.

Chers messieurs (et quelques rares dames) de chez Gallimard, Garnier-Flammarion, Pocket, Folio et compagnie, qui rééditez des classiques de la littérature française avec des jolies notes, des belles introductions, des contextualisations historiques et des quatrièmes de couverture,

Je suis votre coeur de cible. Je lis des classiques, beaucoup, vite, et pour le plaisir. Je suis prête à débourser 8€50, 9€50, 12€50, or more, pour pouvoir lire L’Assommoir ou Le Grand Meaulnes en l’agréable compagnie de vos notes de fin et de bas de page. Comme je suis moi-même universitaire, j’ai beaucoup de patience et de respect pour vos commentaires, explications et extrapolations, et je les lis religieusement. La plupart du temps, c’est très utile.

Exemple d’une note (plus ou moins) utile.

Mais une fois de temps en temps, salopard d’éditeur, j’ai envie de t’entailler la face à coup de livre de poche.
Pourquoi? Parce que:
 
POURQUOI, ESPECE DE BATARD, TE CROIS-TU SI SOUVENT OBLIGE DE ME SPOILER L’INTRIGUE???

Je ne lis jamais ta préface, ton introduction et ta postface avant de lire l’histoire elle-même. Je sais qu’il est normal d’y trouver des spoilers, donc je me garde ça pour la fin. Mais les notes de bas de page et les notes de fin, putain, on est censé les lire en même temps, non? espèce de naze. Pourquoi, pourquoi, pourquoi y mettre CECI:

LE TRUC EST GENRE PAGE 30

[J’ai bloqué les noms histoire de pas vous spoiler, vous, parce que moi je suis gentille pas comme ces salauds]

ET CA??????????????????

note gaiement rédigée à l'époque de lecture

ET LA PUTAIN J'ETAIS DANS L'EUROSTAR EN LISANT CA J'AI CRU QUE J'ALLAIS ETRANGLER MON VOISIN

EUROSTAR ANGER

ET ATTENDS, ATTENDS, sérieux - tu me fous CA sur la QUATRIEME DE COUV????


SALOPARD

Tu sais ce qui m’énerve le plus dans cette pratique dégueulasse? C’est que tu montres au monde que tu n’es qu’un gros con de snob. Et que les conséquences de ton gros con de snobisme sont désastreuses pour l’accès de tous à la littérature classique.
Pourquoi? Pour les raisons suivantes:

1) Tu penses comme un gros con de snob que l’intrigue, c’est pour les ploucs.


Moi aussi je suis snob, dans le sens où je pense aussi, comme toi, que ces histoires-là (et leurs équivalents contemporains) sont ce qu’il y a de plus beau, de plus profond, de plus significatif et de plus enrichissant au monde. Moi je pense comme toi que c’est une des merveilles et des délices de l’existence. Je te confirme donc que je suis comme toi une snob.

Seulement je suis aussi une lectrice de ‘paralittérature’, de romans policiers, de comédies, de BD et de tous ces trucs que toi tu lis pas vu que t’es un encore plus gros con de snob que moi. Et je sais ce qui se passe dans ta tête. Ce n’est pas assez pour toi d’être snob au point de n’aimer QUE les classiques. Il faut aussi n’aimer QUE les classiques QUE pour le langage. Pas pour l’intrigue. L’intrigue, c’est pour les gens qui regardent Les ch’tis à Miami. L’intrigue, ce n’est qu’un truc déplaisant qui se met en travers de, ou à la rigueur offre un prétexte pour, La Langue.

Oh oui bien sûr ils se marient à la fin/ elle meurt/ il la rejette/ elle se venge mais ça n’a aucune espèce d’importance. J’espère quand même que vous ne lisez pas ce livre pour ce qui s’y passe??? Ce qui est intéressant ce n’est pas le mariage, c’est-la-manière-dont-le-mariage-est-subtilement-évoqué-par-des-métâphôres.


Et VLAN tu spoiles car spoiler est un moyen de faire passer le message suivant au lecteur: message essentiel: lecteur, tu voulais lire ‘pour l’intrigue’? Ben non tu peux pas. C’est pas bien. Faut pas. Bam tiens prends-toi l’événement final dans ta gueule alors qu’il te reste trois cents pages.

Cher éditeur, laisse-moi t’apprendre une chose: en faisant ça tu n’es qu’un réac débile et en plus fermement en retard sur les cinq dernières décennies de critique littéraire. Il est fini le temps où on pensait qu’il pouvait y avoir détachement du ‘fond’ et de la ‘forme’, de ‘l’intrigue’ et de la ‘langue’. Tu n’est qu’un abruti si tu penses que l’une a moins d’importance que l’autre.

‘Lire pour l’intrigue’ ça n’existe pas. On ne lit pas Aurélien ‘pour l’intrigue’. Si on est parti dans Aurélien, on est parti dans une expérience de lecture qui est compacte et cohérente et passionnante et où la langue, la caractérisation des personnages et l’intrigue ne font qu’un. Tu me spoiles l’intrigue, ben tu me spoiles le reste. Je te hais.

2) Tu penses comme un gros con de snob que ‘tout le monde sait’ que X ou Y se passe dans tel ou tel classique.


J’ai un bac+7 et j’ai lu plusieurs milliers de livres dans ma vie. Je lis quotidiennement des articles universitaires qui mentionnent en les spoilant tout un tas de classiques (pratique totalement acceptable dans un article universitaire; on sait à quoi on s’expose). Je parle quotidiennement à des gens qui sont de gros lecteurs.

Eh bien NON, je ne savais pas que dans un immense classique de la littérature française lu récemment, l’héroïne mourait. Dingue, hein? Toi tu devais le savoir à la naissance, je sais pas comment t’as fait, mais moi non, j’avais réussi à esquiver l’info.

J’aurais bien aimé qu’après 26 ans à esquiver l’info, tu ne me la spoiles pas 2 HEURES AVANT que j’en fasse moi-même la connaissance. Tu fais chier putain.

3) Tu veux montrer comme un gros con de snob que t’arrives bien à trouver les moments du texte qui sont des allusions à la fin du texte.


Putain coco, t’as fait hypokhâgne/khâgne/Normale/Agreg de lettres, et t’es capable de voir que dans la description d’une bouteille de parfum ‘à la senteur toxique’, il y a une allusion discrète à un suicide au poison? Mais t’es trop un génie mon gars. Franchement je vois ça je suis là “OUAH LE MEC QUOI! COMMENT IL A DEVINE!!!!???”

En fait on est d’accord t’as rien deviné du tout, t’as lu le bouquin et ensuite t’es allé chercher les ironies tragiques et autres signes annonciateurs. C’est très bien, c’est ce qu’il faut faire. En effet, ça ajoute du relief à un roman quand on comprend comme l’auteur prépare subtilement la fin au début.
J’AI DIT SUBTILEMENT
T’AS VU EN FAIT QUAND L’AUTEUR IL MET DES PETITES ALLUSIONS
EN FAIT A PRIORI IL VEUT PAS VRAIMENT
VRAIMENT
QU’ON DEVINE TOUT DE SUITE
L’AUTEUR IL EST PAS CON IL VA PAS S’AUTO-SPOILER
TOI T’ES CON PAR CONTRE
Maintenant je vais te donner une stratégie géniale pour ne pas spoiler: au lieu d’indiquer en page 43 que tel élément est un signe annonciateur de l’événement qui se passe en page 529, tu peux attendre la page 529, et là tu te défoules, mon chou: là tu mets une note de bas de page en disant ‘moi je sais! Moi je sais! en fait on savait ça déjà en page 43 tu te souviens? C’était une petite anticipation très intelligente!’ et là moi je retourne page 43 et je me dis ‘ooooh! C’est vrai! C’est chouette! Merci, j’avais pas remarqué,’ et je te fais un bisou.

Au lieu de t’envoyer mon poing dans la gueule.

EN RESUMé:
En spoilant l’intrigue, cher éditeur, tu envoies le message suivant aux lecteurs:
- Ils ne doivent pas lire des classiques pour l’intrigue.
- Ils doivent déjà connaître les classiques avant de les avoir lus.
- Ils doivent remarquer en lisant les éléments qu’on peut seulement remarquer en relisant.
En gros, ton lectorat, c’est pas moi et d’autres, c’est juste toi et tes potes. Des gens qui ont un peu de sérieux s’il vous plaît, qui étudient un texte et s’intéressent à ce qui t’intéresse.

Et ce qui me désole le plus, c’est que comme un gros con de snob, tu t’en fous que cette pratique soit rédhibitoire pour des lecteurs curieux.

Il y a des gens qui voudraient lire sans doute des classiques mais qui ne se reconnaissent pas dans les messages, dans l’idéologie implicite de lecture, que ce genre de notes de bas de page envoient. C’est une philosophie qui ne leur correspond pas et ils se sentent exclus. Moi je me sens exclue quand je lis une note de bas de page qui spoile, parce que j’ai l’impression que tu me dis que tu veux pas de moi comme lectrice. Tu as une idée très claire du lecteur que tu veux; c’est pas moi.

Tu devrais me choyer, me chouchouter et me gâter, et respecter mon mode de lecture, parce qu’il n’y en a pas des tonnes de gens, de nos jours, qui vont acheter tes rééditions de classiques. Au lieu de mépriser les gens qui passent d’un Dan Brown à un Zola (j’adore les deux), et de ne vouloir QUE les gens qui ne lisent QUE du Zola, tu devrais encourager cet éclectisme.

Mais comme tu es bête, mou et ventripotent, et que tu as très intelligemment cartographié tout le système de résonances dans L’éducation sentimentale, tu préfères t'aliéner une grande partie de ton lectorat potentiel.

Ton lectorat?
Ah non merde, c’est même pas ton intrigue que tu spoiles. C’est celles de Zola, Proust, Flaubert, Maupassant, Stendhal, etc.
Si j’étais eux, tain, j’aurais les boules.

Cordialement,

Clémentine

P.S. Spoiler: le vieil universitaire cacochyme meurt à la fin. Dans d’atroces souffrances.