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lundi 12 mars 2012

Comment on devient publié/e en Angleterre

Je ne dis pas que mon expérience est absolument typique, mais c'est un monde tellement différent de ce côté-ci de la Manche que je me suis dit que j'allais faire un petit article racontant tout le processus d'acquisition d'un livre tel que je l'ai vécu, pour ceux et celles que ça intéresse.

En l'occurrence, comme j'en ai parlé très récemment, il s'agit d'une série de romans pour les 9+ ayant pour (super)héroïne l'impertinente Sesame Seade. Le premier volume sortira en avril 2013, suivi de deux autres en octobre 2013 et avril 2014.

Tout commence avec un/e agent/e. En Angleterre, très peu de maisons d'édition acceptent les manuscrits non sollicités - il faut donc avoir un agent pour pouvoir avoir l'opportunité de faire lire son oeuvre par un gros éditeur. Il y a donc beaucoup d'agences littéraires, avec des agents qui conjuguent connaissance et goût littéraire avec un bon sens des affaires et une féroce aptitude à négocier les contrats. Les agents touchent en général 15% des revenus de l'auteur (mais travaillent 'pour rien' jusqu'à ce qu'ils réussissent à vendre les livres).

Leur rôle est extrêmement complexe parce qu'ils servent d'intermédiaire permanent entre l'auteur et les éditeurs. Jamais l'auteur ne doit être embarrassé par des questions d'argent, de négociation de contrat, d'envois aux éditeurs, ou de vente des droits à l'étranger ou dans d'autres médias: c'est l'agent qui s'occupe de tout ça.

Il y a un peu plus d'un an, j'avais terminé un roman ado en anglais, que j'avais expédié à quelques agents. Bingo, l'une d'entre eux m'a répondu illico: c'est Kirsty McLachlan, de chez David Godwin Associates, qui est devenue mon agente. Je l'ai rencontrée à l'agence, à Covent Garden, et le courant est tout de suite très bien passé.

Mais évidemment, avoir une agente n'est pas un gage de succès immédiat, c'est simplement une porte d'entrée nécessaire dans les comités éditoriaux. Et j'étais mal tombée, puisqu'on entrait en récession et que toutes les maisons d'édition anglaises prennent beaucoup moins de risques qu'avant. Mon premier roman a donc été rejeté, malgré des réponses encourageantes, par un certain nombre d'entre elles. Et ça prend du temps - beaucoup de temps - parfois des mois et des mois avant d'avoir une réponse. Frustrant! Le temps éditorial en Angleterre, apparemment, est encore plus long qu'en France (je sais, moi aussi, j'aurais cru ça impossible).

Entretemps, j'avais écrit un deuxième roman, pour plus jeunes lecteurs - le premier tome de Sesame Seade - et après quelques changements éditoriaux avec Kirsty, on a commencé à envoyer celui-là. Des mois et des mois et des mois plus tard, un (super) éditeur a enfin répondu qu'il était très intéressé et qu'il voulait me rencontrer, et je suis plus ou moins tombée de ma chaise.

Départ pour Londres et rencontre avec l'éditeur - absolument adorables, ils avaient acheté des biscuits aux grains de sésame pour ma visite! Sans parler de tout un tas de livres gratuits et un sac illustré d'un célèbre héros de la maison. Meeting super agréable, discussion de changements éditoriaux possibles, et à la fin de la journée, la maison avait fait une offre: commande de deux livres dans la série, avec avance d'un certain nombre de £, et tout un tas de précisions concernant royalties, droits internationaux, etc etc.

A ce moment-là, il y a moi qui fais 'WAOUH!!! VEUX VEUX VEUX!!! ON DIT OUI HEIN?' et il y a Kirsty qui dit 'Calmos cocotte, on contacte d'abord les autres éditeurs qui ont le bouquin, et on leur donne jusqu'à jeudi pour le lire et faire une offre s'ils le veulent.' Et c'est donc ce qui s'est passé.

Jeudi midi, coup de fil de Kirsty: deux autres (super) éditeurs veulent le bouquin. Re-tombage de chaise de mon côté, et anxiété profonde avec impression de tromper le premier éditeur: keskonfé!?? mais il était trop gentil le premier il m'a donné des biscuits aux grains de sésame c'est pas trop mignon? Heureusement, l'agente fait face à la faiblardise de sa cliente: on va rencontrer les deux autres, et on organise des enchères.

Oui, très chers: des enchères. Mon manuscrit aux enchères, orchestrées par la tenace Kirsty. Retour à Londres donc, pour rencontrer les deux autres éditeurs, qui savent évidemment qu'il y a déjà une offre sur la table, et là, c'est opération séduction. Très bizarre - personnellement, je n'avais pas trop l'habitude de voir un éditeur flirter avec moi. Mais pour le coup, c'était exactement ça, et j'étais tellement épuisée par la semaine hypraintense que je venais de vivre que je n'en ai même pas profité. L'un des éditeurs m'a offert... des chocolats aux grains de sésame! je crois que je n'ai pas fini de manger du sésame, heureusement que j'adore ça.

On est ressorties avec toutes les deux une petite préférence pour (heureusement) le même éditeur. Et le mardi, c'était le jour des enchères. Avance, nombre de livres, pourcentages, et évidemment préférences personnelles de 'feeling' seraient à prendre en compte pour la décision finale. La veille des enchères, j'étais complètement perplexe.

L'heure des enchères est arrivée, et les éditeurs ont fait leurs offres. Et ça a duré jusqu'au lendemain pour les surenchères. Ca a l'air géant comme ça, mais je vous jure les amis que j'étais en stress maximal façon trader qui doit vendre trente mille tonnes de soja (ou de sésame). Tous les trois ont monté leur offre pour proposer un contrat pour trois livres.

Et enfin les offres se sont closes, et... je n'ai pas le droit de vous dire si on a pris ou pas le plus offrant (ou qui étaient les autres éditeurs) mais ce que je peux vous dire c'est que j'ai fondu en larmes telle la madeleine dans Pétronille et ses 120 petits de Claude Ponti, que je suis allée me coucher, et que le lendemain quand j'étais à peu près plus présentable j'ai eu une conversation avec mon agente, au cours de laquelle nous avons décidé, une bonne fois pour toute, que notre préférence commune allait à Hodder Children's Books, et à son éditrice Ellen.

Après tout ça, Kirsty et Ellen se sont arrangées entre elles pour la négociation du contrat, et je vais désormais travailler avec Ellen sur les corrections éditoriales à apporter au volume 1, et sur l'écriture des volumes 2 et 3.

Et voilà comment, après des jours et des jours d'attente, de tension, d'indécision et d'exultation, ma petite Sesame est allée rejoindre la grande maison Hodder! Comme vous le voyez, on fait les choses très différemment des deux côtés de la Manche, avec des avantages et des inconvénients des deux côtés: auteurs plus protégés en Anglicheland, sens du business moins forcené en Gaule.

Voili voilo, j'espère que ce petit récit vous a plu! Je pense que je ne suis pas au bout de mes surprises quant à l'art et la manière de faire des livres au pays du bacon et du brouillard, donc je vous tiens au courant.

dimanche 5 décembre 2010

L'Agent qui m'aimait (enfin j'espère)

Dans la série les news de ma vie, j'ai désormais un:



Non, pas un James Bond. Un agent. Ou plutôt une agente, car elle a eu la bonne idée d'exiger deux chromosomes X in utero.

Comme vous le savez peut-être, le système éditorial anglo-saxon diffère largement du système français en cela qu'il est impossible d'expédier directement sa prose aux grands éditeurs - seule une poignée de petits éditeurs acceptent les manuscrits. Du coup, il faut d'abord se trouver un/e agent/e qui soit séduit/e par nos oeuvres, et qui se charge ensuite de les promouvoir auprès des éditeurs. Evidemment, l'agent/e en question ne touche pas un rond de centime de penny avant d'avoir casé ton manuscrit contrat signé emballé c'est pesé. L'agent/e doit à la fois avoir du flair en matière de littérature et un bon sens des affaires et de la négotiation, parce que le but c'est à la fois de trouver des auteurs et de leur dégoter des contrats alléchants. Oui, en Grande-Britannie on est pragmato-créatif.

Bref, ayant commencé récemment à écrire en angliche, j'ai envoyé mes productions à des agents et voilatipa qu'une agente a 'exprimé un intérêt pour mon manuscrit' comme on dit. Je suis donc descendue sur Londres il y a quelques semaines pour rencontrer cette femme de goût, après avoir passé huit ans et six jours devant mon armoire pour décider quoi mettre. Après avoir essayé trente-neuf robes, j'ai débarqué à Covent Garden en jean et j'ai été reçue dans un charmant petit salon/bureau avec poufs en chintz, sofas moelleux et murs recouverts de bouquins. L'agente (en jean, les amis: j'avais fait le bon choix) était très sympathique, enthousiaste et perspicace et nous nous sommes mises d'accord pour que je lui fournisse une version corrigée de mon roman ado le plus tôt possible. Je vais donc passer la semaine qui vient à faire des corrections. Et puis ce sera à elle de démarcher les éditeurs potentiels et, j'espère, de finir par en trouver un.

Voilà, je suis consciente que ce billet n'est pas d'un intérêt à tomber à la renverse mais c'est un petit aperçu d'un système un peu différent, et je vous informerai de l'évolution de l'affaire si évolution il y a. En attendant, bonnes écritures et coucou à toutes celles qui sont à Montreuil ce week-end! Je serais bien de la partie si je n'étais pas de l'autre côté de la Manche.