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samedi 7 mars 2015

10 ans de hauts talents

Je copie éhontément mon pote Gaël Aymon qui a fait lui-même un billet pour célébrer les 10 ans de la maison d’édition pour enfants Talents Hauts…

Quand je disais ‘Talents Hauts’, avant, on répondait ‘hein? Talon Haut?’.

Mais ça, c’était avant.

Maintenant, la petite maison d’édition formée par Laurence Faron et Mélanie Decourt est connue de tous les libraires et bibliothécaires jeunesse. Moi aussi, comme Gaël, je garde un attachement particulier à cette maison parce que Laurence et Mélanie ont été les premières à me publier. Mais je veux surtout rendre hommage ici à cette maison qui a tant fait dans la lutte pour les droits des femmes, en 10 questions-réponses…

1) Des livres pour enfants explicitement engagés, est-ce que c’est de l’endoctrinement?
J’ai une opinion assez claire sur ce sujet, dont j’ai déjà parlé plusieurs fois sur ce blog. L’idéologie peut être implicite ou explicite, et l’idéologie explicite n’est pas forcément la plus dangereuse. Certes, exprimer un point de vue sur le monde et l’enseigner aux enfants, c’est bien sûr espérer qu’ils le prennent en compte. Mais les enfants sont soumis à bien d’autres influences, beaucoup plus pernicieuses car ‘invisibles’: comme des caméléons, elles ont pris la teinte du papier peint; on ne les remarque plus. Ces influences, qui font partie de l’idéologie dominante, il faut les combattre, et il faut le faire de manière explicite ainsi qu’implicite.

2) Mais ces livres ne sont-ils pas trop didactiques?
Ca dépend! comme dans tous les cas de maisons d'édition engagées, et de livres engagés, il y a à prendre et à laisser. Mais aussi comme dans tous les cas de maisons d'édition normales... certains livres sont plus réussis que d’autres. Ce qui m'impressionne chez Talents Hauts, c'est que sur dix ans, elles ont constamment et intelligemment réajusté leurs attentes, peaufiné leurs techniques d’édition, cherché à transcender les genres (littéraires et autres!) et les approches pour justement ne pas tomber dans le didactisme. Maintenant, on a une maison d’édition à la production incroyablement bariolée, mûre, parfois drôle parfois sombre, et des livres qui gagnent de nombreux prix (voir Gaël Aymon bien sûr, mais aussi Florence Hinckel, Jo Witek…). Et des traductions de l’étranger. Et des nouvelles collections. C’est une maison qui a su évoluer, répondre à son public, s’adapter au climat politique aussi, et toujours se questionner soi-même tout en posant des questions à ses lecteurs.

3) La lutte pour l’égalité, est-ce vraiment nécessaire ces jours-ci?
J’aurais pu faire une longue réponse là-dessus, mais franchement, vu ce qui s’est passé ces dernières années et ce qui nous arrive maintenant en pleine figure, je ne pense pas vraiment avoir besoin d’argumenter.

4) OK, mais est-ce nécessaire d’en faire une ligne éditoriale?
Je suis heureuse qu’en France il existe une (et même plusieurs) maisons d’édition qui ne se contente pas de publier un livre de temps en temps qui parle de l’égalité, mais qui se déclare féministe et en fait vraiment son cheval de bataille. Ca envoie un message très fort, et je le ressens d’autant plus que là où je suis, en Angleterre, ce n’est pas le cas. On n’a pas de lignes éditoriales engagées, juste des éditeurs qui veulent vendre beaucoup, et pour qui l’engagement, de temps à autre, est simplement une stratégie marketing.

5) Justement, ça ne serait pas juste une stratégie marketing, tout ça?
Si si, c’est pour ça que Laurence et Mélanie vivent sur leur île privatisée et se déplacent en Aston Martin avec leurs bébés tigres des neiges, sirotant de délicats nectars de truffe… Ceux qui disent que l’engagement est un business me font bien rigoler. L’égalité homme-femmes, c’est l’antimatière du capitalisme et de son idéologie dominante. La promouvoir systématiquement, c’est s’opposer à tout un système économique, politique et culturel qui s’appuie, pour ‘vendre’, sur des stéréotypes qui ont une valeur pas seulement symbolique mais aussi marchande. Il y a des ‘niches’ d’acheteurs pour les livres engagés, c’est vrai, mais se lancer dans ce genre de ‘business’, c’est vraiment s’exposer à un ascétisme et s’imposer une éthique, ce n’est pas chercher un ‘filon’.

6) Les livres engagés, c’est bien gentil, mais ça serait pas seulement pour les bobos?
Si, beaucoup, c’est vrai. Dans les faits, la culture pour enfants est très inégalement distribuée. Mais justement, ce que Talents Hauts a fait depuis des années, c’est se démener comme des dingues pour que leurs livres arrivent dans les mains de tout le monde. Avec leur concours annuel, des classes de toute la France peuvent écrire un conte féministe et l’une d’entre elles le voit illustré et publié. Leurs auteurs, pour qui l’égalité a évidemment une grande importance, se rendent dans de nombreuses écoles et collèges pour parler de ces questions.

7) C’est quoi dis ton livre préféré de chez Talents Hauts, tata Clémentine?
Personnellement, Quatre Filles et Quatre Garçons de Florence Hinckel, une série maintenant publiée en gros pavé, hyper chouette, vivante, vraie, pulsante, acidulée, que j’aurais adoré lire étant ado. C’est quatre filles et quatre garçons qui sont amis, une de ces amitiés d'une intensité et d'une drôlerie forcenée, mais aussi fragile et tendre, une de ces amitiés qu’on ne peut avoir qu’à 15 ans. Ils ont tous des rêves, des problèmes et des comptes à régler, mais ils ont chacun toute l’énergie et la fraîcheur qu’il faut pour leurs contes initiatiques à eux. Ca se passe dans le Sud, et c’est drôle et intelligent et aussi magnifiquement bien construit, je le précise parce que c'est vraiment rare un roman ado dont la construction est aussi rigoureuse.

8) Y a-t-il d’autres maisons comme Talents Hauts?
‘Un peu comme’ Talents Hauts, il y a Rue du Monde. Et plus récemment, La ville brûle. Et de plus petites: Planète Rêvée, des Ronds dans  l’O, les Grandes Personnes…

9) T’aurais pas écrit d’autres trucs sur la littérature engagée, toi, sur ce blog?
Si, là, là et là par exemple.

10) Et qu’est-ce qu’on leur souhaite pour leurs dix ans?

Peut-être paradoxalement, un monde où Talents Hauts n’aurait plus besoin d’exister sous sa forme actuelle, j’imagine…

Allez, joyeux anniversaire, Laurence, Mélanie, Justine, et autres complices, et tous les auteurs et illustrateurs auteur-e-s et illustrateurs/trices Talents Hauts!

lundi 29 août 2011

La plume de Marie - le concours!

Déjà, coucou à tous et toutes après un mois d'août sans internet! J'ai miraculeusement survécu.


Deuxièmement, ventre-saint-gris! mon nouveau roman ado La plume de Marie, illustré par Anaïs Bernabé, est déjà disponible en commande chez l'éditeur (Talents Hauts, of course), et sortira en librairie le 8 septembre. Faites-en donc l'acquisition si vous le voulez bien! Vous atterrirez direct au dix-septième siècle sans mal des transports. Et sur le chemin, vous rencontrerez...

- Une jeune fille au caractère et à la plume bien trempés
- Un vieil académicien au nom d'oiseau
- Des alexandrins dignes du Cid
- Des scènes théâtrales et dramatiques
- Un petit chat qui aime beaucoup les rubans
- De charmantes expressions désuètes à répéter à ses amis

Et votre obole contribuera à remplir l'encrier de la jeune auteure! Si c'est pas la joie.

MAIS ATTENTION! appel à tous les drôles d'oiseaux. Voici aussi un petit concours pour que l'un/e d'entre vous remporte un exemplaire gratuit de La plume de Marie!

Pour participer, c'est très simple, il suffit de laisser un commentaire (signé!) à ce billet en répondant à cette question:

Si vous étiez écrivain (ou si vous l'êtes!), de quel oiseau choisiriez-vous la plume pour tous vos jolis mots? et pourquoi?

Tirage au sort le 8 septembre!

jeudi 23 juin 2011

Le top 10 des questions les plus posées à l'auteur/e débutant/e

Cela fait plus d'un an que mes deux premiers bouquins sont sortis, Samiha et les fantômes et Les petites filles top-modèles chez Talents Hauts, et je me suis dit que j'allais faire une petite rétrospective des 10 questions qu'on m'a le plus souvent posées au cours de cette année. Au cas où t'aurais pas trop le temps d'aller dans le détail t'as qu'à lire la partie en gras et t'auras l'ossature de ma profonde réflexion. J'espère qu'elle te sera utile, auteur/e débutant/e comme moi-même, et/ou questionneur d'auteur/e débutant/e! Ajoute-z-y les tiennes dans les commentaires, dans la joie et la bonne humeur.

10. 'Hého mais oui mais quand même, hein, combien t'en as vendu alors, à peu près, dis?'

Ma réponse était d'abord 'Ben... j'en sais rien.' Ensuite je suis passée à 'Ben... le premier tirage était à 3000/4000, alors après je sais pas trop, hein...' Et puis ensuite, suite à un email de mes éditrices, ma verve s'est faite plus confiante: 'Il paraît que les Petites filles sont l'un de leurs bestsellers' (là le mec s'imagine que ça veut dire qu'il dépasse Dan Brown au compteur) Mais le quidam, mon ami, ne se satisfait pas ce cette réponse. Il faut des chiffres! (On sait pas trop pourquoi mais c'est indispensable.) Préparez donc la réponse suivante:

"Alors écoute j'ai un logiciel magique qui permet de suivre tout ça en temps réel sur mon iPhone. Aux dernières nouvelles de cette semaine Madame Trouffu de l'école Jean-Pierre François en a acheté vingt-sept exemplaires pour sa classe de CM2. La librairie Les Mots Bleus à Saint-Troubillon-lès-Flobarts en a vendu cinq samedi. Le cousin du collègue de ma mère en a acheté un à sa fille, du coup, le compte sur les dix derniers mois s'élève à 2042. Après je te donne le prix HT et mon pourcentage de royalties et tu peux calculer combien j'ai dans mon bas de laine pour voir si tu peux me gratter deux euros cinquante pour le café qu'on est en train de prendre ensemble".

Ayez toujours cette réponse dans votre poche.

9. 'Mais pourquoi t'es pas partie en tournée internationale de promotion?'


Ami, je comprends ton désir intense de me savoir en vadrouille de Dunkerque à Santa Monica à vendre mes deux livres à des fans déchirant leurs chemises. Malheureusement, ça marche pas comme ça pour l'auteur/e en herbe. J'ai été, en effet, invitée à quelques (je dis bien quelques, pas cinquante mille) salons, mais j'habite en Outre-Manchie et l'Angliche refuse de me laisser partir tant que je n'ai pas clos ma thèse doctorale en huit mille pages reliées. Secundo, c'est pas en ayant publié deux livres que ton éditeur te paie un billet de première classe pour aller promouvoir tes oeuvres chez les Québécois.

8. 'Tu passes quand chez Ruquier?'

Boh, tu sais, maintenant que Zemmour et Naulleau n'y sont plus...

Non, sérieusement, je sais que ça te ferait planer si à la machine à café tu pouvais raconter aux potes que tu connais une nana qui est passée à la télé. Mais la vérité, c'est que la littérature jeunesse est sous-représentée dans les médias grand public. C'est génial d'y avoir accès, mais il faut aussi considérer les moyens alternatifs. Je m'estime déjà très chanceuse d'avoir pu faire quelques radios avec Samiha, mais je suis aussi absolument ravie que les Petites filles aient donné de jolis billets de blogs. C'est grâce aux blogs de littérature jeunesse, en très grande partie, que les livres sont promus. Alors merci bloggeuses et bloggeurs!

7. 'Pourquoi je trouve pas tes livres à la librairie du coin de ma rue? Ca veut dire qu'ils sont nuls?'

Oui, exactement.

Réponse alternative: pas forcément. Les librairies sont des endroits géniaux qu'il faut protéger à tout prix, mais elles ont évidemment leurs limites: elles n'ont pas un espace infini. Et par rapport au nombre de livres publiés (tellement énorme que même Einstein il a du mal à l'imaginer), si tu penses que chaque livre publié est constamment en librairie, c'est comme si tu essayais de faire tenir deux cents dominos dans une boîte d'allumettes.

Alors les librairies stockent principalement: 1) les nouveautés; 2) ce qui s'écoule régulièrement; et 3) les best-sellers. Les autres sont remerciés après un certain temps.

Mais ça ne veut pas dire qu'ils n'existent plus que sur Amazon! Si tu aimes bien les livres d'un auteur, et que tu ne les trouves pas en librairie, je t'en prie, commande-les! C'est vraiment un plus pour un auteur, car quand on passe commande en librairie on augmente la visibilité d'un livre auprès du libraire et auprès des clients. Et on soutient indirectement toute l'industrie qui en a bien besoin.

6. 'Et alors à quand la prochaine publication?'


Ca, c'est une bonne question. Et une question stressante. Ce que j'ai appris cette année, c'est que contrairement au vieil adage, ce n'est pas forcément vrai que 'plus on publie, plus on publie'. Du moins, ce n'est pas infaillible. Je publie mon troisième livre, La plume de Marie, en septembre chez Talents Hauts, et je n'ai jamais autant écrit de ma vie, mais la vérité c'est qu'il faut continuer à passer par les mêmes chemins d'écriture-envois-rejets: il n'y a pas de sésame secret! Avec la pression en plus, peut-être, car il faut continuer à publier pour rester dans le coup.

5. 'Tu googles ton nom tous les jours pour savoir ce que l'on écrit sur toi?'

Oui, j'ai installé une alarme qui me réveille au son de 'Soldat lève-toi' dès que quelqu'un écrit mon nom sur Internet. LOL (si c'était le cas elle sonnerait genre une fois tous les trois mois). J'ai googlé mon nom à peu près 3 fois en un an et ce n'est pas une expérience que j'apprécie vraiment.

D'une part, je trouve cela véritablement stressant de découvrir par hasard des critiques, qu'elles soient bonnes ou mauvaises (même si dans le premier cas, ça me fait très plaisir, bien sûr!) Je suis évidemment absolument ravie, émerveillée, honorée qu'elles existent, mais je n'ai jamais voulu devenir une obsessionnelle-compulsive de la critique. Imagine que tu aies la possibilité de trouver sur Internet des critiques de ton bébé. Certes, tu peux tomber sur 'Le fils de Marie-Françoise est un charmant exemple de jeune humanité dont les joues roses ravissent le regard et la voix enchanteresse caresse le tympan.' Mais en un autre clic tu peux aussi tomber sur 'L'abominable petit Séraphin est un gros poupon rosâtre dont on peine à discerner les contours et qui fait preuve d'un manque de conversation inquiétant pour ses dix-huit mois.' Ca retient un peu ton ambition de googler le nom de ta progéniture.

D'autre part, je suis moi-même critique à mes heures de bouquins en tous genres, ici et sur mes blogs anglais, et je veux le faire librement et indépendamment. Je n'aime pas l'idée que l'auteur/e cherche compulsivement à lire absolument tout ce qui se dit sur son livre. Pour moi, la règle numéro un, c'est la suivante: les critiques ne sont pas faites pour les auteurs. Elles sont faites pour les lecteurs, potentiels et réels. Un point c'est tout. Lire systématiquement ses critiques comme si sa vie en dépendait, c'est s'exposer soit à un enflement de cheville colossal soit à de sombres pensées de meurtres. Les critiques ne sont pas faites pour les auteurs. Il faut laisser aux critiques la liberté de penser que leur bilan de lecture ne sera pas lu et ressassé par les auteurs qu'ils égratignent ou encensent.


4. 'Pourquoi tu traduis pas tes livres toi-même en anglais/chinois/martien pour les vendre à l'étranger?'


Celle-là, c'est ma bête noire, surtout qu'elle vient exclusivement de personnes qui disent connaître le monde de l'édition. C'est une question tellement erronnée sur douze mille niveaux qu'il faudrait toute une journée pour réexpliquer comment fonctionne le système éditorial au niveau international.

Commençons par le commencement. Oui, je suis bilingue. Mais si tous les bilingues étaient traducteurs, pourquoi certains s'échineraient-ils à faire des masters de traduction? En posant cette question, tu dévalues indirectement tout le travail extrêmement difficile et extrêmement pointu du traducteur littéraire. Il faut des années d'expérience et d'études pour être traducteur - oui oui, même pour un album de trois cents mots.

Deuxième point. En général, on me dit ça pour l'anglais (c'est ma seule autre langue vu que je suis une ostracisée de Babel). Or, il est malheureusement très bien connu que les anglo-saxons achètent une quantité absolument quantique de livres étrangers. C'est un fait. Il n'achètent rien. Le nombre est négligeable. Ce n'est pas en me ramenant avec une belle traduction de mes deux livres que je changerai leur état d'esprit complètement insulaire.

Et enfin, les droits ne m'appartiennent pas, tout simplement! Même si je développais un talent génialissime pour la traduction littéraire, et même si je trouvais un éditeur angliche désireux de publier ma prose, Laurence et Mélanie de chez Talents Hauts me feraient sacrément la tronche si je décidais de me faire du flouze en Outre-Manchie sur un bouquin dont elles ont obtenu les droits tout à fait honnêtement. (Sauf si, bien sûr, cela se faisait dans les règles du contrat.)

3. 'T'as choisi l'illustratrice, le titre, la mise en page, la couverture et la police d'écriture?'


Non. Je comprends très bien cette question, mais non. Ce qui ne veut pas dire que je ne suis pas heureuse du résultat. Les éditeurs éditent - ils font des choix éditoriaux. C'est leur rôle. Laurence et Mélanie ont publié quatre-vingts livres avant les miens. Moi: zéro. Qui a le plus d'expérience?

Beaucoup de gens pensent que l'auteur/e a énormément d'influence sur ce genre de décisions mais à moins d'être Amélie Nothomb (et encore!) ce n'est tout simplement pas son travail de prendre des décisions marketing. Il faut faire confiance à la branche de l'industrie qui s'en charge par nature. Pour l'illustration, ça se discute, mais pour l'instant j'ai toujours eu de merveilleuses surprises et je pense que c'est la même chose pour beaucoup de gens. Il faut arrêter de croire que les auteur/es ont une sorte de don magique qui leur permettrait de tout faire.

2. 'T'as rencontré qui comme auteurs?'

Un certain nombre... mais pas dans le cadre de mon écriture! Sous mon autre casquette d'universitaire.

Par contre, ce que j'ai absolument adoré dans l'année écoulée, ce sont les rencontres virtuelles. Toutes les auteures et illustratrices dont les blogs sont listés dans la barre de droite de ce blog, et avec qui je corresponds, et qui commentent mes articles, et dont je commente les leurs, et dont je lis les livres. C'est une ressource extraordinaire, et qui rend l'écriture mille fois moins solitaire! Je recommande vraiment, chaleureusement, sans restriction à tous les auteurs de créer un blog et de discuter avec les autres.
Professionnellement et personnellement, c'est un enrichissement constant.

1. 'Oui, bon, d'accord, mais quand est-ce que tu feras de la vraie littérature?'

Quand le reste du monde commencera à considérer la littérature jeunesse comme de la vraie littérature.

mercredi 8 juin 2011

La plume de Marie, couverture



Voici la couverture de La plume de Marie, illustrée par Anaïs Bernabé!

Sortie le 8 septembre.

mardi 7 juin 2011

Incohérences, ou La Terreur du Truc Qui Tient Pas Debout

Ecrire, c'est un peu faire l'équilibriste qui jongle sur un fil avec le temps du récit, l'endroit du récit, la psychologie des personnages, le thème de l'histoire, bien entendu son déroulement, et le langage employé pour décrire tout ça. Et quand il y en a un qui ne se raccroche pas bien aux autres, dans le meilleur des cas personne ne le remarque, dans le pire des cas tout l'ensemble s'effondre. Vous l'avez deviné, c'est de la redoutée Incohérence avec ses grandes dents pointues dont ce billet va parler! Si t'es cap et que t'as pas peur, continue à lire.

Dans La plume de Marie, mon roman illustré par Anaïs Bernabé que Talents Hauts publie en septembre, il y avait une incohérence encore plus énorme que ta tête, au point que c'est difficile à croire que personne ne l'avait repérée avant. L'histoire se passe en 1650, et l'héroïne, Marie, est née le même jour que Louis XIV. Ils ont tous les deux 11-12 ans. Je précise que je suis abyssalement nulle en histoire, mais pour échafauder une intrigue crédible j'avais fait des recherches étendues en librairie (enfin, sur Wikipédia) et j'avais assuré mes arrières en faisant en sorte d'écrire non pas un roman historique, mais un roman qui-se-passe-au-dix-septième. J'avais fait bien attention aux détails - boiraient-ils du chocolat chaud? Auraient-ils tel ou tel servant? Quelles fringues porteraient-ils? - et je pensais que c'était plutôt crédible.

Manuscrit soumis à Laurence et Mélanie de chez Talents Hauts que je salue au passage; à mon père, passionné d'histoire; et à ma mère. Premiers retours: aucun énorme problème à première vue. Deuxième retour, après lecture par Justine, stagiaire chez Talents Hauts:

Alors il y a juste un petit problème, c'est qu'en 1650, vu que Louis XIV n'avait même pas encore éclos son premier bouton d'acné, Versailles n'existait pas, jusqu'à preuve du contraire.

Ah quand même. Je vous rassure tout de suite, l'intrigue ne se passe pas du tout à Versailles; le nom était simplement mentionné deux ou trois fois, donc très aisément corrigé. Mais pour laisser passer un truc aussi énorme avec cinq personnes aux commandes! Mon père a failli s'arracher les yeux tel Oedipe avec une pince à sucre. Terrorisée, j'ai ensuite fait relire le bouquin à ma copine Mathilde qui a fait son mémoire de master sur la Princesse de Clèves, et m'a donné de bons tuyaux. A priori (je croise les doigts) pas d'autres anachronismes complètement délirants (nous en avons laissé passer quelques uns sous prétexte de licence poétique).

Le pire, c'est que c'est hyper fréquent. Presque toutes les fois où j'ai édité ou relu des livres allant être publiés lors de mes quelques jobs en édition, j'y ai trouvé des petites incohérences, souvent amusantes. Il y a les pas-trop-graves: personnages qui se lèvent deux fois dans un dialogue, qui se retrouvent mystérieusement assis sur la plage alors qu'ils se promenaient dans un parc, qui téléphonent d'une cabine pour l'amour du geste alors qu'il est précisé plus tôt qu'ils ont un portable comme tout un chacun, enfants qui pour une raison non précisée ne vont pas à l'école pendant la journée, jeudis qui suivent des mardis. Il y a les mots-qu'il-faut-pas: serpents qui 'courent à la rencontre', personnages qui se tutoient ou se vouvoient selon l'humeur et le moment, lapins qui demandent l'attention de 'tous les hommes et les femmes du clapier...'. Il y a les mais-comment-ils-font?: taupe aveugle qui lit un écriteau, personnage sans mains qui touche du doigt (c'est de moi celle-là), sans compter le plus fréquent et le plus magique (cf Tobie Lolness!), personnages qui survivent dans un endroit clos pendant très longtemps, avec assez à manger mais aucune indication de l'existence de toilettes! (variante féminine, la fille en road trip de plusieurs mois qui n'a jamais ses règles, faudra qu'on m'explique.)

Ces incohérences sont facilement repérables, mais en réalité il est presque impossible de garantir qu'un livre n'aura aucune incohérence, et plus il est gros et compliqué, plus les Incohérences à dents pointues trouvent le moyen de s'y nicher. Twilight, Narnia, Hunger Games et compagnie sont bourrés d'incohérences plus ou moins graves. L'une des raisons pour lesquelles j'admire tellement Harry Potter, par contre - enfin, parmi 10 000 autres - c'est la stupéfiante solidité de la série. Il y a extrêmement peu d'incohérences, elles sont absolument minimales, et seuls les fans les plus hardcores ont pu les repérer (PlayStation pas encore disponible en Europe quand Dudley en a une, nuit de pleine lune de juin 1997 ne correspondant pas à celle du Prisonnier d'Azkaban... et la plus drôle peut-être, relevée par ma soeur: Voldemort 'complètement invisible même à lui-même' dans le septième livre, mais qui distingue quand même sa propre main quelques lignes plus tard.)

Le pire, c'est les livres illustrés, parce qu'il y a encore une autre variable à prendre en compte: l'image. Entre la fille 'blonde' qui se retrouve clairement brune, la fenêtre ensoleillée alors qu'il pleut dans le texte, et la famille végétarienne qui mange un poulet rôti, il y a de quoi faire!

Comme dans les films où il y a fréquemment des erreurs de montage, des vases étrangement déplacés entre deux répliques, et des marques de bronzage de bikini dans les péplums, les livres doivent être relus et rerelus mille fois pour éviter ce genre de petits soucis. Les relecteurs doivent être ultravigilants et relire à chaque fois avec un esprit complètement détaché, sans rien considérer comme évident. Evidemment, la terreur ultime, c'est de trouver au dernier moment THE énorme incohérence qui va demander soixante-douze heures de réécriture.

Bref, là je viens de finir un autre roman et ça fait trois fois que je le relis en cherchant l'incohérence. Evidemment, plus tu la cherches, plus elle se cache juste devant toi, telles les lunettes que t'as perdues comme un débile et qui sont en fait sur ton nez. Je vais donc laisser reposer la pâte avant de repartir en chasse. C'est loin d'être 100% efficace, mais c'est la seule méthode possible, jusqu'à ce que nos amis les scientifiques inventent une machine à trouver des incohérences (ils en sont bien capables, ces animaux-là).

Et vous alors, quelles incohérences avez-vous dénichées dans vos bouquins? et dans d'autres?

lundi 16 mai 2011

Puisque c'est maintenant officiel...

... dans le communiqué des livres annoncés par Talents Hauts, je peux enfin révéler que l'illustratrice de La plume de Marie est Anaïs Bernabé! Ses dessins sont magnifiques et j'ai hâte de pouvoir tous les admirer.

Le livre sortira en librairie le 8 septembre 2011...

Et en attendant, une illustration de plus par je, qui révèle un autre personnage! 10 points à celui qui le reconnaît sans lire le communiqué.

lundi 2 mai 2011

Regarde m'dame, j'ai fait du dessinage

Parce que quand on s'avachit devant la redif d'On n'est pas couché sur France2.fr il faut en même temps gribouiller des trucs (la meuf qui a que ça à faire). Du coup ce week-end j'ai fait des représentations pictoriales et iconographiques, je dirais même des expériences artistiques poussées, des personnages de mon roman La plume de Marie, qui sortira chez Talents Hauts dans quelques mois, et cela me permet donc de vous les présenter en avant-première...

Evidemment ces illustrations personnelles n'ont RIEN d'officiel car le roman sera illustré par une bien-plus-talentueuse-et-vraiment-illustratrice-personne-dont-je ne-sais-pas-si-j'ai-le-droit-de-divulguer-de-qui-il-s'agit-donc-je-me-la-ferme!


Voilà donc juste pour le fun les personnages principaux de La plume de Marie (si tu cliques c'est magique ça zoome essaie tu verras):







En plus de ça, il y a un autre personnage et pas des moindres, mais celui-là, c'est pas pour tout de suite.

jeudi 24 mars 2011

Ma petite dernière!


Je suis très heureuse de pouvoir vous annoncer que mon nouveau roman, La plume de Marie, sortira à la rentrée aux Editions Talents Hauts!

C'est vraiment un bonheur car j'ai pris beaucoup de plaisir à l'écrire... entre deux papiers de conférence. Il est très, très, très différent des autres, et j'ai hâte de le faire partager.

A suivre... :)

lundi 30 août 2010

Passage sur Europe 1


Je passe cet après-midi sur Europe 1, dans la nouvelle émission de Michel Field, 'Café Découvertes', à l'occasion d'un débat sur le féminisme dans l'islam. Je parle de mon album Samiha et les fantômes, publié chez Talents Hauts, et illustré par Sylvie Serprix.

L'émission se déroule de 13h30 à 14h30 et j'interviens brièvement vers la fin. Ecoutez-moi donc si le coeur vous en dit! J'ai pas la voix sexy de Carla Bruni mais vous n'allez pas chipoter.

mercredi 7 juillet 2010

Plumes de signes



Ma copine Mathilde ouvre un blog, et la connaissant, ça vaudra le coup d'oeil: allez donc y faire un tour (pour le moment, il n'y a qu'un article, mais ça claque) en cliquant ICI.

Mathilde est l'une des rares personnes que je connaisse qui expose ses connaissances et ses convictions féministes au grand jour. Les filles de mon âge préfèrent ne pas trop y penser, et/ou ne pas trop en parler. Il y a quelque chose de désuet et de rageur, semble-t-il, à afficher son féminisme comme on le pouvait le faire autrefois. D'ailleurs, quand je dis que j'ai publié chez Talents Hauts, une maison d'édition 'féministe' ou 'anti-sexiste', j'ai parfois droit à des regards gênés, surtout chez les mecs. La fille publie chez un éditeur féministe, limite elle doit se trimballer avec un collier de foetus avortés autour du cou.

A Cambridge, il existe une Feminist Society, dont je fais partie, et qui a publié pour la première fois cette année une petite compilation d'articles, Gender Agenda. L'un de mes articles, sur Twilight, y figure - je l'avais d'abord publié sur leur site internet, et vous pouvez le lire en cliquant ici.

Si vous parcourez un peu le site, et si votre anglais vous le permet, vous verrez qu'il y a des sacrées plumes, filles comme garçons.

jeudi 6 mai 2010

Les petites filles top-modèles en librairie

C'est aujourd'hui que sort en librarie mon deuxième livre pour enfants, Les petites-filles top modèles, publié par les Editions Talents Hauts et illustré par la désopilante et talentueuse Vivilablonde !



C'est l'histoire de Diane Châtelain, onze ans et des poussières, petite princesse de la mode chez la prestigieuse maison de haute couture pour enfants Rond-Point. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes jusqu'à une cascade d'événements inattendus: un remplacement secret, un contrat en or, une rencontre avec une certaine Olympe, et un voyage à Venise censé changer sa vie...

Tout ça avec un ENORME bouton sur le nez.

Un bouquin destiné aux 8-10 ans, et qui, j'espère, les fera rigoler. Et avec un peu de chance, celui-là la Fnac ne le trouvera pas trop risqué pour la vente... ;-)

mercredi 7 avril 2010

J-1 avant la sortie de mon premier bouquin


Demain 8 avril, c'est la sortie en librairie de mon premier livre pour enfants, Samiha et les fantômes, édité par Talents Hauts et illustré par Sylvie Seprix.

Bon, vu que je l'ai déjà eu en main, dédicacé à la familia et même fait une timide pub à mes copains via email, en fait le truc dont j'ai le plus hâte maintenant, c'est de le voir chez Gibert. Ah, Gibert! *musique mélancolique* la librairie où mes parents m'ont acheté tous mes Claude Ponti, toutes mes Fantômette, tous mes Bennett, Tom-Tom et Nana, Triplés et plus tard, Susie Morgenstern, Marie-Aude Murail, Jean-Philippe Arrou-Vignod - bref quand je vais voir mon propre petit opus sur les gondoles de chez Gibert ça va être la GLOIRE.