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samedi 22 mai 2010

Monstres et compagnie

J'ai toujours adoré les monstres. Quand j'étais petite, je dessinais des monstres, je lisais des livres sur les monstres, et quand je suis allée en Ecosse (j'avais 15 ans quand même) j'ai gardé les yeux rivés au Loch Ness au cas où. Ce qui me comble de joie, c'est qu'il existe une branche (ultra vaseuse) de la zoologie appelée cryptozoologie, où l'on étudie la possibilité de l'existence des monstres légendaires. Quand je serai grande je serai cryptozoologiste. Mais en attendant voici un petit billet sur les monstres, qui vous inspirera peut-être dans vos travaux d'écriture visant à traumatiser de jeunes enfants.

Ce qui motive ce billet c'est d'abord l'actualité récente, puisque le 'monstre' ci-dessous a été trouvé sur une plage du Canada:



Personne ne sait ce que c'est, mais certains natifs de la réserve la plus proche affirment qu'il s'agit d'un Omajinaakoos. Mais oui, vous savez, un omajinaakoos, cet animal qui apparaît une fois tous les 40 ans pour annoncer de grands malheurs. Autant vous dire que Toronto est en émoi. Il y a quelques années, c'était le fameux 'Monstre de Montauk' qui avait créé le buzz (pardon, le ramdam) sur Internet. Sur une plage à promiximité d'un laboratoire de recherche sur les animaux, deux badauds avaient pris en photo ce joli cadavre:



Un peu cheum, comme dirait mon petit cousin qui parle vrai. Les hypothèses les plus folles avaient alors couru: hybride échappé du laboratoire, alien, raton-laveur (!), tortue sans sa carapace (beurk), ou tout simplement nouvelle espèce d'animal. Comme par hasard, le corps a disparu.

Bref, ce qui est intéressant c'est qu'un monstre n'est un monstre que tant qu'on ne l'a pas classifié comme Animal. A partir du moment où un zoologiste annoncera dans Science qu'il nomme 'Floubizore à bec cornu' le monstre de Montauk, il perdra définitivement son statut de Monstre. Or, il existe des tas d'animaux que je trouve parfaitement monstrueux, et qui auraient mérité de rester monstres à tout jamais tellement ils font l'effort d'en être un. Voici mes petits chouchous dans la catégorie 'Si Dieu existe il a une imagination bien tordue':

1. Le blobfish



Tout animal vivant dans l'eau me répulse un tant soit peu (je suis quelqu'un de résolument terrestre) mais le blobfish c'est une telle hyperbole de monstruosité que je ne peux pas m'empêcher de l'adorer secrètement. La chose vit en profondeur et est un tout petit peu plus légère que l'eau, ce qui lui permet de pseudo-nager en culbutant contre les divers objets des abysses.

2. Le rat-taupe nu



Le rat-taupe nu est un rongeur d'une laideur succulente, qui possède beaucoup trop de peau pour sa quantité de corps à envelopper, et doté de deux incisives longues et fines. L'animal est admiré pour sa capacité à faire... euh... rien du tout.

3. L'isopode marin



Cette chose parfaitement atroce grouille au fond de l'océan, comme son copain le blobfish, avec qui il échange les derniers ragots. Ressemblant vaguement à un cloporte géant, c'est le compagnon idéal de vos cauchemars et autres sorties en famille.

4. Le weta



L'un des insectes les plus grands et les plus lourds au monde, ce charmant animal se trouve exclusivement en Nouvelle-Zélande, et soit dit en passant, qu'il y reste, il ne nous manque pas.

5. Le AAAARGHHHH



Poisson perturbant et dentu, le AAAARGHHHH a tendence à vomir son estomac quand on le capture. Oui, c'est ça, le truc jaune dans sa bouche.

Bon! J'espère qu'avec ce petit bestiaire monstrueux vous vous sentez désormais d'attaque pour écrire un joli conte pour petits poussins. Par exemple, 'Marlaguette et le Blobfish', ou encore 'Boucle d'Or et les trois Wetas'. Tenez-moi au courant.

lundi 3 mai 2010

De la cruauté en littérature jeunesse

Parmi mes dix mille bouquins commencés qui dorment dans mon ordinateur et que je réveille de temps en temps avant de les lâcher comme des vieilles croûtes quand je m'aperçois que c'est finalement super nul, il y a un bouquin pour enfants extrêmement cruel et très gore.

La cruauté dans les livres pour enfants, personnellement, j'adorais ça quand j'étais petite. Et je ne parle pas des livres d'horreur type Chair de Poule, qui faisaient simplement peur - non, je parle d'une sorte de cruauté plus humour noir, plus dérangeante. Roald Dahl est l'un des maîtres en la matière, avec Neil Gaiman, et quelques autres. Petite, j'adorais La potion magique de Georges Bouillon, avec son idée complètement amorale de vengeance physique sur une grand-mère tyrannique. Je pense qu'il y a une dimension libératrice dans toute histoire cruelle destinée aux enfants. Ils veulent tester les limites du genre - jusqu'où peut-on aller? Que peut-on montrer? Existe-t-il une cruauté intolérable en littérature?

Un autre livre de Roald Dahl très cruel: Sacrées Sorcières. Là, c'est une autre histoire, et pour moi un exemple personnel de cruauté poussée trop loin. Le héros, à la fin de l'histoire, est transformé en souris par les sorcières.



Cette fin, je m'en souviens très bien, m'avait traumatisée à neuf ans. Il n'y a aucun espoir pour que le héros s'en sorte, et en plus il semble se féliciter de son sort, qui lui promet au moins de mourir plus ou moins en même temps que sa grand-mère, à laquelle il n'envisage pas de toute façon de survivre. Ce dialogue final m'avait laissé une impression malsaine. J'avais trouvé, pour la première fois, je crois, qu'un auteur allait trop loin dans la cruauté envers ses personnages.

Mais pour en revenir à mon manuscrit, après trois chapitres l'histoire devient tellement cruelle que je me demande si ce n'est pas, en réalité, de la littérature pour adultes. La frontière est tellement mince. Toute la cruauté, bien entendu, est extrêmement imagée, voire imaginée. Comme dans les contes de fées, elle a un côté irréel et magique. Mais jusqu'à quel degré de violence peut-on aller dans un livre pour enfants? Quand franchit-on la limite entre saine libération et traumatisme? Comment savoir si tel enfant le prendra bien, et tel autre mal?