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vendredi 6 mai 2016

Sous les couvertures...

C'est le jour C! C comme Couverture: celle de Songe à la douceur, qui sortira le 24 août. La voici!


('C'est les couleurs de la NRF!' s'est enthousiasmée ma mère, qui ne perd pas espoir que je finisse un jour par écrire de la vraie littérature.)

C comme Courbes, Circonvolutions, Clarté - j'adore cette typo bouclée et noueuse, qui tricote les fils de deux vies, et offre une promesse de romantisme (sera-t-elle réalisée, that is the question...)

Mais aussi, et pour l'occasion, le jour C comme Claudine...

Qui est Claudine? Claudine Devey, chanceuse porteuse d'un prénom colettien que j'adore, est la graphiste de Sarbacane. Après une formation en arts appliqués à Lyon Bellecour et à Toulouse, elle a travaillé comme graphiste dans plusieurs maisons avant de se faire kidnapper par les Sarbacaniens. Arrivée là-bas en 2014, elle a dynamisé, modernisé... pour ne pas dire révolutionné les couvertures de la collection Exprim'. On lui doit par exemple:




 


On voit à quel point ce travail est véritablement celui d'une artiste composant un corpus d'images, visuellement cohérent, personnel - une oeuvre, tout simplement. De livre en livre, on retrouve sa patte, son style - sa voix. Mais chaque récit étant différent, elle déploie aussi d'autres tons, d'autres nuances, d'autres jeux de textures et de couleurs, et juge de là où il faut placer une photo, et là où il faut mettre une image stylisée.

Voici une mini-interview exclusive de Claudine quant à la réalisation de la couverture de Songe:

La raison de Claudine
(désolée j'ai pas pu résister)

J'imaginais vraiment une composition typographique pour cette couverture, quelque chose de léger, aérien, et poétique.
J'ai donc orienté mes recherches de typos sur le site my fonts : 
dans les scriptes.
J'ai fait une première composition sur photoshop, que j'ai ensuite imprimée,
pour la redessiner et apporter quelques ajustements 
(d'abord sur calque sur A4).
Le dessin du titre était fait, mais il y avait trop d'aspérités.
Il a donc fallu ré-imprimer cette composition sur un format plus grand (A3), pour la re dessiner encore une fois :
les courbes des lettres étaient alors plus lisses, plus précises.


En mars, j'ai eu la chance de voir, dans les bureaux de Sarbacane, ce fameux calque A3:



C'est extrêmement impressionnant d'avoir devant les yeux cette typo splendide réalisée à la main, personnalisée pour ce livre-là et pas un autre. On voit immédiatement la différence entre un tel travail et l'application d'une typo-type, même jolie, à un dessin ou une photo d'une banque d'images.

Ensuite, il y a la question des couleurs. Voici quelques exemples de couleurs proposées pour Songe à la douceur:



Et une photo tout à fait dégueu que j'ai prise moi-même avec mes petits doigts tremblants dans les bureaux de Sarba:


(ça fout un peu la pression ce SONGE A LA DOUCEUR répété cinq fois, je vous l'accorde. SONGES-Y OK!??!!)

On va finir avec C aussi comme Choix (celui de l'auteur/e). L'occasion de répondre à quelques questions qui reviennent souvent...
  • Question numéro un: C'est toi qui choisis ta couverture? 
Non, dans le sens où généralement, l'auteur/e n'a strictement aucun rôle autre que de suggestion (/persuasion, séduction, roucoulement, etc) dans les premières décisions concernant la couverture. Pour Songe, je voyais bien une stylisation du tableau de Caillebotte 'Le jeune homme à la fenêtre' (qui a une place assez importante dans l'histoire), mais c'est la seule suggestion que j'ai faite (et qui n'a pas été sélectionnée tavu).

pourtant c'était tellement vendeur
La plupart du temps, mais ce n'est pas du tout une norme ni une généralité, on a un choix, ou plutôt un rôle consultatif plus appuyé, dans un deuxième temps. L'éditeur nous envoie plusieurs propositions de couvertures pour nous demander notre avis. Dans le cas de Songe, c'était seulement une question de couleurs (entre les deux bleues et la NRF).

Mais parfois c'est vraiment une question d'image principale; par exemple, pour Comme des images, on (Tibo et Fred) m'avait envoyé ces quatre-là:





Et là il y a une stratégie que j'appellerais 'Tiboesque' ou 'Fredesque' - nos deux Sarbacaniens étant tous deux friands de cette rhétorique - qui consiste à dire:
Tu préfères laquelle? Nous on a notre petite préférée déjà...
Alors moi:
Oh chouette! je préfère l'une des deux premières!
Et là tu reçois une réponse qui dit:
Ah bon??? nous on DETESTE les deux premières. Non, clairement c'est l'une des deux dernières qu'il faut.
Moi:
Mais alors euh pourquoi vous m'avez proposé les deux premières?
Tibo/ Fred:
Aaaah, je suis content que tu préfères aussi celle qu'on préfère! Voili voilà. C'était cool t'as vu comme on t'a donné l'impression d'avoir le choix, hein? 
Moi:
C'était super merci wow
Stratégie que je conseille aux parents de jeunes enfants: 'Tu préfères une purée de carottes ou un Snickers?' 'Un Snick-' 'Très bon choix mon petit lapin, splish splosh, une cuillère pour papa, une cuillère pour maman...'
  • Question numéro deux: qu'est-ce qui se passe si tu détestes ta couverture? 
Ben t'es triste et tu t'en plains amèrement avec d'autres auteur/es autour d'un mojito aux fraises (suivez mon regard). Il y a plein d'auteur/es qui détestent toutes ou certaines de leurs couvertures. Certain/es auteur/es sont expert/es en détestation de couvertures - je pense qu'il y a quelque chose de très profond là-dedans, parce que c'est vraiment le visage de ton livre, et c'est dur de ne pas avoir le contrôle.

Il est vrai qu'une couverture 'ratée', ou pas tout à fait appropriée, peut ruiner la vie d'un livre. J'ai été extrêmement échaudée par la couverture de mon premier livre de Sesame Seade en Angleterre, illustrée par Sarah Horne - je la trouve tout à fait réussie, mais je ne m'étais pas aperçue à quel point une simple bandelette rose en haut la marquerait comme 'livre de fille'. J'ai été estomaquée quand une amie m'a dit, comme si c'était une évidence, qu'elle n'allait pas acheter le livre à son fils parce que 'it's pink'. 'It's not pink', lui ai-je dit, il y a 1cm de pink pour 20 de blue. Mais c'est déjà trop de pink pour ces gens-là. A mon grand malheur, ce roman qui roule à 200 à l'heure, complètement androgyne, n'a été lu que par très peu de garçons.


Très frustrée par cette histoire, j'ai réagi catégoriquement quand Tibo m'a proposé une couv pour Carambol'anges qui était rose:


Pour moi, c'était absolument hors de question: ça n'avait rien à voir avec l'esthétique (j'aimais bien le côté carambar), mais je ne m'étais pas cassé la tête à faire un/e héro/ïne entièrement dégenré/e pour qu'on fasse une couv qui marquerait le bouquin comme 'pour filles'. J'ai persécuté Tibo et Claudine et les ai corrompus avec des chouquettes (authentiques) jusqu'à ce qu'ils acceptent de rendre les couleurs 'neutres', c'est-à-dire (je ne cautionne pas cet état de fait, je précise), dans des tons bleus.

(Tant qu'on est sur ce sujet: Tom Lévêque cherche des ados pour répondre à un questionnaire pour sa recherche de master sur les représentations du masculin en littérature ado. C'est un projet extrêmement précieux car c'est une question rarement abordée en recherche universitaire en LJ. Donc va l'aider, si t'es encore jeune... moi j'ai plus l'âge! Il est aussi question de couvertures, et ça se passe là-bas!)

J'en suis très heureuse maintenant, car Carambol'anges est vraiment lu et apprécié par des petits garçons. 

Donc, il n'est pas impossible de faire ployer les éditeurs et graphistes, mais seulement avec des arguments précis et en béton. Il n'est pas inutile aussi d'être porteuse du gène CH1Eu5E, niveau expert, et d'être prête à sacrifier une partie de ses droits d'auteur à la boulangerie du coin pour amadouer les troupes.
  • Question numéro trois: t'as des images de couvertures qu'on n'aurait pas vues à nous montrer?
Puisque tu me le demandes si gentiment...! tiens, voici un essai très ancien (que j'adore) pour Les petites reines, réalisé par Claudine:


Très anglais, et très gracieux, mais trop calme comparé à l'actuel, évidemment...

Voici aussi une image sympa d'une calibration de 'plat' pour le deuxième tome de Sesame Seade, Gargoyles Gone AWOL. C'est un jeu subtil pour l'illustratrice, Sarah Horne, qui doit créer une image continue mais qui s'adapte aux divers blocs de texte d'une couverture (clikpouragrandir):


Quand la couverture aura été révélée pour mon prochain petit album avec Maisie Shearring, Va jouer avec le petit garçon (dont je ne vous ai pas encore parlé), je reviendrai sur cette question, car c'est très intéressant les discussions qu'on a eues.
  • Question bonus: Quel est le meilleur billet de blog jamais écrit sur les couvertures de livres jeunesse? 
C'est celui-là, sur le blog d'Allez vous faire lire, de Julia Lupiot: 'Délit de faciès, ou la couverture ratée'. Extrêmement instructif, drôle et qui touche à plein de sujets différents. Comme vous n'avez pas encore assez procrastiné aujourd'hui, il faut y aller directement. Off you go! Enjoy!

vendredi 22 novembre 2013

Dé-Couvertures

Hasards du calendrier, moi qui publie quand même relativement peu, j'aurai deux livres en février 2014 à un jour d'intervalle: Comme des images, roman ado, le 5 février, et La louve, album, le 6. 

Et voici leurs couvertures!







La louve est (superbement) illustré par Antoine Déprez - et il y a plus de détails ici.

Quant à Comme des images, c'est par que ça se passe...

mercredi 6 mars 2013

P comme Paratexte



Le paratexte - mot créé par Gérard Genette dans les années 80 - c'est tout ce qui, dans un livre, n'est pas l'histoire. Couv', titre, quatrième de couv', informations sur l'éditeur, dédicace de l'auteur, bandeau, etc.

Et alors, quel intérêt?

Eh bien, en littérature jeunesse plus que dans n'importe quelle autre littérature... un intérêt énorme.

Car comme l'a montré Genette pour la littérature adulte, le paratexte, ce 'seuil' de la lecture, est aussi un préparateur et un accompagnateur de la lecture. Il conditionne, en d'autres termes, l'approche du récit par le lecteur - adulte ou enfant.

Or, le paratexte en littérature jeunesse, surtout dans les albums, est infiniment exploitable et exploité: et il est une continuation de l'expérience de lecture, recelant parfois des messages qui ajoutent de manière significative à cette expérience.

Le paratexte est d'abord une plate-forme expérimentale, libre et déjantée, un espace 'gratuit' du livre que l'auteur/ illustrateur peut coloniser. Tout le monde connaît les signatures de Franquin...

... à tel point que d'audacieux designers les commercialisent maintenant sous forme de statuettes (!). Ces signatures, dans les Lagaffe, ne font pas partie de l'histoire, mais ont toujours un rapport avec elle - comme un écho du récit passé, comme un dernier au-revoir pour clore le strip après la case finale.

Et puis il y a bien sûr Ponti, qui ne laisse jamais les codes-barres tranquilles:

Sur l'île des Zertes

Je ne pense pas que le marteau puisse grand-chose contre le prix ahurissant des albums de l'Ecole des loisirs, mais on peut toujours rêver. Là encore, cette quatrième de couverture ne fait pas à proprement parler partie de l'histoire; mais elle crée une surprise, un 'bonus', un dernier rire pour l'enfant et l'adulte qui referment le livre - et entérine l'idée qu'un livre, c'est une oeuvre complète, ce n'est pas seulement un récit. 

Les paratextes sont en effet souvent un moyen d'engager une réflexion métatextuelle, c'est-à-dire sur l'oeuvre elle-même et sur ses processus de création: ses moyens de production, son écriture et son illustration, sa distribution. A travers le paratexte tout devient prétexte à une mise en évidence du livre comme tout, comme objet culturel, dont l'histoire n'est pas indépendante, mais façonnée par la matérialité du livre.

Le paratexte va aussi, souvent, ajouter du contenu à l'histoire ou la nuancer, mais de manière optionnelle et donc libre. On a bien sûr les fameuses dédicaces des auteurs, qui quand elles ne disent pas seulement 'à mon chien Boubou' peuvent brouiller les limites entre texte et paratexte...

La grande collection, Séverine Vidal, ill. Delphine Vaute
Evidemment, vu que c'est pas-encore-l'histoire, on peut dire 'pouce', on peut ne pas prendre en compte ces quelques vers de chanson de Loïc Lantoine posés là par Séverine Vidal. Mais si on choisit de les lire, de les intégrer à notre lecture, alors notre vision de l'album va s'en trouver changée, enrichie, peut-être, par ces petites phrases qui sont là comme si de rien n'était.



Et on pourrait écrire un livre entier sur les pages de garde des albums jeunesse, qui sont d'une importance cruciale - elles qui encadrent le récit de part et d'autre, pour lui donner parfois un sens nouveau ou caché. Les pages de garde du Tunnel, d'Anthony Browne, sont un modèle en la matière - je n'ai pas le bouquin ici donc je ne peux pas les scanner, mais je vous invite à aller le feuilleter sur Amazon (du moment que vous l'achetez ensuite en vraie librairie). La double page de garde qui ouvre le récit montre à gauche le livre de la petite soeur sur fond de tapisserie, et à droite un froid mur de briques, espace du frère. Après l'histoire, qui raconte la réconciliation entre frère et soeur, la double page de garde qui ferme le récit montre les deux mêmes fonds, mais cette fois le livre de la soeur et le ballon de foot du frère sont l'un auprès de l'autre, sur fond de briques rouges. Les pages de garde réitèrent discrètement et symboliquement le parcours des personnages.

Dans Véro en mai, superbe album semi-fictionnel, semi-informatif sur mai 68 écrit par Pascale Bouchié et illustré par Yvan Pommaux, les pages de garde sont recouvertes de slogans de l'époque sous forme de graffiti:



L'histoire n'a pas encore commencé ou vient de se terminer, mais ces pages de garde nous préviennent: la révolte a déjà commencé à gronder, et elle continuera après la fin de l'histoire...

Ca, évidemment, c'est pour les paratextes à forte valeur ajoutée - pour les auteurs, illustrateurs et éditeurs qui savent que c'est un espace ludique, d'aventure, de liberté. Mais même pour les autres, l'étude du paratexte peut nous apprendre beaucoup sur les types de lecture du texte 'recommandés' par le livre lui-même, et les impératifs commerciaux des livres pour enfants. Car bien sûr, c'est le paratexte, spécifiquement la couverture et la quatrième de couverture, qui sélectionne les lecteurs prioritaires du texte.

Car qui pourrait croire, si je vous cachais le titre, qu'il s'agit de la même histoire d'après les 3 couvertures suivantes? Une chose est sûre, elle ne s'adresse pas au même lectorat:




Il y aurait dix mille choses à analyser dans ces 'rebrandings' successifs de Fantômette, mais je vous laisse faire, parce que comme d'hab j'ai écrit trois kilomètres et j'ai aussi une thèse à finir dans mes moments de creux entre deux billets de blog.

Une réflexion finale cependant: qu'arrive-t-il au paratexte quand le livre électronique ou l'application pour tablettes débarque? Plus besoin de couverture, de code-barres, de pages de garde... Tous ces espaces paratextuels requis par la réalité matérielle du livre deviennent inutiles. Certaines applications choisissent quand même, comme par tradition, de les conserver. D'autres s'en débarrassent, pariant sur les ajouts multimédia à l'histoire pour trouver de nouveaux 'seuils' de lecture. C'est en tous cas l'une des pistes de recherche pour l'analyse des livres électroniques pour la jeunesse.

Allez, à vendredi! Où l'on passera au Q, comme Queer!

lundi 10 décembre 2012

Sesame se couvre pour sortir!

... voilà enfin la couverture de Sesame Seade n°1, Sleuth on Skates, mon bouquin tout angliche qui sortira outre-manche en mai 2013 avec Hodder!

Mon premier livre en pas-français de la tête aux pieds!

Ma première série où il y en a d'autres de livres qui arrivent après!

Mon premier livre où sur la couverture y a comme un CANARD SUR UN SKATEBOARD!





Et il a même une tranche! et un dos! et des RABATS!


Oui oui, il y a en effet un canard assis sur le logo d'Hodder.



Oui oui, il y a en effet des poissons à moustaches près du code ISBN.



Et qu'est-ce qu'on dit de moi sur le rabat? Allez fais travailler ton anglais, cher lecteur.



Et y a même un clan de mini-lecteurs qui ont lu le manuscrit et ont écrit des mots qui sont allés se coller au rabat! Oui oui!

Et tous ces dessins sont évidemment faits par la super Sarah Horne, et l'équipe de design d'Hodder a planché sur la composition sous le regard d'aigle de mon éditrice Ellen! Sympa, non, comme cadeau de Noël en avance?

J'en ai même imprimé une toute petite version pour la mettre sur mon étagère de bouquins histoire qu'ils s'habituent à la présence de 'Sess' et ses copains...

La petite clémentine en peluche aime ça

 A dans moins de 6 mois pour le VRAI livre!!