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mardi 19 décembre 2017

Ecriture créative, Session 8: Tout mettre ensemble

Episode précédent ici!

On arrive au bout! (du trimestre...)



Dans ce dernier cours du trimestre (le neuvième étant réservé à des drop-ins, c'est-à-dire que les étudiantes viennent me voir dans mon bureau pour discuter de leurs évaluations qu'elles vont soumettre formellement en janvier), il a été question d'essayer de tout réconcilier. Tout? Oui, tout ce sur quoi on a bossé depuis le début: caractérisation, intrigue, style, temporalité, lieu: tous ces aspects là, y réfléchir tous à la fois.

Good luck with that.

Voyons comment on s'y est prises.

Préparation

Les étudiantes devaient lire et prendre des notes sur:

  • Nodelman, P. (1985). Text as Teacher: The Beginning of Charlotte's Web. Children's Literature 13(1), 109-127.


Elles devaient également apporter la première phrase - ou les premières lignes - d'un livre pour enfants ou adolescents, en évitant les plus évidents. Par 'les plus évidents' je voulais dire Harry Potter, mais aussi certaines 'premières phrases' hyper connues en LJ anglo, comme l'ouverture de Charlotte's Web, ou de I Capture the Castle.

Elles devaient, enfin, arriver avec 'une idée un peu concrète' pour un projet d'histoire, 'histoire' se référant ici à n'importe quel type d'histoire - album, conte, ou livre pour ados. Elles auraient besoin au moins des éléments les plus basiques: personnages centraux, lieu, temps, et grosso modo une intrigue, même mince pour l'instant.

Autres lectures suggérées:

  • Barthes, R. (1990). S/Z. Oxford: Blackwell.
  • Hescher, A. (2009). A Typology for Teaching Novel Incipits. AAA-Arbeiten aus Anglistik und Amerikanistik, 34(1).
  • In the Routledge Encyclopedia of Narrative Theory: Identity and Narrative; In Media Res;
Pourquoi cet accent, dans la liste de lecture et la préparation, sur les incipits?

Pour moi, il existe un moment d'un texte assez crucial où il faut réussir l'équilibrisme de 'tous les aspects à la fois': c'est l'incipit, le début, le commencement, en bref: l'exposition. Que ce soit pour un roman ou un album, l'incipit doit véritablement d'entrée de jeu informer le lecteur, subtilement mais sûrement, de quel type de texte il s'agit. Définir des attentes, quitte à les trahir. Construire un cadre, quitte à ensuite le détruire.

Donc, j'ai pas mal orienté cette session autour des incipits, même si comme on le verra on a commencé par un autre aspect: la caractérisation, et en particulier celle qui prend en compte l'intrigue.

Caractérisation et intrigue: le cas des 'fiches de personnage'

On a commencé la session en se demandant comment des aspects aussi disparates que l'intrigue, la caractérisation et le style (aspects dont nous avions traité les semaines précédentes que séparément) pouvaient se retrouver liés - mieux: devaient être liés ensemble, pour former un tout cohérent.

Tout d'abord nous nous sommes penchés sur le cas de l'étude de personnages, qui sont un moyen très utile de voir comment cette synthèse peut s'opérer. Je leur ai montré le tableau suivant:

Je suis désolée si c'est pas hyper clair (et en plus c'est en angliche); c'est un tableau qui cartographie, en plus des caractéristiques physiques et psychologiques d'un personnages, les éléments de sa personne qui ont trait à la voix du texte et à l'intrigue.

Les deux personnages que j'avais cartographiés étaient Jo March, des quatre filles du docteur du même nom, et Todd Hewitt, le héros de La voix du couteau de Patrick Ness, un bouquin que je n'aime qu'assez moyennement mais qui est plutôt intéressant de ce point de vue-là.

Le but d'un tel exercice est de montrer dans quelle mesure le protagoniste d'une histoire est le seul ou la seule personne à pouvoir vivre cette histoire. 

Je m'explique. Vous avez peut-être fait ce genre d'exercice de rédaction à l'école: 'Imaginez que Siméon Morlevent de Oh! Boy atterrisse aux côtés de Rémi dans Sans Famille. Comment réagirait-il? inventez-lui une aventure'. Ca paraît assez innocent comme exercice, mais de mon point de vue c'est en réalité assez problématique. L'idée de 'sortir' un personnage de 'son' histoire pour la transvaser dans une autre, ça sous-entend que le personnage peut 'vivre' hors de son histoire. 

Or, idéalement, un personnage est créé pour une histoire, et une histoire pour un personnage (ou plusieurs): la caractérisation du personnage doit porter en elle, organiquement, l'histoire; l'histoire doit avoir pour centre de gravité, organiquement, le ou les personnages. Un personnage n'est pas une personne que l'on transporte d'un univers à l'autre et qui préserve sa personnalité, comme une personne que l'on expatrierait. C'est une construction littéraire qui adhère entièrement - et artificiellement, bien sûr - à son monde. 

C'est assez compliqué à comprendre parce que dans la 'vraie vie', le monde ne tourne pas autour de nous, on a des éléments de notre personnalité qui nous semblent indépendants de nos actions (on se trompe peut-être, d'ailleurs...) et nos existences sont arbitraires dans une large mesure.

Mais un personnage est à la fois beaucoup plus et beaucoup moins qu'une personne, car il ancre son monde. Son monde n'est rien sans lui. Même dans les histoires où le destin d'un personnage semble totalement arbitraire, cet apparent réalisme est en trompe-l'oeil, car évidemment c'est sur ce personnage-là que zoome l'oeil narratif pour parler de l'arbitrarité du destin. L'artificialité du personnage littéraire est indépassable et donc c'est un être nécessaire et non pas, comme nous autres, contingent à son monde.


Le personnage est donc créé pour une histoire et vice-versa et, personnellement, je pense qu'il faudrait s'en rappeler plus souvent, notamment lorsqu'on fait le choix pas toujours heureux de créer des suites à des one-shots.

C'est ce que j'essaie souvent d'expliquer quand on me demande s'il va y avoir une suite aux Petites reines. Mireille, Hakima et Astrid n'ont pas d'existence hors Petites reines. Je les ai créées pour une histoire en particulier: ce road-trip-là, dans ce but-là, avec ce ton-là, pour faire ce qu'elles avaient à faire. L'intrigue des Petites reines et les trois personnages ont été construits, développés, ensemble, de manière entièrement dynamique, organique.

Inventer une suite aux Petites reines, dans la mesure où les trois filles n'ont été créées que pour Les petites reines, ce serait devoir retrouver une intrigue qui adhère aussi parfaitement aux personnages, et ce serait (de mon avis) fondamentalement impossible.

Attention, ce n'est pas toujours le cas. Il y a des personnages qui sont créés spécifiquement dans le but de pouvoir vivre des tas d'aventures différentes, potentiellement indéfiniment. C'est le cas, par exemple, de personnages de séries épisodiques comme Tintin, Fantômette, etc. On en reparlera le trimestre prochain où on aura une session spéciale sur les séries.

Mais les personnages de one-shot, chez qui l'intrigue 'est' la caractérisation, qui portent en eux l'histoire et que l'histoire porte en eux de manière fondamentale et intime, ceux-là sont là pour ça et, de mon avis du moins, il est plutôt toxique d'essayer de les arracher de leur histoire, comme s'ils en étaient détachables suivant les pointillés.

C'était du moins l'idée que j'essayais de transmettre à mes étudiantes, en leur faisant prendre conscience de l'importance capitale, donc, d'imaginer ses personnages in situ et pas seulement séparément de leurs actions dans l'histoire.

Pour ce faire, certain/es auteur/es font des fiches de personnage. Personnellement, je n'en fais jamais, mais j'ai jugé utile de montrer à mes étudiantes de quoi il s'agit. On a donc passé un petit moment à commenter les fiches de personnages suivantes:

Mirintala
NOTE: j'ai trouvé ces fiches en ligne et il n'est pas toujours possible de savoir exactement d'où elles viennent, qui les génère. J'ai mis le lien en hypertexte quand j'ai trouvé la source, sinon, désolée - si vous en êtes l'auteur/e, dites-le moi et je vous créditerai...

NOTE 2: J'ai la flemme de tout traduire sorry


Ces deux premières fiches, comme vous pouvez le voir si vous lisez l'anglais, sont extrêmement (voire effroyablement) détaillées. Il y a de très nombreuses indications physiques et psychologiques, ainsi que des éléments biographiques pour chaque personnage, et des questions plus existentielles (qu'est-ce qui fait le plus peur au personnage?, etc.) censées aider l'auteur/e à déterminer les comportements possibles d'un personnage qui fait face à tel ou tel élément de l'intrigue.

Là-dedans on a surligné ce qui constitue, dans ces fiches de personnages, des éléments statiques ou dynamiques du personnage. En d'autres termes, des caractéristiques stables, et donc principalement de l'ordre de la description (il a les yeux bleus, elle a trois soeurs, etc.) et des caractéristiques dynamiques, c'est-à-dire qui sont susceptibles soit d'évoluer elles-mêmes, soit de faciliter une évolution du personnage à travers l'histoire. 

Par exemple: 'ce qui fait le plus peur au personnage' peut tout à fait être un élément dynamique. On peut baser une intrigue entière sur l'accoutumance ou le dépassement d'une peur (cf. Harry Potter), ou on peut utiliser une peur pour faire bouger l'intrigue (ex. Robert Langdon dans la série de Dan Brown est claustrophobe, caractéristique utilisée de manière absolument compulsive par l'auteur quand il n'a plus d'inspiration pour tel ou tel épisode de l'intrigue.)

On est ensuite passé à d'autres types de fiches de personnage, moins 'fiche d'identité' et plus 'questionnaire de Proust':

apparemment @writersblock

Cette série de questions, caractérisées comme 'les plus basiques' de la création de personnage, exige que l'auteur/e sache, par exemple, 'ce que pense votre personnage du sexe', 'comment l'image que  votre personnage tente de projeter diffère de la manière dont les autres le perçoivent', etc. On a parlé de la valeur de ce type de question comme exercice d'imagination, mais en se méfiant de l'aspect catégorique, un peu totalitaire, de l'assertion qu'il s'agit d'un questionnaire 'basique'. Et évidemment en LJ il y a d'autres questions à poser, et à ne pas. Perso j'ai pas trop envie de savoir ce que Petit Ours Brun pense du sexe.

*c'est un gentil galopin* VEUX PAS SAVOIR J'AI DIT *coquin câlin câlin coquin* CHUT
Pour parler justement des différentes attentes selon les genres, médias, audience etc., on a ensuite étudié une autre fiche personnages:

Fyuvix
Celle-ci est assez intéressante (elle est très populaire sur Deviant Art) car elle propose de calibrer non pas un seul personnage mais tout un casting de personnages, dans le but d'évaluer si leur ensemble est assez coordonné ou équilibré. Le principe: on inscrit chaque personnage dans la case du haut, puis on 'note' ses différentes caractéristiques, négatives et positives. Puis on fait le compte, à la fois pour chaque personnage et, du coup, pour l'ensemble.
'Pour une gamme de personnages équilibrée', nous informe le créateur de la fiche, 'il est important d'avoir toute une gamme de types de personnages. Le personnage principal doit être lui-même presque parfaitement équilibré, les personnages secondaires les plus importants doivent être bien équilibrés, et le reste des personnages peuvent être dans les extrêmes. Evitez les extrêmes pour les personnages principaux.'
Ce type de fiche, très catégorique, est cependant très intéressant car il montre à quel point la construction d'un ensemble choral de personnages peut (ou peut-être doit) s'envisager comme fondateur de l'intrigue en tant que telle, surtout lorsqu'il s'agit d'un genre très codifié (on devine que ce type de fiche est particulièrement utile pour des sagas, ou des histoires avec de très nombreux personnages).

Et l'idée d'un calcul presque mathématique de 'l'équilibre' d'une communauté de personnages n'est peut-être pas toujours applicable mais elle n'est pas fondamentalement idiote. Il est certain qu'un roman dont les personnages ont tous des caractéristiques extrêmement négatives sauf le personnage principal va être narrativement radicalement différent d'un roman où les rôles sont distribués de manière plus 'égale', et qu'à ces distributions différentes vont correspondre des attentes génériques différentes. Le calcul n'est qu'une manière parmi d'autre d'en rendre... conte.

Enfin, on a passé un peu de temps avec la fiche ci-dessus. Il s'agit d'une fiche qui ne se concentre pas véritablement - ou pas seulement - sur les propriétés 'statiques' des personnages, mais sur la manière dont ils se développent au travers d'une histoire. J'ai laissé aux étudiantes une dizaine de minutes pour cartographier sur cette fiche évolutive le personnage central de l'histoire qu'elles avaient chacune apportée avec elle. Bien sûr, pour certaines l'intrigue entrait assez malaisément dans les cases - et tant mieux - mais pour d'autres, ce cadre strict s'est révélé être une aide pour définir à la fois les contours psychologiques du personnage - que gagne-t-il, que perd-il, au travers de l'histoire? - et les contours structurels de l'intrigue - comment s'appuie-t-elle sur le personnage?

Incipits

Nous sommes ensuite passées à la deuxième partie du cours, qui concernait les incipits.

On a commencé par une discussion de groupe sur ce que les ouvertures/ incipits/ débuts d'histoires cherchent à accomplir, et comment ils le font.

Ce qui est génial, c'est qu'avec vous, Français/es adoré/es - je sais pas si on vous gave aussi de la même chose à l'école, autres francophones du monde ? - je n'ai pas à vous le dire, parce qu'étant passé/es par l'école de la République vous savez très bien A Quoi Sert Une Scène d'Exposition: présenter lieu, action, personnages, etc. Ca paraît évident hein? Tiens. Attends de demander à des Britiches à quoi ça sert une scène de début. Tu demandes ça, on dirait une poule qui a trouvé un couteau. Une scène de début? ben! à débuter! enfin, à... mais! comment le savoir? C'est une question qui doit rester pour toujours sans réponse.

Bref, on a bien eu de la chance avec nos profs de français, alors tais-toi et mange ta soupe alphabet en épelant correctement l'archéoptéryx, recroquevillé au coeur d'un capharnaüm de clavicules éparpillées dans le diaphane poudroiement crépusculaire du mézozoïque, contemplait avec stoïcisme son existence s'en allant à vau-l'eau.

Point à la ligne.

Alors donc on a parlé des débuts en LJ et ailleurs, et on a convenu qu'ils pouvaient présenter ces choses-là - intrigue, personnages, lieu etc. - mais qu'ils pouvaient aussi ne pas, mais qu'il fallait quand même y réfléchir un minimum, et j'ai introduit le concept d'éléments présents et d'éléments latents, ou potentiels, que peut présenter un début d'histoire.

C'est assez important il me semble cette distinction entre éléments présents et éléments latents au tout début d'une intrigue, dans les scènes dites d'exposition. Un incipit de roman qui ne présente que des éléments déjà présents ('Il était une fois un petit garçon prénommé Norbert, et Norbert vivait dans une grande maison blanche à fleur de colline, et il avait une soeur, un frère et de gentils parents', etc.) tend à être descriptif et peu excitant. Il ne donne pas envie de continuer parce qu'il nous fait entrer dans un univers donné au sens propre du terme; déjà là, statique, à disposition.

A l'inverse, un début qui ne présente que des éléments latents ou potentiels peut être déstabilisant et agaçant. Imaginez une intrigue qui commencerait par:
'Par la barbe de Croûtonus Maximus!' s'écria Norbert en se retournant vers sa grand-mère. 'Un deuxième Tchernobyl, ici?' 'Oui,' confirma gravement la vieille dame en caressant l'horrible cicatrice qui ornait sa corne gauche. Norbert fronça ses lourds sourcils d'acier. Comment était-ce possible? Une explosion de cette taille aurait sans doute réveillé tous les monstres de pierre qui... depuis que... non! la pensée était trop atroce. Il fallait prévenir Gertrude.
Là grâce à ce puissant kamoulox je vous ai tous perdu/es car vous n'allez avoir la patience de continuer à lire que si vous avez sérieusement confiance en moi pour vous apporter une explication potable.

C'était l'objet des deux citations suivantes, que j'ai données à décortiquer à mes étudiantes (ma traduction):

Lorsque l'on décode les premières lignes, phrases, pages d'un texte, on commence à développer schématiquement un cadre dans lequel ce qui va suivre pourrait se positionner. Tout cela implique que ces mots, arrangés sur la page selon certains motifs et certaines séquences, portent en eux le potentiel d'une expérience raisonnablement unifiée ou intégrée, ou au moins cohérente. Certaines attentes naissent dans notre esprit concernant le style, le sujet, les idées, les thèmes, le type de texte qui va suivre. Chaque phrase, chaque expression, chaque mot, va signaler certaines possibilités et en exclure d'autres, limitant ainsi l'horizon des attentes. ... Tandis que la lecture progresse, l'attention va se fixer sur les résonances ou les conséquences résultant de la satisfaction, ou de la frustration, de ces attentes.

Rosenblatt, L. (1978). The Reader, the Text, the Poem: The Transactional Theory of the Literary Work. Carbondale and Edwardsville: Southern Illinois Univ. Press, p.54.
Cette citation de Louise Rosenblatt (une grande théoricienne de la reader-response theory) est très intéressante parce qu'elle montre à quel point un début d'histoire c'est avant tout, non seulement la mise en place de paramètres de lecture, mais de plus la délimitation - et donc inévitablement la limitation - des attentes lectorales. 

Un début met autant en oeuvre des attentes qu'il en élague d'autres. Au début de Songe à la douceur, j'élimine assez clairement pour le lecteur la possibilité qu'il s'agisse d'un roman de zombies, tout autant que je mets en place des attentes qu'il s'agisse d'une romance. Ce faisant, j'établis les paramètres et les limites de mon pacte fictionnel et j'estime qu'il est de la responsabilité du lecteur de comprendre qu'il va être frustré s'il s'attend à des zombies.

Après, je peux toujours choisir d'introduire des zombies plus tard, mais pour que ce ne soit pas totalement imbécile il y a intérêt à avoir une sacrée justification, parce qu'avec un premier chapitre comme celui-là il va falloir faire faire au lecteur un sérieux effort de reparamétrage des attentes.

Le second extrait est du théoricien de la littérature Jonathan Culler:

Notez ce qui se passe avec les ouvertures des romans: les présupposés logiques y jouent un rôle important, en tant qu'ils sont les éléments de base de certaines stratégies herméneutiques (NB: ça veut dire 'stratégies d'interprétation'). Le garçon se tenait près de l'objet étrange, prétendant que rien ne s'était passé, implique un réseau très riche de phrases précédentes, et s'il s'agissait d'une phrase d'ouverture dans un roman ou une histoire ce serait - par le poids même de ce qu'elle présuppose - un début in media res, qui programmerait notre lecture comme entreprise de découverte des éléments de ce texte 'précédent'. Quel garçon? Quel objet? Que s'est-il passé?

Logiquement, la phrase d'ouverture qui contient le moins de présupposés, c'est quelque chose de l'ordre d'Il était une fois un roi qui avait une fille. Pauvre en présupposés logiques, cette phrase est extrêmement riche en présupposés littéraires et pragmatiques. Elle lie l'histoire à tout un réseau d'autres histoires, l'identifie à des conventions d'un genre en particulier, nous commande d'adopter une certaine attitude à son égard (elle garantit, ou du moins implique fortement, que l'histoire va avoir un but, une morale qui gouvernera l'organisation des détails et de l'intrigue). La phrase sans présupposé est un puissant opérateur intertextuel.
Culler, J. (1982) The Pursuit of Signs. Ithaca: Cornell Univ. Press, p.115.
Je ne vais pas trop m'attarder là-dessus parce que c'est assez clair. On a parlé de ces deux extraits, et puis on a discuté des problèmes que ça engendre: comment assurer un équilibre entre mise en place des attentes, et ouverture vers des possibilités non envisagées? Entre éléments statiques et latents? Entre un début trop descriptif et un début in media res, potentiellement perturbant? Etc.

Pour compliquer encore l'affaire, je leur ai fait un petit topo sur les débuts 'clichés' en LJ.

Comme n'importe quelle personne ayant travaillé à la pile des manuscrits dans une maison d'édition vous le dira, il y a un certain nombre de débuts que l'on voit tout le temps en LJ, surtout d'ailleurs en littérature ado, et qui sortent par les trous de nez des éditeurs et des éditrices. Mon agente et d'autres éditrices m'ont maintes fois confirmé qu'elles soupirent fortement par les naseaux quand elles ouvrent un roman qui commence:
  • par l'héroïne ou le héros qui se regarde dans le miroir et s'autodécrit ('Avant de partir pour le collège je me suis regardée dans la glace: oui, toujours moi, Molly Mollard, 13 ans, cheveux châtains tout plats, yeux verts', etc.) Il est vrai que c'est une pratique fort ordinaire, je ne vous dis pas le temps que je réserve chaque jour à ma propre autoregardation, '18 décembre, c'est encore moi, Clémentine Beauvais, 28 ans,' etc., et je suis sûre que vous faites la même chose pour bien vous assurer que vous n'avez pas été remplacé pendant la nuit par Carlos ou par Marie-Ange Nardi.
  • par un rêve, surtout raconté d'une manière bizarrement hachée et monosyllabique, comme on ne raconte absolument jamais les rêves. ('La bête. Tout près. Sa respiration... Qu'est-ce que?! Bastien transpirait. Courait. Pieds. Main. Des arbres! Si près. La maison de son oncle. Non! Pas Marie-Ange Nardi et Carlos! assoiffés de sang. ... Bastien se réveilla en sursaut.')
  • par un personnage qui se réveille et va manger son petit déjeuner. ('Dring! Le réveil sonna. Encore une journée normale pour Bastien, qui descendit manger son petit déjeuner. La confiture était rouge vif et il avait très faim de chocolat chaud. Sa petite soeur grignotait une biscotte.') Conseil général: Cut to the Chase (va directement à l'action. On s'en fout de son moment Ricoré.)
  • par une conversation très longue et très bofement utile pour l'intrigue entre des personnages s'envoyant des vannes ('Hé, Bastien!' hurla Clarisse. 'C'est vrai que ta mère elle ressemble à Marie-Ange Nardi?' 'Et toi elle ressemble à Carlos!' dit Bastien. 'Et toi, à la mère de Carlos!' lui répondit Samuel. 'La mère de Carlos c'est Françoise Dolto, alors on voit bien que t'y connais rien!' répliqua Candice. 'Je sais pas c'est qui Françoise Dolto!' s'écria Bastien. 'Et moi je sais pas c'est qui Marie-Ange Nardi!' répondit Candice. 'Et moi Carlos!' répondit Bastien. 'Pourquoi cette auteure nous fait citer des personnalités des années 90?' demanda Samuel. 'Je sais pas, elle est partie dans un trip j'ai pas compris!' répondit Bastien. Etc.)
Bien sûr, ces débuts-là, y en a qui ont essayé, et ils ont pas eu de problèmes. C'est possible. Mais ça vaut la peine de savoir qu'en écrivant un début comme ça on s'expose au risque d'un cliché.

Sur ces bons conseils de quoi-éviter, on a observé trois phrases d'ouvertures de roman:
  • ‘Once there was a dark and stormy girl’ (Katherine Rundell, The Wolf Wilder)
  • ‘Aaaaaarrrghhh!’ (all three books in Jamie Thompson’s Dark Lord series)
  • ‘Toby was one and a half millimetres tall, not exactly big for a boy his age. Only his toes were sticking out of the hole in the bark where he was hiding.’ (Timothée de Fombelle, Toby Alone, traduit par Sarah Ardizzone)
Il sera re-question de Timothée de Fombelle, ou T2F comme je l'appelle, et de ses premières phrases dans un prochain billet l'année prochaine, mais pour l'instant je commente brièvement la première phrase de Kate Rundell, qui joue sur une référence intertextuelle à la phrase 'It was a dark and stormy night', qui est considérée dans le monde anglo-saxon comme le stéréotype de la phrase d'ouverture de roman la plus cliché; c'est donc un début plein d'humour et étonnant, qui installe des attentes d'un roman avec du second degré, et en même temps qui joue sur des histoires plus traditionnelles, et qui prépare son lectorat à une sacrée héroïne. Pas la peine d'expliquer la phrase de Jamie Thompson...

Elles ont ensuite chacune partagé leurs premières phrases, et on a discuté des attentes qu'elles ont généré, mais je vous fais pas le topo parce que c'était déjà il y a 3 semaines et je ne me souviens pas de tout.

Et enfin on est passées à l'exercice d'écriture, assez évident:


A partir de tout cela, écrire un incipit pour le projet qu'elles avaient préparé.

Elles ont fait cela pendant une petite quinzaine de minutes et puis on a débriefé, en essayant de voir comment elles avaient mis en place des attentes, tout en limitant certaines possibilités, en présentant les personnages, mais aussi l'action, mais aussi le lieu, et en évitant les clichés, et aussi...

Pfiou. Ca me fatigue rien que d'y penser.

Pourquoi on fait ça, en fait? Pourquoi on s'embête?

Je vous laisse sur ces bonnes pensées. Mais en général je trouve que cette session s'est très bien passée. C'était le bon équilibre entre matériel théorique solide et pratique constructive.

On revient le trimestre prochain avec la seconde unité du module, qui est plus liée aux conditions de production de la littérature jeunesse et prendra en compte plus solidement les questions de genre, de médium, de catégorisation éditoriale, d'âge du lectorat, et des questions sociales et politiques liées à l'écriture de livres pour enfants.

En attendant, écrivez bien, les ami/es! Et merci d'avoir autant suivi cette petite série de billets. Ca me fait chaud au coeur. Vous êtes choux comme les petits trucs-pingouins dans Star Wars: Le Dernier Jedi sauf que je ne vous ferai pas cuire sur une brochette comme Chewbacca.

Sauf si vous êtes pas sages.


Ou si vous êtes un peu sucrés.

lundi 20 novembre 2017

Boîtamo!

Une autre interruption! sorry, le billet hebdomadaire sur l'écriture créative arrivera demain... (t'as vu comment je trouve une bonne excuse pour ce retard dû à un weekend intense et une autre deadline hier?)

Mais attention ce n'est pas rien! c'est une INTERVIEW BOITAMO!

Si jamais vous n'aviez pas assez vu ma tronche en robe noire dans la vidéo précédente, vous pouvez voir ma tronche en combipantalon noir dans cette vidéo-ci, parlant de la littérature ado:


C'est quoi Boîtamo? Une initiative incroyable du non moins incroyable Tom Lévêque, que vous connaissez bien si vous êtes ne serait-ce qu'un minimum informé en culture LJ. Lui et sa fine équipe filment depuis plusieurs mois des auteur/es jeunesse et en tirent ces mini vidéo-interviews magnifiquement filmées, superbement montées, parfaitement préparées et bellement présentées.

En clair: si jamais vous trouvez ça nul, c'est vraiment la faute de l'auteur/e, parce qu'avec un écrin pareil, faut vraiment être un gros morceau de charbon pour ne pas briller.

Mais je vous rassure, vous trouverez pas ça nul. Il y a plein d'autres vidéos super sur leur chaîne YouTube: Oriane Charpentier, Timothée de Fombelle, Anne-Laure Bondoux et j'en passe... avec d'autres à venir.

Abonnez-vous à leur page facebook !

Merci beaucoup à Tom, Camille, Emilie, Victor, Julia et Virgile.

samedi 27 mai 2017

Aucune différence ou presque: Littérature jeunesse et littérature adulte

Ah là là, ce billet, combien j’ai rechigné à l’écrire! Mais maintenant qu’on me demande quasi-systématiquement mon avis sur la question quand je fais des rencontres, je me dis qu’il faut bien que je le donne sous forme écrite un jour ou l’autre (toi qui lis ceci en 2036, j’ai peut-être changé d’avis depuis; vérifie).

La question en question: “Mais pourquoi vous obstinez-vous à dire que Songe à la douceur est un roman jeunesse?”

Je précise d'emblée, mais peut-être n’est-il pas besoin de le préciser, que cette question ne m’est jamais posée par des ados mais par des adultes.

Elle est en général accompagnée de questions plus intéressantes car plus théoriques, du type: Et d’ailleurs, pourquoi a-t-on besoin de la catégorie ‘littérature jeunesse’ de toute façon? Un bon livre c’est un bon livre qui parle à tout le monde, il me semble, non? Et la littérature ado/ jeune adulte, c’est juste de la littérature adulte pour laquelle on a créé une catégorie éditoriale lucrative… Non?

Non.

Avant de présenter mon opinion, je vais quand même préciser que c’est juste mon opinion. Bien que je réfléchisse beaucoup à ce genre de questions parce que ma vie est par ailleurs très vide de choses intéressantes à faire, ce n’est pas forcément l’opinion de tous les auteur/es jeunesse. Je pense d’ailleurs qu’elle est assez minoritaire.
Voilà donc mon opinion en quelques sous-parties bien organisées parce que c'est presque le bac et les souvenirs remontent.

C'est long et y a pas d'images. Tu vas quand même pouvoir suivre? J'ai la flemme de mettre des gifs et tout, j'ai déjà mis tous ces mots et ça a pris du temps.






Intro: Ce qu’on veut dire quand on pose cette question.
J’ai toujours été agacée, quand j’étais petite, d’entendre Sa Majesté J.K. Rowling, qui est pourtant la déesse de ma vie et l’astre solaire de mon existence, dire dans les médias qu’elle écrit ‘pour elle’, sans jamais penser qu’elle écrivait ‘pour les enfants’. J’avais envie de lui dire, Sorry, Jo, mais t’as écrit une histoire de sorcier de onze ans avec un chapeau et une chouette dans une école de magie; j’ai onze ans moi-même et je peux te dire que je reconnais assez clairement que c’est quand même à moi que c’est adressé, non?

A MOI
Ce qui m’énervait déjà quand j’étais petite, c’est que je comprenais très bien ce qu’on veut réellement dire quand on essaie, avec une apparente bienveillance, de dire que tel ou tel roman ado/jeune adulte est ‘en réalité’ un roman ‘adulte’, ou ‘général’, ou ‘universel’.
 
Et je comprenais déjà que ce n’était pas pour mon bénéfice à moi d’enfant qui aimais Harry Potter.

Alors commençons par dégager la problématique du sujet: explorons ce que les adultes sous-entendent le plus souvent quand ils estiment qu’un roman catégorisé jeunesse ne devrait pas l’être, et du coup commencent à remettre en cause la division littérature jeunesse/ littérature vieillesse générale.

a) D’abord, cela implique que le livre en question a l’air de ‘surpasser’ son lectorat ‘officiel’, c’est-à-dire qu’il ‘parle aux adultes’, c’est-à-dire qu’il ‘parle à tout le monde’. — a’) Dans ce cadre, cela sous-entend souvent une sorte de regret que le livre ne soit pas, du coup, facilement ‘trouvable’ par des adultes lecteurs. J’entends par exemple: ‘Vu qu’il est catégorisé jeunesse, j’ai failli passer à côté’ - comme si on avait fait exprès de planquer le bouquin pour que personne ne le lise.
Associé à cela est le fait que le livre ne soit pas, du coup, facilement ‘récompensable’ par des prix ou médias ‘généraux’. J’ai même entendu une fois: ‘C’est dommage, il ne peut pas gagner de vrais prix!’.     
b) Dans sa forme la plus grave selon moi, la question implique (pas toujours, je précise d’emblée!) qu’un lectorat jeune ne peut pas comprendre le livre aussi bien qu’un lectorat plus âgé; donc que le livre est d’une certaine manière gâché, ou son potentiel pas totalement réalisé, s’il est en LJ.
c) Cela implique ensuite que l’accès à la littérature est ‘biaisé’ par les éditeurs qui ont décidé de ces catégories. J’entends souvent cette remarque très originale: ‘Il n’y a pas de littérature jeunesse ni de littérature adulte, il y a juste des bons et des mauvais livres’. (si la personne qui a inventé cette expression l'avait copyrightée, elle serait pluritrillionnaire à l'heure qu'il est)
d) Enfin cette question implique qu’on cherche à se ‘rassurer’ auprès de l’auteur/e qu’elle ou lui, au contraire, ne cherchait pas spécialement à écrire pour la jeunesse; on espère un peu que l’auteur/e va s’avouer un peu lésé/e par sa catégorisation éditoriale. On ‘croit’ l’auteur/e et ses intentions quant au livre car l’auteur/e, elle/lui, connaît son lectorat ‘idéal’.

Je pense que ce qu’il est très important de voir, c’est qu’aucune de ces raisons ne prend en compte l'enfant ou l'ado lecteur. 
 
Ce sont des raisons entièrement autocentrées, et par ‘auto’ je veux dire ici centrées sur la position de l’adulte qui parle.

Un peu cruellement peut-être, on peut les réécrire ainsi:

a) C’est pour moi! J’ai reconnu! Arrête de dire que c’est pour les petits, moi je suis grand et j’ai aimé, donc c’est pour moi.
— a’) Hé c’est pas juste, vous m’aviez pas dit qu’il était là ce livre!
b) De la confiture aux cochons!
c) Les éditeurs, ils font rien qu’à nous créer des faux genres littéraires juste pour l’argent.
d) Mais en vrai, toi, secrètement, tu trouves que t’écris pas pour les enfants, on est d’accord?

Avertissement: J’exagère un peu tout le long de ce billet (moi? Jamais!).
Le tl;dr ( = point principal) de ce billet, c’est que, pour moi, cet apparent désir bienveillant de ‘faire tomber les barrières’ entre littérature adulte et littérature jeunesse est en réalité trop souvent une manière de refuser a l’enfant ou l’adolescent des domaines culturels d'excellence, qui leur seraient particuliers et dont ils seraient les bénéficiaires privilégiés.

Observons les points a, b, c et d séparément.

a) ‘J’ai reconnu, c’est à moi que ça s’adresse.’

On a là ce que j'appellerais une méconnaissance ou une fausse reconnaissance de certains livres de littérature jeunesse comme étant d’office une littérature ‘adulte’ ou ‘générale’.

La vérité, c’est que beaucoup d’adultes ont énormément de mal à résoudre la dissonance cognitive dérivant du fait qu’on peut aimer un texte et s’identifier à ses personnages en LJ, sans immédiatement en conclure qu’on en est le ‘véritable’ lectorat secret.
C’est le phénomène du même et de l’autre. Pour l’adulte, l’enfance ou l’adolescence ne sont pas des champs d’identification possibles. S’ils se persuadent qu’un livre jeunesse qu’ils ont aimé est ‘en réalité’ un livre ‘adulte’ ou ‘de littérature générale’, c’est parce qu’il leur est plus facile d’estimer qu’il y a eu erreur de catégorie éditoriale, plutôt que de reconnaître simplement que le livre est entré en résonance avec eux pour tout un tas de raisons complexes et intrigantes, bien au-delà d’une seule adéquation générationnelle.
 Ils disent alors: “ce livre, je ne l’aurais pas lu si on ne m’avait pas dit qu’il était là!” ou encore “c’est dommage, beaucoup de lecteurs potentiels ne vont pas le lire!”

Il est intéressant de voir qu’ils n’ont pas le raisonnement inverse. Si le livre était en ‘adulte’ (on dit ‘générale’), beaucoup de lecteurs potentiels jeunes ne le liraient pas. Il serait en-dehors des circuits des CDI, hors radar des libraires et des bibliothécaires pour ce lectorat spécifique, hors radar des parents et autres prescripteurs. Les jeunes deviendraient son lectorat non pas privilégié mais accidentel.

Bien sûr, on va me dire: “Mais Gaël Faye est lu par des jeunes! Les profs ont fait lire Harry Québert à leurs classes! La dame du CDI ont recommandé Bonjour Tristesse à ma fille de 16 ans!’

Oui, mais le fait que vous soyez capable de me dire les titres exacts de ces livres ‘de générale’ qui ‘passent en jeunesse’ (et c’est très, très, très souvent les mêmes qui reviennent) montrent bien que c’est là une exception.

Si Songe à la douceur avait été publié en ‘adulte’, il est évident que je ne recevrais pas autant d’emails de jeunes lectrices entre 14 et 17 ans, puisqu'elles l'auraient 'raté'. (Et de toute façon, comme j'en parle plus bas, ce ne serait pas le même livre en 'adulte'.)

b) Mais est-ce qu’ils comprennent vraiment? Ils sont si jeunes, après tout…

‘Les jeunes, à mon avis ils peuvent pas tout comprendre ce qu’il se passe à l’intérieur du dedans de ce roman à cause de sa profonditude insondable qui est totalement incompréhensible à qui n’a pas vécu.’

Attention, je ne dis pas du tout que tous les gens qui posent cette question sont victimes de cette arrière-pensée. Mais le fait est qu’une petite voix me dit parfois: toi, tu crois que les jeunes ne vont pas ‘tout comprendre’, et du coup que c’est un peu un gâchis sur ce lectorat-là.
Parce que l’adulte reconnaît telle ou telle référence à Baudelaire ou Nabokov, ou reconnaît tel sentiment décrit, il pense qu’il comprend le livre. Comme il croit que les ados ne connaissent pas Nabokov ou n’ont pas encore vécu le sentiment (ce qui par ailleurs est souvent tout à fait vrai), l'adulte pense qu’il comprend ou lit mieux le texte.

Mais l’adulte qui dit cela ne voit pas, sans doute, d’autres références: le réseau puissant de références ‘latérales’ à… la littérature jeunesse. Ce sont des références, entre autres, de genre (par exemple le livre rappelle ou joue avec les codes de la romance ado), de style (par exemple Songe à la douceur est un roman en vers comme les romans en vers pour ados à l’anglo-saxonne), de format (par exemple, une 4e de couv’ peut convoquer le cadre référentiel d’autres textes jeunesse), de personnages (e.g. jouer avec des personnages de Mary Sue. Hein tu sais pas ce que c’est une Mary Sue? T’as pas tout compris au livre alors…).

Ces références-là, comme pour tout type de texte d’ailleurs, vont activer des réflexes de lecture, des attentes, des appréhensions, etc., et conditionner une compréhension du texte spécifique qui est celle de son lectorat principal (un lectorat jeune).

Trois minutes sur les blogs et vlogs des ados/ jeunes adultes lecteurs sont suffisantes pour voir que les ados lecteurs qui se goinfrent de LJ plus rapidement que tu lis tes compte-rendus de réunions sont des experts inégalés dans leur domaine. Et mon livre, c’est leur domaine.

Conclusion macroniste: vous êtes des lectorats différents, vous comprenez différemment, et c’est bien des deux côtés.

Mais c’est quand même un livre jeunesse. Si si.

c) Mais non! la littérature jeunesse n’existe pas, de toute façon, c’est une invention.
Alors, attention. Il n’y a pas d’essence platonique de la littérature jeunesse, ado ou ‘jeune adulte’. Mais ça ne veut pas dire qu’elle n’existe pas.
La littérature jeunesse existe, déjà, car c’est une catégorie éditoriale distincte. Raisonnement circulaire? Non, bien sûr, le fait qu’il y ait construction (sociale, culturelle, économique, etc.) ne veut pas dire que c’est une catégorie illégitime. 

Intro à la critique littéraire 101: Il n’existe pas de production culturelle indépendante de ses conditions matérielles de production, de promotion et de distribution, et avec elles l’oeuvre interagit dans un rapport dynamique.

La littérature jeunesse existe. Elle existe en partie parce que nous vivons dans une civilisation qui, depuis plus ou moins récemment, estime que l’enfance et, encore plus récemment, l’adolescence sont des tranches d’existence particulières qui requièrent un traitement spécifique, avec des distinctions exprimées dans les domaines médicaux, légaux, économiques, etc., et ici culturels.

Le fait que cette compartementalisation des générations soit historiquement construite et en constante évolution n’en fait pas quelque chose d’arbitraire ou d’absurde. Elle est structurante pour notre société et donc elle existe.

La LJ existe avec ses réseaux, ses prix, ses producteurs et ses distributeurs, et évidemment son lectorat. Il serait absurde de nier son existence.

Oui, mais son existence effective, économiquement et sociologiquement étudiable, se traduit-elle en une identité littéraire, thématique, stylistique, de genre, etc. spécifique?

C’est une question qui, vous vous en doutez, fait cogiter les universitaires dans le domaine depuis sa création, et ce n’est pas ici le moment de passer en revue les différentes théorisations. Ma version: non, je ne crois pas qu’il y ait une identité littéraire de la littérature jeunesse si l’on prend pour l’étudier les outils analytiques de l’analyse littéraire, narratologique, stylistique, etc. ‘adulte’.
Mais si on l’étudie latéralement, en ses propres termes, à la fois dans sa relation à la littérature ‘adulte’ et en tenant compte de ses caractéristiques particulières, on comprend comment la littérature jeunesse existe littérairement.

La littérature jeunesse, selon moi, est principalement caractérisée par une éditorialisation particulière, qui doit négocier trois composantes principales: la composante littéraire, la composante commerciale et la composante pédagogique.

Une éditorialisation, ça ne veut pas seulement dire des aspects pratiques, de distribution, de production, ni même de censure ou de formatage (même si bien sûr c’est important et cela fait fondamentalement partie de l’ADN de la littérature jeunesse).

Cela veut dire une création négociée entre plusieurs agents (d’écriture, d’illustration, d’édition, de publicité, etc.) qui d’une manière ou d’une autre fait tenir ensemble à la foix textuellement, paratextuellement et épitextuellement trois impératifs: esthétiques, commerciaux et pédagogiques, du texte.

La composante pédagogique qui, pour moi, est absolument inéluctable - et même, dans mon opinion, à célébrer, mais c’est une autre histoire - distingue ce type de littérature de manière non générique ni stylistique mais en termes d'audience. C’est cette composante qui indique son intérêt particulier et intrinsèque pour son lectorat.

Pédagogique veut dire simplement qui mène l’enfant (j’inclus là l’adolescent), pas ‘moralisateur’ ou ‘qui apprend des choses’. Cela veut dire pour moi que c’est un texte qui adhère de manière particulièrement forte à son lectorat souhaité, qui s’inquiète de lui, qui ne se distancie pas de lui, qui cherche à lui parler en tant qu’il est jeune et qu’il va grandir.

Un livre jeunesse, c’est un livre qui a de la tendresse pour son lectorat jeune. Il est, sinon conçu, au moins éditorialisé dans ce sens. 

Cela veut dire une voix narrative qui peut être moqueuse, cynique ou peu fiable, mais qui ne ridiculise pas le fait d’être jeune. Cela veut dire un livre qui prend au sérieux ce qui mérite de l’être dans le fait si étrange et si prenant d’être jeune.

Cela veut dire une littérature qui ne regarde pas la jeunesse de l’extérieur comme un phénomène bizarre, mais qui porte une attention toute particulière à ce qui fait la jeunesse, qui réfléchit implicitement à la jeunesse dans ses manifestations, constructions et actions sociales, philosophiques, sentimentales, individuelles, etc.

A cause de cela, on a un certain nombre de quasi-constantes en LJ qui ne sont pas des hasards.


Ce n’est pas un hasard si la littérature pour la jeunesse est souvent une littérature de l’intensité, qui parle de sentiments très intenses (amour, désespoir, haine, jalousie, etc.). Ce n’est pas un hasard si c’est si souvent une littérature de la nouveauté, qui décrit ce que cela fait d’expérimenter des choses qu’on n’a jamais expérimentées auparavant. Ce n’est pas un hasard si c’est une littérature de l’espoir, de la possibilité et du potentiel, tournée vers le futur, et qui si souvent ‘se finit bien’, ou ne se ferme pas dans la désespérance. Ce n’est pas un hasard en grande partie car c’est une littérature qui est éditorialisée dans ce sens.

Cette éditorialisation évidemment peut résonner à travers les générations. La nouveauté, l’intensité, l’espoir, ne sont pas spécifiques à la jeunesse. Mais, selon moi, ils y sont plus solidement accrochées.

On peut considérer que l’idée même de ‘jeunesse’ est temporellement flottante - on dit qu’on se sent ‘redevenir jeune’ par l’amour, l’attrait de la nouveauté, l’espérance, etc. - à n’importe quel âge. Ces expériences certes appartiennent ‘à tout le monde’ sporadiquement à travers le cours de la vie, mais elles sont présentes avec une densité particulière pendant la jeunesse. Le nier, c'est nier à la fois l'histoire sociale et culturelle et aussi les aspects biologiques et physiologiques les plus évidents de la jeunesse.

La LJ est une littérature qui le plus souvent rend compte, entre autres, de la particularité et de la beauté de ces expériences en tant qu’elles se rapportent à cette période spécifique de la vie. C’est cela la composante pédagogique de la LJ.

Quand les adultes ‘méconnaissent’ un livre de LJ comme livre ‘de littérature générale’, ils le réduisent à un produit seulement littéraire. Ils en perdent la composante pédagogique, et donc ils en ratent une dimension cruciale. Ils le lisent mal, ils le lisent de manière incomplète. Bien lire un livre de LJ, c'est en reconnaître ce en quoi il parle de manière privilégiée et intime à l'enfant ou l'adolescent lecteur.
 
Evidemment, il y a des expériences de nouveauté, d’intensité, de possibilité, qui ‘parlent plus à tout le monde’ que d’autres.
Les adultes ne ‘méconnaissent’ pas comme littérature ‘générale’ des albums où il est question d’aller sur le pot pour la première fois, mais ils ‘méconnaissent’ souvent des romans ado où il est question d’amour. C’est sans doute parce qu’ils ont maîtrisé le pot (bravo!) mais pas tout à fait l’amour.
 
Mais ça ne veut pas dire que le livre est fait pour eux.

d) Mais toi, tu penses à qui comme lectorat idéal quand t’écris?
A un lectorat jeune.

Mais: il ne faut pas toujours croire les auteurs quand ils parlent de leurs intentions.
Personnellement j’ai toujours été très claire que, dans mon intention, qui vaut ce qu’elle vaut, mon lectorat principal ou premier est un lectorat jeune. 

‘Jeune’, ça dépend des livres ce que ça veut dire, bien sûr, mais il me paraît absolument absurde de dire que j’ai écrit un livre comme Carambol’anges ou Les petites reines sans me poser une seule fois la question du lectorat. Je ne les ai pas écrits dans l’abstrait, avant de les lancer dans le monde en une joyeuse et naïve parabole en m’étonnant de les voir retomber principalement et premièrement entre les mains d’enfants du CM1 à la 6e pour le premier et de jeunes filles de la 6e à la 3e pour le second.

Quant à Songe à la douceur, je me suis tellement préoccupée de son lectorat que j'ai demandé à l'éditeur d'en faire lire la première version à des jeunes lecteurs et lectrices, après quoi j'ai considérablement modifié le texte pour répondre à leurs remarques et à leurs recommandations.



C’est un fait que des adultes ont lu et apprécié Les petites reines ou Songe à la douceur, et j’en suis ravie, et je suis moi-même une avide lectrice évidemment de romans jeunesse, dont je ne pense pas qu’ils soient fondamentalement toxiques. Mais nous sommes en tant qu’adultes un lectorat incidentel ou secondaire, dans le sens non polémique de secondaire, de la littérature jeunesse.  
Après, vous rencontrerez toujours des auteur/es qui disent qu’ils ne pensent pas à un lectorat jeune en particulier, cf. JK Rowling et plein d’autres gens très fréquentables. C’est même une vision assez majoritaire, il me semble, quand j’en parle aux amis et collègues.

Il y a même nombre d’auteur/es qui avaient envoyé leur premier roman à Gallimard, croyant sincèrement que c’était un roman adulte, et M. Gallimard leur a dit ‘envoyez ça plutôt à l’école des loisirs’. Et donc, ils se sont retrouvés auteur/es jeunesse. La guigne! C’est possible d’écrire ‘accidentellement’ un livre jeunesse, oui. Le premier.

Mais désolée, j’ai du mal à croire qu’après être entré/e dans ce système d’éditorialisation, on continue à n’écrire ‘que pour soi-même, sans penser du tout au lectorat’. Ca me semble soit hypocrite, soit extrêmement naïf, de dire qu’on écrit son 13e roman et qu’on l’envoie à Thierry Magnier en s’ébaubissant que ce soit ‘encore un roman ado, dis donc! Incroyable!’.

Evidemment que les auteur/es jeunesse internalisent les codes, les attentes, le processus éditorial, les styles, les genres, etc. particuliers de la LJ. Ce n’est pas un crime et il faudrait même le revendiquer plus fort. Oui, notre lectorat compte pour nous. Oui on pense à lui! Et alors? On ne devrait pas se justifier d’avoir en tête une abstraction d’enfant ou d’ado lecteur quand on écrit un livre dont on sait parfaitement qu’il va être éditorialisé pour enfants ou ados.

——

Voilà j’arrête ce loooooong billet. Allez-y, dites-moi dans les commentaires plein de trucs:

  • Mais les livres qui ‘glissent’ en jeunesse? (L’attrape-coeurs). Mais les livres jeunesse qui ‘glissent’ en adulte? (Le curieux incident du chien dans la nuit). Ca ne veut pas dire que la frontière est poreuse?
Scoop: toute frontière est poreuse.
  • Mais moi je pense qu’il faudrait justement qu’il n’y ait plus qu’une littérature générale que toutes les générations aiment ensemble en même temps dans les mêmes bibliothèques!
Moi aussi j’aimerais bien être tous ensemble.
  • Mais moi je suis auteur/e jeunesse et je ne pense jamais aux enfants! Jamais jamais!
Sauf quand tu les manges avec du beurre.
  • Mais moi ton livre je l’ai donné à ma fille de seize ans et elle a détesté, alors que j’ai quarante-sept ans et j’ai adoré.
Toi et ta fille ne décidez pas à vous seules de ce qui constitue un livre jeunesse ou pas.

Ma conclusion générale tient en une phrase:
Les adultes doivent apprendre a accepter l’existence d’une littérature d’excellence dont ils ne sont pas les destinataires privilégiés.

mercredi 7 décembre 2016

La Grande Librairie, Montreuil, et les microbes

Je reviens de quatre jours ultraintenses en France, following which j'ai une chose vitale à vous communiquer: allumez votre télé jeudi (demain) à 20h45 et mettez-vous sur France 5, car vous verrez ma bobine en presque-live, accompagnée de celles d'Arnaud Cathrine, Frédéric Lenoir, Susie Morgenstern et Claude Ponti. Il y avait également la charmante Zoé, gagnante des Petits Champions de la Lecture l'année dernière pour sa lecture de Qui veut le coeur d'Artie Show? d'Emmanuel Trédez.

les

bouquins

dont on

a parlé

tous ensemble.

Et évidemment François Busnel! Car j'ai eu l'honneur, le privilège, et surtout l'extrême trouille d'être invitée à participer à la Grande Librairie spéciale jeunesse de l'année pour Songe à la douceur. Je précise d'emblée pour ceux qui ne m'auraient pas rencontrée en vrai que je ne suis pas d'habitude figée comme un Playmobil de cette manière fort peu naturelle. Mais j'aimerais bien vous y voir, car il y avait tellement de caméras que même ma Grande-Bretagne adoptive aux deux cent milliards de caméras de surveillance ne peut pas rivaliser avec une telle énergie panoptique.

là on n'était plus en plateau! Claude Ponti, Susie Morgenstern et moi dans le public.
Merci Gabriel et Philippe pour la photo
Je n'étais jamais allée dans un studio télé et n'en avais qu'une connaissance vintage et lacunaire grâce à la K7 vidéo 'Les missions du Captain J' dans les années 90s. C'était donc très impressionnant d'y être en vrai. 

si tu te souviens du Captain J, tope là
Et encore, c'était 'dans les conditions du direct' mais en différé quand même. Je me demande depuis une semaine comment font les gens qui vont en direct à la télé très souvent, et surtout ceux qui y vont pour parler de sujets controversés et non pas pour se faire interviewer sur leurs romans pour ados. Comment ne sont-ils pas constamment en état de choc? Mystère.
 
Bon, OK, mais comment c'était? Eh bien, vous verrez bien (et pas moi, car ça fait déjà deux semaines qu'on a prévu une soirée entre collègues pour aller faire du patin à glace jeudi; je ne peux pas les lâcher, ce serait unbritish, donc tandis que vous regarderez l'émission je serai en train de m'étaler sur la glace comme un pingouin). De toute façon, comme pour un entretien d'embauche ou autre situation hyperstressante, je n'ai pas un souvenir très distinct de ce dont on a parlé, donc impossible de vous spoiler le truc, sauf sous hypnose peut-être.

une autre photo! je sais pas où était passé Arnaud.
Tout ce que je peux vous dire, c'est que ce n'était pas qu'un tout petit peu émouvant de me retrouver (littéralement) face à Claude Ponti et Susie Morgenstern, que je n'avais jamais rencontrés, et qui ont très largement contribué à me former en tant que personne à travers mon enfance et dans mon adolescence. Et un plaisir de revoir Arnaud Cathrine avec qui j'avais déjà partagé une scène à Manosque. Il est sympa, Arnaud, mais il met plein de gros mots dans ses textes. Faudrait qu'il fasse gaffe quand même bordel.

'Vous ne continuez pas, Monsieur?'
Après cela j'ai filé à Montreuil où j'ai passé un weekend comme toujours à deux mille à l'heure, plein de sourires, d'embrassades, de cafés dans de toutes petites tasses en plastique, et d'encre sur les doigts. Merci sept millions de fois au moins à ceux et celles qui sont (re)venu/es nous voir sur le stand Sarbacane cette année.  

auteure heureuse/ fatiguée
(je suis sûre que Claude Ponti trouverait un nouveau mot pour cet état d'esprit)
Pas merci, par contre, à celui ou celle qui m'a refilé des microbes parfaitement odieux, qui depuis trois jours me filent des frissons et une toux disgracieuse. L'odorat n'est plus qu'un vague souvenir. Un jour, peut-être, je sentirai à nouveau l'arôme des fleurs, le gâteau au chocolat au four, l'humus dans la forêt doucement écrasé par les belettes. Peut-être.

En attendant, rendez-vous donc jeudi avec des pop corns. Pensez à moi, Surya Bonaly yorkaise, qui me retiendrai d'effectuer d'impressionnants salto arrière pour ne pas trop impressionner mes collègues (faut rester cool dans la vie; je ferai semblant d'être très mauvaise, mais chut, vous, vous savez la vérité).

Grands mercis aussi à: Inès, Dorothée, Florence, Tibo et Anaïs.

dimanche 27 novembre 2016

Vrac

Vinzou, je m'aperçois que ça fait 2 mois que je n'ai rien posté sur ce blog, et ce n'est pas faute de nouvelles. Mais le trimestre universitaire est intense - et à peine commence-t-il à toucher à sa fin que c'est l'heure de Montreuil! où vous me retrouverez, si vous le souhaitez:
  • le samedi de 10h à 12h chez Hachette, et de 16h à 18h chez Sarbacane
  • le dimanche de 14h à 16h chez Sarbacane.
En vrac, quelques autres news, surtout autour de Songe à la douceur. Cela fait maintenant deux mois que le livre est sorti et je suis enchantée de l'accueil qui lui a été réservé. Je n'ai jamais reçu autant de messages et de lettres, pas seulement pour Songe mais aussi pour Les petites reines qui a été, du coup, 'relancé' par la mise en avant de Songe.

Je me protège autruchément des avis, mais il y a eu des chroniques de Songe sur de nombreux blogs, ainsi que dans La Mare aux Mots, Libération, le Figaro, Télématin, Néon Mag, Causette, sur France Inter, et d'autres. La page 'revue de presse', mise à jour un peu trop sporadiquement, de Songe à la douceur est ici.

youpi matin-in-in
J'ai aussi eu la chance d'être interviewée par de nombreux blogs et sites lors de la sortie et après. La Voix du Livre a publié un entretien très complet, en plusieurs parties, ici. Merci aussi aux Histoires sans Fin pour une interview vidéo au sujet du livre, si ça vous dit de voir ma tête pendant 17 minutes:



In other news, La Charte des Auteurs et des Illustrateurs pour la Jeunesse a lancé cette semaine sa grande campagne annuelle pré-Montreuil, avec une série de photos absolument géniales pour parler, poétiquement mais pragmatiquement, des faibles pourcentages de droits d'auteurs accordés en jeunesse, en montrant de manière très concrète ce qu'ils permettent d'acheter au quotidien par livre vendu (indice: pas grand chose). Je ne sais pas si j'ai le droit de reproduire les photos ici, alors allez voir sur leur site ou leur page Facebook les superbes photos de Laura Stevens.

Voici ma contribution:


Sur ce, à très vite, promis.

mercredi 24 août 2016

Jour de sortie!

Et voilà, on y est, aujourd'hui 24 août, Songe à la douceur est en librairies!


Comme toujours, ce sera une journée un peu étrange, vu que je suis toute seule chez moi en Angleterre, que le livre ne sera nulle part ici, et que ni mes ami/es ni mes collègues angliches ne sont au courant. Donc pas de célébration, juste des préparations de cours et des corrections de thèse de master (t'as les larmes aux yeux là j'espère).

Mais pas grave, car j'ai déjà vu apparaître, de-ci, de-là, de fil Facebook en billet de blog, des photos du livre un peu partout, chez ceux et celles qui ont pu l'avoir à l'avance - et je dois dire que j'admire le talent photographique de ces baroudeurs...

Philippe Arnaud depuis l'Amérique...
Théo Uhart depuis sa chaise longue...
et Nathan Lévêque, qui a posé Songe à la douceur exactement où il devrait être, c'est-à-dire sur un pont parisien...

Et puis Songe à la douceur est déjà là, en ligne et sur papier, à travers des chroniques déjà nombreuses. Bon, pour être honnête, je m'en protège férocement, car oui, je te confirme que je suis en effet stressée, oui oui, il y a la pression, t'as raison, c'est marrant que tu me poses cette question!

Cependant, je suis éblouie de voir (à travers les interstices entre mes doigts posés sur mes yeux), dans les chroniques qui me parviennent, tant de détails, de commentaires et de remarques qui me font penser mais oui, c'est exactement ce que je voulais dire... et même si, en bonne prof, je m'empresse de préciser que ça n'a aucune importance ce que je voulais dire (#mortdelauteur #loveyoubarthes #wimsattbeardsley), c'est quand même une gigantesque joie (et aussi toujours une bizarrerie totale) de se savoir si attentivement lue, de constater des résonances, des connexions, entre 'nous', à travers le livre. 

J'ai répertorié les chroniques qui me sont parvenues ici, sur la page du livre sur mon site. J'espère que vous en trouverez une qui vous incitera à essayer le livre, parce qu'il y a de tout là-dedans, des chroniques écrites par des très jeunes adultes et des ados, d'autres par des adultes, euh... confirmés (ça va, je vexe personne?); des chroniques à fleur de peau, d'autres ultra-argumentées; des chroniques de ceux qui ont lu 'l'original', d'autres non; des gens qui ne lisent jamais ce genre de livre normalement, et même certaines qui ont réagi en vers...

Et puis d'autres qui sont totalement barrés, comme Simon Roguet, de la librairie M'Lire à Laval:



Dans la presse aussi, Songe à la douceur a eu droit à une double page dans Page des Libraires, grâce à Gwendal Oulès,


et puis dans Philosophie Magazine, grâce à Alexandre Lacroix; là il faut quand même que je signale que je n'ai pas encore reçu mon exemplaire, il arrive toujours plus tard en Angleterre (merci Gilles pour la photo!), mais j'arrive à peine à me représenter ce qui se passera quand je verrai pour de vrai mon livre à l'intérieur de ce magazine que je lis rituellement et obsessionnellement depuis tant d'années:

Que dire d'autre dans ce billet déjà honteusement trop autopromotionnel? (promis, on revient aux billets normaux bientôt). Vous voulez savoir l'histoire? Les grandes lignes en sont racontées dans presque toutes les chroniques, et j'en avais parlé ici, et c'est aussi sur mon site.

Pour le redire vite: c'est une histoire d'amour qui fait le grand écart entre dix ans: la première fois c'est un amour adolescent, la deuxième fois c'est un amour jeune adulte. C'est en vers. C'est inspiré d'Eugène Onéguine. Pour le reste, vous verrez bien...

Ca commence comment? Comme ça!

Ne me reste plus donc qu'à souhaiter à Eugène et Tatiana de tomber entre vos mains si ça vous chante - et à espérer qu'en effet, ils réussissent à vous chanter quelque chose.