dimanche 6 septembre 2015

Bref, je suis auteur jeunesse

Dans la vie, au début on naît, à la fin on meurt, entre les deux il y en a qui décident d'écrire des livres pour les enfants.

Ce matin je me réveille, j'ai une super idée d'histoire, y aurait un chaton qui s'appellerait Bouboule comme mon chaton à moi, je commence à écrire, ça se passe bien à part que Bouboule me griffe l'épaule pendant que j'écris.

Arrête Bouboule je travaille


Il y a un bon feeling, j'ai le bon rythme, je commence à me demander ce que je vais faire de mes millions quand je serai publié, faudra que je m'habitue à ma vie de riche.

Je serai à la fois extrêmement riche et extrêmement généreux.

Ca y est! j'ai fini l'histoire. Ca a mis longtemps quand même, au moins vingt minutes. Je mets le titre: Bouboule le chaton cool qui tourneboule. Je sais que c'est un titre qui va plaire aux enfants parce qu'ils aiment le son 'oule'.

"Mais pourquoi vous croyez qu'on aime le son 'oule' bordel!"

Hop je l'envoie aux trois éditeurs jeunesse de France, L'Ecole des Loisirs, le Père Castor et Gallimard. Ah il y a aussi la Bibliothèque Rose mais je trouve pas son adresse. Je suis sûr qu'ils vont adorer! C'est bien leur truc!


"Regarde encore ce manuscrit pourri qu'on a reçu!"

J'attends trois jours, je les appelle, ils disent d'attendre encore, c'est exagéré, et là deux mois après je reçois une lettre.

"...n'entre pas dans le cadre de nos collections."

Je vais sur des sites d'auteurs jeunesse pour me plaindre, et là, c'est trop bizarre: il y a des auteurs pas connus et pas riches! Ils me disent de lire des livres pour enfants pour apprendre à quoi ça ressemble, et aussi d'aller voir à quoi ressemble un enfant aussi si j'ai le temps.

"Amazing!"

En fait c'est plus difficile que ce que je croyais, je bosse un peu le sujet, je me relance, cette fois j'enlève les doudous, les lapinous et les bisous, je prends plus de temps à l'écrire, je le fais relire et j'expédie Bouboule: Chaton Cow-Boy à d'autres éditeurs, et là après une autre attente, la lettre arrive, on veut bien me publier!

Champion du monde!!!!

 J'appelle l'éditeur et je lui dis:

"Aboule l'avance de 100 000 euros"

Il me dit:

"Divise ça par 100 000 et enlève 1"
Je lui dis:

"Ca me laisse pas beaucoup pour devenir riche"

Il me dit:

"Tu seras riche de rendre les enfants si heureux"

Je me dis:

"Arnaque ou bien...?"

Il me dit:



Je dis deal. L'éditeur m'envoie un contrat, c'est hyper long, je comprends rien, mais ça a l'air légal, le texte est justifié à droite. Alors c'est parti:
"Signé!"
J'ai pas fait gaffe de voir si c'était écrit si j'avais du pognon si jamais le livre se vend en ebook ou en film ou en dessin animé ou en traduction. Sur le moment, je me dis:

"J'ai d'autres choses à faire"
Mais deux mois plus tard la Corée est intéressée, on me propose 50 euros, c'était dans le contrat, je suis là:

Merde
J'ai vraiment l'impression de l'avoir dans le
 
Pas le temps d'y penser, on m'appelle, je suis nominé pour un prix!

"Champion du monde!" (bis)

La dame est charmante mais il y a un mais: 
"Vous êtes seulement nominé si vous êtes disponible pour venir le jour de la date de remise des prix."
Chelou mais j'accepte, même si ça me fait devoir prendre un jour de congé, c'est la gloire quand même. Le jour du prix, je me réveille tôt, je  -

 
 
 
 J'y suis presque!


J'arrive, on me dit:
"Les enfants vous attendent avec impatience!"
Je le savais! Je me sens


On me présente aux enfants:

"Voici l'auteur, qui va mener l'atelier pâte à sel de cet après-midi!"
 C'était pas prévu, je suis un peu dérouté, tant pis, je veux pas décevoir, 


J'ai l'impression quand même que je déçois un peu,
 
 Mais c'est pas grave, les enfants sont super heureux, je suis comblé,
 

On n'a pas parlé de mes livres, pas eu le temps, tant pis! de toute façon c'est pas moi qui ai gagné le prix, c'est John Green, je sais pas qui c'est, il est pas venu le chercher, je repars,  

 
 
 

Le deuxième TER est en grève, moi et l'autre auteur qui s'est déplacé, on fait le reste à pied,

il est plus beau gosse que moi
Y a plus de vols Ryan Air à cette heure-là, on finit la soirée ensemble, je m'aperçois que l'école lui a payé son déplacement + une journée au tarif Charte, je suis là:
"Ah bon normalement on doit être payé pour faire des interventions scolaires?"
Il me console:
"Rejoins la Charte, ça ira mieux"     



Le lendemain matin, je prends mon avion, mon métro, mon Vélib, je retrouve mon lit, je vais sur Internet, je m'inscris à la Charte, je commence à essayer de comprendre les contrats, je lis les guides de la Charte, je m'aperçois que j'aurais pas dû toucher 1,5% sans à-valoir sur la vente de mon manuscrit,


Je suis tout beau tout neuf tout fort, prêt à l'attaque, le prochain manuscrit que j'envoie à mon éditeur, je saurai mieux quoi faire, et celui d'après encore mieux, et ainsi de suite,

"Pas de provisions sur retour."
Et maintenant j'ai plein d'amis auteurs avec qui je peux parler, des grands et des petits comme moi,
ils sont fatigués à la fin des salons,

Ca commence à aller mieux.

Bref. Je suis auteur jeunesse.




dimanche 30 août 2015

Le test de Bechdel

(Hello! je suis de retour.)

Quelques réflexions aujourd'hui sur le test de Bechdel. Le quoi? Vous connaissez peut-être ce nom si vous errez sur la blogosphère féministe d'inspiration anglo-saxonne. Alison Bechdel est une fameuse BDiste américaine, entre autres l'auteure de ce livre bouleversant et splendide et drôle et poignant qu'il faut lire à tout prix:



Voici quelques décennies, Alison Bechdel a lancé l'idée dans l'un de ses livres d'un 'test' en trois questions, à appliquer à toute oeuvre de fiction:
  • 1. Y a-t-il deux (ou plus) personnages féminins?
  • 2. Ont-elles une conversation? 
  • 3. Cette conversation est-elle à propos d'autre chose qu'un homme? 
Pour 'réussir le test' de Bechdel, on doit pouvoir répondre oui à chaque question.

Au départ, le test n'avait pas une valeur prescriptive universelle, car il était formulé par un personnage, et il n'était pas précisé ce que le test 'mesurait' exactement. Mais l'idée a été reprise par les milieux féministes et il est fréquent de voir des films, livres, etc. - surtout des blockbusters et des best-sellers - soumis au test de Bechdel. Ce site par exemple en répertorie des dizaines, avec leur résultat.

Le test de Bechdel est intéressant car il semble à première vue extrêmement minimal dans ses exigences, mais il apparaît qu'en réalité, un très grand nombre d'oeuvres échouent lamentablement à l'une des questions - voir par exemple cet article récent sur les échecs au cinéma.

En littérature jeunesse, il est facile de voir que de nombreux classiques ne réussiraient pas le test: Le petit prince et tous les albums des Schtroumpfs échoueraient dès la première question; la vaste majorité des Astérix, Tintin, Babar ou des Petit Nicolas échoueraient à la seconde question. C'est plus inquiétant de voir que de nombreux livres contemporains échouent aussi - je ne vais pas en nommer, pour des raisons auxquelles je viendrai ci-dessous, mais j'en vois souvent.

difficile de réussir au test de Bechdel quand Gargamel n'a pas pris la peine de créer des copines à la Schtroumpfette
Il y a beaucoup de livres qui réussissent le text mais vraiment de justesse, comme Harry Potter à l'école des sorciers, dans lequel on a une mini-conversation entre Molly et Ginny: deux lignes dans tout le livre, comme le souligne ce lien. 

Mais que mesure exactement le test de Bechdel, et quelles conclusions en tirer? On voit beaucoup dire qu'un texte qui réussit le test est 'féministe', mais c'est faux, car les critères du test sont extrêmement minimaux; c'est justement son intérêt. Le fait que le test soit si minimal est fait exprès: il est d'autant plus frappant que même avec un niveau d'exigence aussi bas, tant de films échouent.

Par exemple, le test ne mentionne pas l'importance des personnages féminins, ni le contenu de leur conversation. Si on a deux personnages très secondaires qui s'alpaguent dans un coin, hop, on réussit le test. Si ces femmes parlent chiffons ou d'affaires domestiques ou de gamins ou de recettes de cuisine, bingo, et pourtant il est difficile d'argumenter que ça vaut beaucoup mieux que de parler de mecs.

Twilight réussit le test, figurez-toi.

Il semblerait donc plus adéquat de dire l'inverse, c'est-à-dire qu'un texte qui échoue au test de Bechdel est 'sexiste', ou du moins franchement problématique du point de vue de la représentation des femmes; en d'autres termes, de dire que c'est un test dont les résultats négatifs sont plus significatifs que les résultats positifs.

Cependant, même compris comme cela, le test de Bechdel a ses limites. D'abord, il y a des cas compliqués. Prenons Le jour où je me suis déguisé en fille (The Boy in the Dress), de David Walliams:

Passe-t-il le test de Bechdel? Oui, stricto sensu, mais vraiment pas brillamment: Lisa, l'héroïne, échange quelques mots avec avec sa prof, et plus tard très brièvement avec un groupe de filles. Mais le contenu de la conversation avec les autres filles est vraiment superficiel: il est question uniquement de maquillage et de fringues.

Par contre, quand c'est Dennis qui est déguisé en fille (devenant Denise), les conversations entre lui/elle et Lisa sont beaucoup plus intéressantes et sophistiquées. Mais est-ce alors un personnage masculin ou féminin qui parle? Il est également difficile de dire qu'un livre qui ferait s'évanouir toute la Manif pour Tous pour sa représentation plus que fluide du genre est 'sexiste'.

De plus, il y a personnage masculin et personnage masculin; on peut parler d'un homme parce qu'on veut le mettre dans son lit, ou on peut en parler pour d'autres raisons. Un roman qui suivrait la route de cinq Femen en entraînement intensif pourrait très bien échouer au test de Bechdel.  

Enfin, il y a évidemment des livres qui par définition échouent parce qu'il est crucial pour leur représentation du monde qu'il n'y ait pas ou peu de femmes, ou qu'elles ne parlent pas entre elles, comme La voix du couteau de Patrick Ness.

Donc il vaut mieux comprendre le test de Bechdel non pas comme une 'mesure', positive ou négative, du 'sexisme' d'un livre - et résister à la tentation de faire des 'dénonciations' outrées de ceux qui 'échouent'. C'est plutôt comme une façon d'explorer, de questionner, les rapports entre les sexes dans une histoire. Le test n'a aucun intérêt s'il ne s'inscrit pas dans une réflexion plus large.

Je me demande évidemment souvent si mes propres écrits réussiraient le test de Bechdel, mais pas pour m'auto-censurer; plutôt pour prendre conscience de ce qui est sous-jacent à mon écriture du féminin ou du masculin. Par exemple, pour mes romans ados:
  • Les petites reines réussit sans problème le test (ouf!), car il y a beaucoup plus de deux personnages féminins, qui ont un très grand nombre de conversations, qui souvent portent sur autre chose qu'un homme. 
Souvent, d'accord... mais c'est loin d'être toujours le cas. Une très grande quantité des conversations entre Mireille, Hakima et Astrid, et presque toutes les conversations entre Mireille et sa mère, ont pour objet central un ou plusieurs hommes: Klaus, Philippe Dumont... ou le bébé à venir, qui est... un garçon.

Au-delà des conversations, le test de Bechdel peut être ici élargi aux motivations des personnages féminins. Ici, les raisons pour lesquelles les trois filles font du vélo sont uniquement des hommes: Klaus, le Soleil, et Indochine. Et l'antagoniste, Malo, est aussi un homme et donc un objet de conversation important.

Ce n'est pas anodin d'avoir, dans un roman qui se veut et qui a été caractérisé par beaucoup de 'féministe', de très nombreuses motivations à la fois positives et négatives qui émanent de personnages masculins. Ca m'interpelle donc sur ce que je considère implicitement comme des raisons naturelles d'agir ou de réagir: je dois bien me rendre à l'évidence que je parle dans ce livre de jeunes filles principalement mises en mouvement, poussées à agir, par des hommes.

  • Comme des images réussit, mais tout juste, le test de Bechdel. Mais ce ne serait pas choquant pour moi qu'il échoue, car il est justement question dans Comme des images de l'impossibilité pour les jeunes filles d'échapper au regard des garçons. 
Echouer au test de Bechdel peut vouloir dire représenter de manière réaliste la difficulté pour des femmes d'échanger des paroles non centrées sur leur rapport aux hommes; et cela peut être fait pour dénoncer cette situation.
  • La pouilleuse réussit le test de Bechdel. Mais dans quelles conditions? 

Il y a deux personnages féminins adolescents, mais la seule conversation qu'elles ont qui soit identifiable (il y a aussi des dialogues non attribués) est à propos d'un garçon.

Ce qui fait que le livre passe le test, c'est qu'il y a, d'une part, un épisode de torture psychologique entre une adolescente et une petite fille; et, plus tard, une conversation entre une adolescente et une vieille dame à qui elle donne un bain. On voit bien ici que les deux conversations sont aux antipodes l'une de l'autre et qu'il est difficile d'en tirer des conclusions quant aux aspects, positifs ou négatifs, de ces rapports entre 'femmes'. 

Bref, le test de Bechdel est un outil très intéressant globalement, car il permet de mettre en lumière à grande échelle le manque de personnages féminins et d'interactions entre elles dans les industries culturelles; il est intéressant quand il n'est pas une 'condamnation', mais plutôt un moyen de se poser des questions sur la quantité et la qualité de ces personnages féminins et de leurs échanges.

Je sais que de nombreux/ses lecteurs/trices ici sont auteur/es, alors je serais très curieuse de vous lire dans les commentaires:
  • est-ce que vos/votre livre/s réussisse/nt le test?
  • plus intéressant encore, qu'en pensez-vous? quelles questions et réflexions tirez-vous de ce 'résultat'? 
Et pour ceuzécelles qui sont lectrices et lecteurs, je vous invite à faire de même à propos d'un livre récemment lu...

vendredi 7 août 2015

Revue de presse!

La presse, beaucoup d’auteurs jeunesse en font, parce que c'est chouette et en plus c'est bien payé (enfin comparé à l'édition traditionnelle, hein; on va dire que tu peux prendre le sandwich lyonnais supplément cornichons la prochaine fois que tu vas chez Pomme de Pain, au lieu de devoir grignoter une assiette en carton discrètement dérobée). Bien sûr, il y a des joies et des contraintes à la fois: c’est bien payé certes, mais c’est très calibré; les délais sont courts, mais on a le produit fini en main très vite; les cahiers des charges sont très définis, mais on a toujours des espaces à conquérir; ça disparaît très vite, mais on peut récupérer nos droits. C’est un exercice de concision, de vitesse, d’efficacité, avec un vrai potentiel d’énergie, de liberté et de drôlerie.

En France, en plus, on a du bol parce que la presse pour enfants est de très grande qualité. Il y a une longue tradition du magazine et du journal pour enfants.

Récemment j’ai commencé à travailler pour ce monde-là. J’ai maintenant fait plusieurs histoires pour le super magazine belge de philosophie pour enfants Philéas et Autobule, que je vous conseille fortement pour éveiller vos petits Platons à la réflexion (une allusion à une autre maison d’édition de philosophie pour enfants s’est glissée dans cette phrase; sauras-tu la retrouver?).





Ma première histoire dans le Philéas et Autobule numéro 44, ‘Le raccourci’, vous dira peut-être quelque chose, car elle est basée sur une histoire publiée sur mon blog il y a quelques mois - qui leur a donné envie de me contacter.




(Comme quoi, ça vaut la peine d’écrire 12.459 billets de blog pour le simple plaisir d'offrir; au bout de 5 ans, on commence à voir le retour sur investissement.) Depuis, j’en ai écrit deux autres: la prochaine est une petite histoire sur le thème de ‘Jusqu'où peut-on aller pour que les autres nous aiment?’. J'y raconte le triste sort de quelqu'un qui se subdivise à l'infini pour plaire à tout le monde.

J’ai aussi commencé une série d’histoires, plus longues celles-ci, dans le mensuel d’énigmes policières Moi je lis, chez Milan. C’est effroyablement fun: des petits romans pour les 8-11 ans, qui racontent une vraie enquête, avec indices, hypothèses, suspects, etc. Mes deux héroïnes-détectives s’appellent Jo et Cass; elles sont soeurs, elles vivent à Audre-sur-Manchue dans le Pas-de-Calais (spéciale dédicace à ceuzécelles qui comprendront où c’est), elles pilotent des ULMs et des Zodiacs, et elles ont un gros chien nommé Grabuge.


Dans le premier épisode, Le trésor de la falaise (numéro d’août), il est question de blockhaus et de butin de guerre. Dans le deuxième, qui sortira en janvier prochain, il y aura des dinosaures et des maracas…


Je suis en pâmoison devant les dessins de Grégory Elbaz, qui a rendu à merveille les paysages de falaises et de plages de la côte d’Opale.



IL Y A UN LECTEUR DE CODES SECRETS #COOLITUDETOTALE
L'occasion de rappeler que si tu sais pas quoi offrir au petit neveu de la voisine de ta tante par alliance pour son anniversaire, un abonnement à un magazine est une idée pas nulle du tout.

Sur ce je vous souhaite de bonnes vacances car je pars demain pour un gros colloque (grocolok) et ensuite j'enchaîne direct avec une semaine de vacances donc je risque de ne pas écrire de nouveau billet de blog avant fin août.

http://www.jonathanrosenbaum.net/wp-content/uploads/2010/08/parapluies-de-cherbourg-catherine-deneuve.jpg
mais je sais que toiiiii tu m'attendraaaaas

samedi 25 juillet 2015

Le top ten des subtiles crâneries que disent les philosophes dans leurs livres

10. "Comme tout adolescent qui découvre Heidegger/ Sartre/ Wittgenstein/ Nietzsche, j'ai été captivé..."

'Tout adolescent' lol mdr =D.

En général cette phrase est suivie de 'mais c'est seulement plus tard que j'ai appris à apprécier les philosophes plus difficiles d'accès comme Hegel et Kant'...

9. "Sartre/ Barthes/ Foucault/ Derrida/ Lacan nous paralysait d'admiration, mais c'était quelqu'un de très abordable et de très sympathique. Il me taquinait souvent sur le fait que..."

Exemple type du humble brag (modeste crânerie). Je n'étais à l'époque qu'un petit microbe, mais Grand Philosophe m'accordait quand même de l'attention. En fait il était très chouette comme mec. On rigolait, mais on rigolait! il me chambrait sur plein de trucs.

(Et comme il est mort vous pouvez pas vérifier qu'en fait je l'ai rencontré juste deux fois et il s'est moqué de moi parce que j'avais rien compris à sa critique de la raison dialectique)

Possibles variations:
- "Lévi-Strauss faisait un très bon coq au vin."
- "Maurice était..." (pour dire Merleau-Ponty)

8. "Bien sûr, aletheia, la vérité, signifie étymologiquement un dévoilement; cette notion maintes fois rebâchée, devenue un poncif..."

Tain j'en ai trop marre qu'on me REPETE TOUJOURS L'ETYOMOLOGIE D'ALETHEIA. Y a un moment faut ARRETER.

7. "Mais ce serait une erreur d'étudiant que de croire..."

et BIM pour l'étudiant qui lit le bouquin

6. "Nous ne nous attarderons pas sur l'interprétation deleuzienne, évidente..."

Ah ben c'est dommage j'aurais bien aimé que tu t'attardes.

5. "Comme le dit Pontalis (je cite de mémoire):..."

Tu sais, t'écris un livre là, donc t'as pas besoin de citer de mémoire; tu peux aller chercher la référence; mais bon si ça te saoule vas-y, cite de mémoire, je te regarde. C'est bien dis donc! t'as plein de mémoire. Quelque chose me dit que de toute façon t'es quand même allé chercher la référence vu que la citation fait une demi-page.

4. "C'est là que les Lumières (Aufklärung)..."

Ja wohl! Sprechen sie Deutsch! Ich bin ein Philosophiekeitgrossemaster.

3. "Les grands philosophes (sans oublier, d'ailleurs, les quelques grandes philosophes)..."

T'as vu ce Femen que je suis? Je me suis poussé un peu pour faire de la place à la petite dame.

(Variations:

- "Hannah Arendt, ayant reçu l'enseignement d'Heidegger (qui fut par ailleurs son amant)..."
- "Il serait incorrect de ne penser Simone de Beauvoir qu'en regard de Sartre (qui fut par ailleurs son amant)..."
- "Julia Kristeva (outre sa relation avec Philippe Sollers)...")

2. "Tout est texture en tant que tout est fracture: ce verre de Merlot près de moi, le chant des oiseaux dans les pins parasols, le vent qui s'insinue dans ma chaise longue..."

...l'odeur de mes pieds transpirants, ma crème solaire collante, mes tongs en plastique, mon mojito... ah oui je t'avais pas dit? j'écris ce livre en vacances. Enfin façon de parler. Je n'ai pas de vacances. J'analyse la vacancerie; le mode de l'être-en-vacances.

1. "Comme lorsque l'on aime, ou que l'on partage avec l'autre un moment d'intimité ou d'érotisme, de la même manière la pensée..."

J'AI FAIT DU SEXE UNE FOIS