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mercredi 13 décembre 2017

Ecriture Créative, Session 7: Chronotopes

Episode précédent ici!

Ohmondieu mais ça fait looongtemps! oui, je sais, mais moi qui pensais que ce serait dur de garder le rythme pendant le trimestre, c'est en réalité hors trimestre que ça a été difficile... Après Montreuil, et plein d'autres choses dont je vous entretiendrai dans un prochain billet, j'ai eu du mal à me remettre dedans.

wi wi sa s'ait bien passer regarde s'est moi avec Sarah Crossan
Mais donc voici aujourd'hui et après-demain les deux billets finaux pour ce trimestre. 

Aujourd'hui donc, peut-être la séance la plus atypique de la première partie du module, sur le lieu et le temps du récit, et l'entremêlement des deux avec des questions de genre, et tout cela grâce à l'entremise du chronotope bakhtinien, dans une situation de classe inversée.

Du quoi dans le quoi avec une situation de what?

Vous allez voir. C'est parti!




Lecture et préparation

Les étudiantes avaient un gros boulot à faire, parce que cette session était entièrement menée par elles: situation totale de classe inversée, c'est-à-dire qu'elles devaient elles-mêmes préparer le contenu de la discussion, des exercices, etc., à partir de lectures obligatoires et d'autres conseillées.

Elles devaient lire:
  • Chapter 5, ‘Chronotope in Children’s Literature’ (p.121-152) in Nikolajeva, Maria. (1996) Children’s Literature Comes of Age: Toward a New Aesthetic, New York: Garland.
Oui, encore Nikolajeva. Je devrais être rémunérée par elle véritablement. Bon, elle a dirigé ma thèse de doctorat, c'est déjà pas mal. C'est pas ma faute si personne écrit mieux qu'elle en narrato jeunesse.

Les lectures additionnelles étaient:
  • Bakhtin, M. (1981). The Dialogic Imagination: Four Essays. Trans. Michael Holquist. Austin: University of Texas Press. Available online from the library. 
  • Bavidge, J. (2006). Stories in space: the geographies of children's literature. Children's Geographies, 4(3), 319-330.
  • Cecire, M. (ed.) (2015). Space and Place in children’s literature. Burlington: Ashgate.
  • Mackey, M. (1991). Ramona the chronotope: The young reader and social theories of narrative. Children's Literature in Education, 22(2), 97-109. 
  • Nikolajeva, M. (2000). From Mythic to Linear: Time in Children’s Literature. Lanham: Scarecrow. 
  • In the Routledge Encyclopedia of Narrative Theory: Chronotope; Space in narrative;  Temporal Ordering
Et voilà en quoi constituait la préparation:
  • Par groupes de trois, préparez un plan de discussion pour la session à partir du texte imposé, ainsi qu'un exercice d'écriture ou série d'exercices (15 minutes maximum) pour chaque groupe. 
  • Si votre groupe est choisi, vous mènerez une discussion de 45 à 50 minutes autour de la question: 'Qu'est-ce que le concept du chronotope peut apporter à notre travail d'écrivaines pour la jeunesse?'
  • Que votre groupe soit choisi ou non, votre exercice d'écriture sera utilisé dans la deuxième partie de la session.

Consignes et informations complémentaires:
Un plan pour une session se compose normalement d'une brève introduction récapitulant le concept central et la question du jour, puis un certain nombre de questions ouvertes à l'intention du groupe, soit posées directement soit en proposant d'en discuter en binômes. Idéalement, la discussion devrait être orientée selon un axe de réflexion particulier. Par exemple, vous pouvez orienter la discussion de manière à générer des consignes d'écriture; ou alors l'utiliser pour faire la critique de certains livres jeunesse, en analysant par exemple leurs différents chronotopes; ou alors vous pouvez décider de réévaluer certains concepts des dernières semaines à la lumière de celui-là. Vous devez vous assurer à tout moment que la classe est impliquée dans la discussion.

Les exercices d'écriture, comme les semaines précédentes, doivent être chronométrés, laisser assez de temps pour des retours de lecture, et les consignes doivent être précises. Vous avez une liberté entière concernant les consignes ou le type de texte que vous espérez voir vos camarades écrire - il n'est pas obligatoire que ce soient des textes entièrement rédigés, ce peut être des plans, des fiches de personnages, des cartes, etc. - si tant est qu'ils contribuent à l'écriture créative.
Sur ce, j'ai laissé mes pauvres étudiantes se débrouiller.

Le chronotope

Bon allez, comme vous êtes gentils comme du poulet rôti, je vais quand même vous en dire un peu plus sur le fameux chronotope et le pourquoi du comment de la raison pour laquelle je leur ai donné un exercice aussi difficile.
  • Je cherchais par cette session à les faire réfléchir sur le lieu et le temps des récits pour la jeunesse, en commençant aussi à prendre en considération le genre d'un texte (on parle ici bien sûr du genre littéraire, pas du genre, genre, 'théorie du genre'-genre).
  • Je cherchais également à commencer à les faire réfléchir de manière indépendante sur la manière dont des concepts de théorie littéraire peuvent les aiguiller dans leur création littéraire.
  • Et enfin je voulais qu'elles commencent à penser à ce qui constitue une 'bonne' consigne d'atelier d'écriture (c'est plus difficile que ça en a l'air! il faut que ce soit ni trop serré, ni trop lâche...)
Le chronotope est l'un des concepts centraux de l'oeuvre de Mikhail Bakhtine, qui est l'un des plus grands théoriciens de la littérature du 20e siècle. Je vous invite à faire des recherches poussées sur sa personne comme tout le monde, c'est-à-dire en lisant sa page Wikipédia, que je ne vais pas récapituler. Bakhtine n'a pas écrit sur la littérature jeunesse, mais Maria Nikolajeva s'en est chargée, ouf! - et elle a amené à la connaissance du public universitaire anglosaxon les principaux apports du sage Russe, ajustant ses trouvailles à la LJ, dont le concept du carnalavesque, de l'hétéroglossie, et, donc, du chronotope.

il a notamment beaucoup écrit sur Rabelais, tu sais l'auteur de Pantagruel et Gargantua, ces classiques que tu n'as jamais lus en entier, parce qu'en vérité c'est un peu relou?
Le chronotope, comme vous le savez très bien en bons étymologues que vous êtes, ça vient de temps et lieu (chronos et topos), intimement mêlés ensemble parce que selon Bakhtine, en littérature l'un ne va pas sans l'autre ni l'autre sans l'un. Bakhtine théorise l'unité temps-lieu comme indivisible, et comme élément narratif et générique crucial d'un texte littéraire. 

Pour simplifier: quand tu as un roman qui appartient à un genre donné, tu t'attends à une configuration spatio-temporelle précise; ou inversement, quand tu commences un roman qui te présente une configuration spatio-temporelle précise, tu vas créer des attentes narratives constitutives d'un genre en particulier.

Ca paraît très abstrait de ramasser genre, lieu et temps du récit tout ensemble, mais en fait c'est assez intuitif, et je pense qu'on parle souvent de chronotopes sans s'en apercevoir.


Quand je dis qu'un roman est un 'huis clos', par exemple, je ne veux pas seulement dire 'il se passe dans un lieu fermé'. En général, je sous-entends aussi un certain nombre d'attentes que tout lecteur un peu confirmé comprend directement: c'est probablement sur un temps assez court, c'est probablement angoissant (l'expression 'huis clos angoissant' vient immédiatement à l'esprit), ou alors intense et comique (façon 'Dîner de cons'), c'est probablement avec peu de personnages, etc. On pressent des genres: horreur, dialogue philosophique, vaudeville? - qui vont se préciser ensuite. L'idée d'un huis clos crée des attentes génériques et temporelles, alors qu'il s'agit seulement, à la base, d'une indication de lieu. 

tiens, il ne me semble pas avoir déjà parlé ici de
mon amour pour les Maîtres de l'Orge
Pareil si je te parle d'une 'saga historique' - tu vas tout de suite t'imaginer un temps long, peut-être sur plusieurs générations, et tu vas aussi intuitivement savoir qu'il va sans doute y avoir plusieurs lieux symboliques, où plusieurs personnages vont évoluer pour illustrer différents pans de la Grande Histoire, et qu'en même temps chacun va vivre sa Petite Histoire, etc. Tu te retrouves avec des attentes de lieu et de temporalité alors que je t'ai seulement parlé de genre.

A partir de là, si je te dis 'c'est du fantastique' (tu vois la carte dans ton esprit déjà?), 'c'est une romance' (tu les vois les déambulations dans la rue soudainement accélérées par une déclaration d'amour, tu le sens le temps étiré par l'attente des lettres alors que l'héroïne immobile soupire à la fenêtre?), etc.

A partir d'une indication générique, tu as déjà créé dans ton esprit le petit théâtre spatio-temporel qu'il te faut pour continuer la lecture. Bravo.

Après, évidemment, il est possible que le texte contrevienne à tes attentes.

Je donne souvent en exemple quand j'en parle à des Français.es ce qu'on apprend au collège: la règle des trois unités (action/lieu/temps)... vous vous souvenez? Boileau:
Qu'en un lieu, en un jour, un seul fait accompli 
Tienne jusqu'à la fin le théâtre rempli.
Corneille réfléchissant
à la règle des 3 unités
Eh bien ça, c'est, en gros, me semble-t-il, le chronotope du théâtre classique. Votre prof vous rebattait les oreilles du fait que les trois unités étaient in-di-vi-sibles: il y a une essence littéraire, narrative, extrêmement puissante dans ce triangle équilatéral. Elle génère des attentes et établit un contrat de lecture (ou de spectacle).

Pour Nikolajeva, les livres pour la jeunesse ont leurs chronotopes spécifiques, liés aux genres spécifiques qui existent en littérature jeunesse. 

Par exemple, le chronotope d'un genre très important en LJ anglo-saxonne, le récit d'école (school story). Une school story, de Bennett à Harry Potter, c'est, en général, un lieu: une école aux limites bien déterminées, et un temps: une année scolaire. Parfois, un trimestre.

j'en entends au fond qui murmurent qu'ils ne connaissent pas Bennett et ça c'est intolérable
La school story peut être synthétisée comme genre comme ça: c'est le temps-lieu de l'école-année.

MAIS! je vous entends hurler. HARRY IL S'ECHAPPE DE L'ECOLE! ET DANS LE 7E... oui, je sais, et dans le 7e il va camper pendant des milliards de jours avec Hermione dans la forêt. C'est bien ce qui est intéressant avec Harry Potter, il nous brise les chronotopes parfois, et c'est pour cela que le chronotope potteresque est difficile à définir exactement: parfois celui de la school story, parfois celui de l'épique, parfois celui de la romance, etc.

le premier est très school story chronotope, le septième moins.
Ca n'invalide pas le concept du chronotope de la school story, ça veut dire qu'on peut jouer avec.

C'était pour moi tout l'intérêt, pour en revenir à nos moutons, de demander à mes étudiantes de bûcher sérieusement sur la question. Le concept de chronotope est fascinant pour une auteure, surtout quand on comprend à la fois les attentes qu'un chronotope génère et les petits dérangements qu'on peut y apporter. Mais je ne voulais pas leur prémâcher le travail, je voulais voir ce qu'elles allaient en faire si je leur demandais de se débrouiller avec: de lire Bakhtine 'comme des écrivaines', c'est-à-dire en réfléchissant à l'apport de ce concept sur leur pratique d'écriture.

Personnellement, le chronotope, j'y pense beaucoup quand j'écris. Mes deux romans La pouilleuse et Comme des images sont des huis clos tout ce qu'il y a de plus 'règle des trois unités', et c'était absolument voulu: cette compression du temps et de l'espace qui crée une claustrophobie narrative forte, un suspense et une angoisse.



Les petites reines, par contre, on est dans un road-trip - vous noterez que rien que le terme road-trip est chronotopesque: on 'voit' la route, et on 'sent' le voyage, c'est-à-dire que route et temps passé sur la route ne font plus qu'un. 

Bakhtine parle beaucoup de la route, qui est l'un des chronotopes majeurs qu'il dégage. La route, c'est le chemin vers la maturité, porté par les rencontres et les aventures à travers le pays natal et non à travers un monde 'exotique ou inconnu'. C'est le récit d'initiation par excellence. Les petites reines c'est évidemment un parcours initiatique.

photo de Soy Création pour la pièce de théâtre
Bakhtine parle aussi du fait que le voyage et les rencontres vont amener le héros à rencontrer aussi des temps passés, par l'intermédiaire de personnages ou de lieux qui ont un ancrage dans l'histoire. C'est ce qui arrive aussi à mes héroïnes. Le chronotope de la route n'est pas seulement donc l'instant présent et l'espace qui s'enfuit vers l'avant, mais aussi l'occasion de découvrir d'étape en étape, en s'arrêtant, en s'immobilisant, les couches de passé dissimulées dans l'espace présent. 

Dans le roman que je suis actuellement en train de retravailler, Brexit Romance, j'ai également beaucoup réfléchi à des questions génériques et chronotopesques. Quand il a été question avec mon éditeur de créer une scène de flash-back en France (alors que toute l'histoire se déroule en Grande-Bretagne), j'ai refusé, car c'était pour moi une destruction symbolique forte de l'unité chronotopique que j'avais voulu créer. Un flash-back, c'est une infraction temporelle; en France, ç'aurait été aussi une infraction spatiale - et je ne pouvais pas me permettre cela dans le 'petit théâtre' spatio-temporel et donc générique que j'avais créé. Ca aurait cloché. 

Voilà donc en quelques paragraphes ce qu'est un chronotope et pourquoi ce concept, éminemment théorique par bien des aspects, peut cependant avoir des effets intéressants pour la pratique de l'écriture si l'on s'y intéresse.

Séance

L'une des raisons de vous dire touuuuut cela avant de passer à la séance, c'est que, ben, la séance a été menée par mes élèves, et donc je n'ai pas beaucoup de contenu à partager avec vous. Mais ce que je peux vous dire c'est que j'ai été extrêmement impressionnée par l'investissement de toutes les étudiantes et par la qualité des débats. 

Le groupe que j'ai choisi pour mener la discussion avait préparé un Powerpoint très bien structuré. Tout d'abord elles ont récapitulé l'article en faisant la liste des différents chronotopes dégagés par Nikolajeva - en mettant à contribution leurs camarades, qui n'étaient pas immédiatement hyper chaudes pour participer... C'est toujours très satisfaisant de voir qu'elles se rendent vraiment compte, en situation de mener une discussion, à quel point il est difficile de mener une discussion. 

Ensuite elles ont proposé plusieurs pistes d'exploration pour savoir comment ce concept pouvait illuminer une réflexion plus générale en écriture créative. Elles se sont beaucoup centrées sur les questions de genre littéraire et la manière dont on peut ou doit prendre des libertés avec ce qui constitue les formes typiques du récit, tout en étant conscientes qu'elles ont perduré pour de bonnes raisons. 

La discussion a duré pile 50 minutes, plutôt bien menée, avec des questions qui se sont considérablement améliorées au fur et à mesure. Pendant ce temps, je n'intervenais pas, mais je prenais des notes sur leur manière de mener le débat. 

Atelier

Ensuite on est passées à l'atelier. Les filles avaient prévu l'exercice suivant, assez intéressant:
  • 5 chronotopes typiques de la littérature jeunesse d'après Nikolajeva, avec leurs caractéristiques principales (par exemple, le chronotope sériel (qu'elle appelle 'de paralittérature'), caractérisé par un temps cyclique et un lieu clos). 
  • 5 images diverses
A chacune d'entre nous (y compris moi, car je faisais aussi l'exercice) était secrètement assignée une image ainsi que l'un des chronotopes, et il fallait écrire en 15 minutes le début d'une histoire correspondant à ce chronotope, et associée à cette image. 

Par exemple, moi j'ai eu cette image:




Et le chronotope de paralittérature. 

D'après Bakhtine, l'ouverture d'un livre a entre autres fonctions celle de mettre en lumière le type de chronotope et donc va créer des attentes génériques. Le but de la consigne était de voir si, en échangeant ensuite nos écrits, notre binôme réussirait à deviner de quel chronotope il s'agissait. 

Consigne très ludique ai-je trouvé! C'est marrant car j'étais convaincue qu'on allait toutes deviner tout de suite - notamment en s'aidant des images - mais en fait non, pas du tout. C'était assez difficile dans la plupart des cas de deviner de quel chronotope il s'agissait. 

J'étais un peu perplexe cependant car je me demandais ce qui aurait été une 'bonne' conclusion à l'exercice: que l'on devine?... ou justement que l'on ne devine pas?... les trois étudiantes n'étaient pas tout à fait certaines de la réponse quand je leur ai posé la question. 

Les deux autres groupes ont ensuite fait part de leurs consignes. 

Le deuxième groupe avait préparé une consigne très similaire, donc on n'a pas fait l'exercice. Mais le troisième avait préparé une autre consigne extrêmement intéressante, basée pas directement sur le concept du chronotope mais sur celui du kénotype. 

Du WHAT? t'arrêtes de nous saouler avec ton jargon?

Mais je vous jure que c'est intéressant promis. Le kénotype, dit Nikolajeva en s'appuyant sur les travaux de Mikhail Epstein, c'est l'inverse de l'archétype. L'archétype, qui vient des mots pour 'ancienne image' ou 'ancien type', c'est tout ce qui fait partie de la batterie d'objets ou de personnages qui vont activer des scripts anciens chez le lecteur, et en particulier en littérature jeunesse des artefacts anciens qui vont caractériser et/ou ancrer les chronotopes: par exemple une épée magique, un tapis volant, etc. 

Le kénotype, par opposition, c'est l'objet contemporain qui va lui aussi ancrer un chronotope, soit créant donc un chronotope d'un type entièrement nouveau (et donc des attentes génériques différentes), soit modifiant ou transgressant légèrement les chronotopes et attentes génériques plus anciennes. 
 La suggestion de Nikolajeva étant que dans la LJ contemporaine, il y a une absorption très grande de ces artefacts nouveaux, voire de ces inventions technologiques, qui vont modifier les paramètres des chronotopes. Par exemple: l'appareil photo, la radio, le vélo, le téléphone, la machine à écrire, le métro, le dictaphone, etc. 




Donc la consigne de mon étudiante était de choisir un kénotype parmi une liste (plus ou moins ceux que j'ai listés ci-dessus) et d'écrire un plan d'intrigue basé autour de cet objet, en mettant tout particulièrement l'accent sur le genre, le lieu et la temporalité du récit. 

J'ai plaisanté en disant que j'avais déjà utilisé le kénotype du vélo dans un de mes livres, est-ce que j'avais le droit de réutiliser mon histoire? 

Ca les a fait rire vachement, enfin en mode 'tain fait pitié celle-là'.

J'ai donc choisi le kénotype du dictaphone et me suis retrouvée en 15 minutes avec un plan pour une sombre histoire de meurtre avec 2 ados communicant par cassettes audio interposées. 


steampunk dictaphone
Ce qui était plutôt marrant, en partageant nos histoires, c'était de voir à quel point les histoires utilisant le même kénotype étaient similaires en termes de genre et de chronotope. L'autre étudiante qui avait choisi le dictaphone avait rédigé un plan pour... une sombre histoire de meurtre avec 2 ados communicant par cassettes audio interposées. 

Face à nos romans noirs, les deux filles qui avaient choisi la machine à écrire avaient écrit des plans pour des romans de fantômes, où les tapoteurs à la machine communiquent avec les morts. Drôle, non? Le kénotype, cet archétype de la modernité, nous commandait instinctivement genre et chronotope. 

J'ai donc été assez fascinée par cet exercise et il se pourrait bien que je le réutilise à l'avenir. 

L'avenir, cependant, c'est une autre histoire, et j'y viendrai après-demain, dans le compte-rendu de la toute dernière session...

Merci de continuer à me lire! et de vos commentaires, toujours aussi chouettes. Normalement je réponds à tous mais là dernièrement je me suis laissée submerger, sorry! je les lis, promis...

vendredi 6 mai 2016

Sous les couvertures...

C'est le jour C! C comme Couverture: celle de Songe à la douceur, qui sortira le 24 août. La voici!


('C'est les couleurs de la NRF!' s'est enthousiasmée ma mère, qui ne perd pas espoir que je finisse un jour par écrire de la vraie littérature.)

C comme Courbes, Circonvolutions, Clarté - j'adore cette typo bouclée et noueuse, qui tricote les fils de deux vies, et offre une promesse de romantisme (sera-t-elle réalisée, that is the question...)

Mais aussi, et pour l'occasion, le jour C comme Claudine...

Qui est Claudine? Claudine Devey, chanceuse porteuse d'un prénom colettien que j'adore, est la graphiste de Sarbacane. Après une formation en arts appliqués à Lyon Bellecour et à Toulouse, elle a travaillé comme graphiste dans plusieurs maisons avant de se faire kidnapper par les Sarbacaniens. Arrivée là-bas en 2014, elle a dynamisé, modernisé... pour ne pas dire révolutionné les couvertures de la collection Exprim'. On lui doit par exemple:




 


On voit à quel point ce travail est véritablement celui d'une artiste composant un corpus d'images, visuellement cohérent, personnel - une oeuvre, tout simplement. De livre en livre, on retrouve sa patte, son style - sa voix. Mais chaque récit étant différent, elle déploie aussi d'autres tons, d'autres nuances, d'autres jeux de textures et de couleurs, et juge de là où il faut placer une photo, et là où il faut mettre une image stylisée.

Voici une mini-interview exclusive de Claudine quant à la réalisation de la couverture de Songe:

La raison de Claudine
(désolée j'ai pas pu résister)

J'imaginais vraiment une composition typographique pour cette couverture, quelque chose de léger, aérien, et poétique.
J'ai donc orienté mes recherches de typos sur le site my fonts : 
dans les scriptes.
J'ai fait une première composition sur photoshop, que j'ai ensuite imprimée,
pour la redessiner et apporter quelques ajustements 
(d'abord sur calque sur A4).
Le dessin du titre était fait, mais il y avait trop d'aspérités.
Il a donc fallu ré-imprimer cette composition sur un format plus grand (A3), pour la re dessiner encore une fois :
les courbes des lettres étaient alors plus lisses, plus précises.


En mars, j'ai eu la chance de voir, dans les bureaux de Sarbacane, ce fameux calque A3:



C'est extrêmement impressionnant d'avoir devant les yeux cette typo splendide réalisée à la main, personnalisée pour ce livre-là et pas un autre. On voit immédiatement la différence entre un tel travail et l'application d'une typo-type, même jolie, à un dessin ou une photo d'une banque d'images.

Ensuite, il y a la question des couleurs. Voici quelques exemples de couleurs proposées pour Songe à la douceur:



Et une photo tout à fait dégueu que j'ai prise moi-même avec mes petits doigts tremblants dans les bureaux de Sarba:


(ça fout un peu la pression ce SONGE A LA DOUCEUR répété cinq fois, je vous l'accorde. SONGES-Y OK!??!!)

On va finir avec C aussi comme Choix (celui de l'auteur/e). L'occasion de répondre à quelques questions qui reviennent souvent...
  • Question numéro un: C'est toi qui choisis ta couverture? 
Non, dans le sens où généralement, l'auteur/e n'a strictement aucun rôle autre que de suggestion (/persuasion, séduction, roucoulement, etc) dans les premières décisions concernant la couverture. Pour Songe, je voyais bien une stylisation du tableau de Caillebotte 'Le jeune homme à la fenêtre' (qui a une place assez importante dans l'histoire), mais c'est la seule suggestion que j'ai faite (et qui n'a pas été sélectionnée tavu).

pourtant c'était tellement vendeur
La plupart du temps, mais ce n'est pas du tout une norme ni une généralité, on a un choix, ou plutôt un rôle consultatif plus appuyé, dans un deuxième temps. L'éditeur nous envoie plusieurs propositions de couvertures pour nous demander notre avis. Dans le cas de Songe, c'était seulement une question de couleurs (entre les deux bleues et la NRF).

Mais parfois c'est vraiment une question d'image principale; par exemple, pour Comme des images, on (Tibo et Fred) m'avait envoyé ces quatre-là:





Et là il y a une stratégie que j'appellerais 'Tiboesque' ou 'Fredesque' - nos deux Sarbacaniens étant tous deux friands de cette rhétorique - qui consiste à dire:
Tu préfères laquelle? Nous on a notre petite préférée déjà...
Alors moi:
Oh chouette! je préfère l'une des deux premières!
Et là tu reçois une réponse qui dit:
Ah bon??? nous on DETESTE les deux premières. Non, clairement c'est l'une des deux dernières qu'il faut.
Moi:
Mais alors euh pourquoi vous m'avez proposé les deux premières?
Tibo/ Fred:
Aaaah, je suis content que tu préfères aussi celle qu'on préfère! Voili voilà. C'était cool t'as vu comme on t'a donné l'impression d'avoir le choix, hein? 
Moi:
C'était super merci wow
Stratégie que je conseille aux parents de jeunes enfants: 'Tu préfères une purée de carottes ou un Snickers?' 'Un Snick-' 'Très bon choix mon petit lapin, splish splosh, une cuillère pour papa, une cuillère pour maman...'
  • Question numéro deux: qu'est-ce qui se passe si tu détestes ta couverture? 
Ben t'es triste et tu t'en plains amèrement avec d'autres auteur/es autour d'un mojito aux fraises (suivez mon regard). Il y a plein d'auteur/es qui détestent toutes ou certaines de leurs couvertures. Certain/es auteur/es sont expert/es en détestation de couvertures - je pense qu'il y a quelque chose de très profond là-dedans, parce que c'est vraiment le visage de ton livre, et c'est dur de ne pas avoir le contrôle.

Il est vrai qu'une couverture 'ratée', ou pas tout à fait appropriée, peut ruiner la vie d'un livre. J'ai été extrêmement échaudée par la couverture de mon premier livre de Sesame Seade en Angleterre, illustrée par Sarah Horne - je la trouve tout à fait réussie, mais je ne m'étais pas aperçue à quel point une simple bandelette rose en haut la marquerait comme 'livre de fille'. J'ai été estomaquée quand une amie m'a dit, comme si c'était une évidence, qu'elle n'allait pas acheter le livre à son fils parce que 'it's pink'. 'It's not pink', lui ai-je dit, il y a 1cm de pink pour 20 de blue. Mais c'est déjà trop de pink pour ces gens-là. A mon grand malheur, ce roman qui roule à 200 à l'heure, complètement androgyne, n'a été lu que par très peu de garçons.


Très frustrée par cette histoire, j'ai réagi catégoriquement quand Tibo m'a proposé une couv pour Carambol'anges qui était rose:


Pour moi, c'était absolument hors de question: ça n'avait rien à voir avec l'esthétique (j'aimais bien le côté carambar), mais je ne m'étais pas cassé la tête à faire un/e héro/ïne entièrement dégenré/e pour qu'on fasse une couv qui marquerait le bouquin comme 'pour filles'. J'ai persécuté Tibo et Claudine et les ai corrompus avec des chouquettes (authentiques) jusqu'à ce qu'ils acceptent de rendre les couleurs 'neutres', c'est-à-dire (je ne cautionne pas cet état de fait, je précise), dans des tons bleus.

(Tant qu'on est sur ce sujet: Tom Lévêque cherche des ados pour répondre à un questionnaire pour sa recherche de master sur les représentations du masculin en littérature ado. C'est un projet extrêmement précieux car c'est une question rarement abordée en recherche universitaire en LJ. Donc va l'aider, si t'es encore jeune... moi j'ai plus l'âge! Il est aussi question de couvertures, et ça se passe là-bas!)

J'en suis très heureuse maintenant, car Carambol'anges est vraiment lu et apprécié par des petits garçons. 

Donc, il n'est pas impossible de faire ployer les éditeurs et graphistes, mais seulement avec des arguments précis et en béton. Il n'est pas inutile aussi d'être porteuse du gène CH1Eu5E, niveau expert, et d'être prête à sacrifier une partie de ses droits d'auteur à la boulangerie du coin pour amadouer les troupes.
  • Question numéro trois: t'as des images de couvertures qu'on n'aurait pas vues à nous montrer?
Puisque tu me le demandes si gentiment...! tiens, voici un essai très ancien (que j'adore) pour Les petites reines, réalisé par Claudine:


Très anglais, et très gracieux, mais trop calme comparé à l'actuel, évidemment...

Voici aussi une image sympa d'une calibration de 'plat' pour le deuxième tome de Sesame Seade, Gargoyles Gone AWOL. C'est un jeu subtil pour l'illustratrice, Sarah Horne, qui doit créer une image continue mais qui s'adapte aux divers blocs de texte d'une couverture (clikpouragrandir):


Quand la couverture aura été révélée pour mon prochain petit album avec Maisie Shearring, Va jouer avec le petit garçon (dont je ne vous ai pas encore parlé), je reviendrai sur cette question, car c'est très intéressant les discussions qu'on a eues.
  • Question bonus: Quel est le meilleur billet de blog jamais écrit sur les couvertures de livres jeunesse? 
C'est celui-là, sur le blog d'Allez vous faire lire, de Julia Lupiot: 'Délit de faciès, ou la couverture ratée'. Extrêmement instructif, drôle et qui touche à plein de sujets différents. Comme vous n'avez pas encore assez procrastiné aujourd'hui, il faut y aller directement. Off you go! Enjoy!

dimanche 30 août 2015

Le test de Bechdel

(Hello! je suis de retour.)

Quelques réflexions aujourd'hui sur le test de Bechdel. Le quoi? Vous connaissez peut-être ce nom si vous errez sur la blogosphère féministe d'inspiration anglo-saxonne. Alison Bechdel est une fameuse BDiste américaine, entre autres l'auteure de ce livre bouleversant et splendide et drôle et poignant qu'il faut lire à tout prix:



Voici quelques décennies, Alison Bechdel a lancé l'idée dans l'un de ses livres d'un 'test' en trois questions, à appliquer à toute oeuvre de fiction:
  • 1. Y a-t-il deux (ou plus) personnages féminins?
  • 2. Ont-elles une conversation? 
  • 3. Cette conversation est-elle à propos d'autre chose qu'un homme? 
Pour 'réussir le test' de Bechdel, on doit pouvoir répondre oui à chaque question.

Au départ, le test n'avait pas une valeur prescriptive universelle, car il était formulé par un personnage, et il n'était pas précisé ce que le test 'mesurait' exactement. Mais l'idée a été reprise par les milieux féministes et il est fréquent de voir des films, livres, etc. - surtout des blockbusters et des best-sellers - soumis au test de Bechdel. Ce site par exemple en répertorie des dizaines, avec leur résultat.

Le test de Bechdel est intéressant car il semble à première vue extrêmement minimal dans ses exigences, mais il apparaît qu'en réalité, un très grand nombre d'oeuvres échouent lamentablement à l'une des questions - voir par exemple cet article récent sur les échecs au cinéma.

En littérature jeunesse, il est facile de voir que de nombreux classiques ne réussiraient pas le test: Le petit prince et tous les albums des Schtroumpfs échoueraient dès la première question; la vaste majorité des Astérix, Tintin, Babar ou des Petit Nicolas échoueraient à la seconde question. C'est plus inquiétant de voir que de nombreux livres contemporains échouent aussi - je ne vais pas en nommer, pour des raisons auxquelles je viendrai ci-dessous, mais j'en vois souvent.

difficile de réussir au test de Bechdel quand Gargamel n'a pas pris la peine de créer des copines à la Schtroumpfette
Il y a beaucoup de livres qui réussissent le text mais vraiment de justesse, comme Harry Potter à l'école des sorciers, dans lequel on a une mini-conversation entre Molly et Ginny: deux lignes dans tout le livre, comme le souligne ce lien. 

Mais que mesure exactement le test de Bechdel, et quelles conclusions en tirer? On voit beaucoup dire qu'un texte qui réussit le test est 'féministe', mais c'est faux, car les critères du test sont extrêmement minimaux; c'est justement son intérêt. Le fait que le test soit si minimal est fait exprès: il est d'autant plus frappant que même avec un niveau d'exigence aussi bas, tant de films échouent.

Par exemple, le test ne mentionne pas l'importance des personnages féminins, ni le contenu de leur conversation. Si on a deux personnages très secondaires qui s'alpaguent dans un coin, hop, on réussit le test. Si ces femmes parlent chiffons ou d'affaires domestiques ou de gamins ou de recettes de cuisine, bingo, et pourtant il est difficile d'argumenter que ça vaut beaucoup mieux que de parler de mecs.

Twilight réussit le test, figurez-toi.

Il semblerait donc plus adéquat de dire l'inverse, c'est-à-dire qu'un texte qui échoue au test de Bechdel est 'sexiste', ou du moins franchement problématique du point de vue de la représentation des femmes; en d'autres termes, de dire que c'est un test dont les résultats négatifs sont plus significatifs que les résultats positifs.

Cependant, même compris comme cela, le test de Bechdel a ses limites. D'abord, il y a des cas compliqués. Prenons Le jour où je me suis déguisé en fille (The Boy in the Dress), de David Walliams:

Passe-t-il le test de Bechdel? Oui, stricto sensu, mais vraiment pas brillamment: Lisa, l'héroïne, échange quelques mots avec avec sa prof, et plus tard très brièvement avec un groupe de filles. Mais le contenu de la conversation avec les autres filles est vraiment superficiel: il est question uniquement de maquillage et de fringues.

Par contre, quand c'est Dennis qui est déguisé en fille (devenant Denise), les conversations entre lui/elle et Lisa sont beaucoup plus intéressantes et sophistiquées. Mais est-ce alors un personnage masculin ou féminin qui parle? Il est également difficile de dire qu'un livre qui ferait s'évanouir toute la Manif pour Tous pour sa représentation plus que fluide du genre est 'sexiste'.

De plus, il y a personnage masculin et personnage masculin; on peut parler d'un homme parce qu'on veut le mettre dans son lit, ou on peut en parler pour d'autres raisons. Un roman qui suivrait la route de cinq Femen en entraînement intensif pourrait très bien échouer au test de Bechdel.  

Enfin, il y a évidemment des livres qui par définition échouent parce qu'il est crucial pour leur représentation du monde qu'il n'y ait pas ou peu de femmes, ou qu'elles ne parlent pas entre elles, comme La voix du couteau de Patrick Ness.

Donc il vaut mieux comprendre le test de Bechdel non pas comme une 'mesure', positive ou négative, du 'sexisme' d'un livre - et résister à la tentation de faire des 'dénonciations' outrées de ceux qui 'échouent'. C'est plutôt comme une façon d'explorer, de questionner, les rapports entre les sexes dans une histoire. Le test n'a aucun intérêt s'il ne s'inscrit pas dans une réflexion plus large.

Je me demande évidemment souvent si mes propres écrits réussiraient le test de Bechdel, mais pas pour m'auto-censurer; plutôt pour prendre conscience de ce qui est sous-jacent à mon écriture du féminin ou du masculin. Par exemple, pour mes romans ados:
  • Les petites reines réussit sans problème le test (ouf!), car il y a beaucoup plus de deux personnages féminins, qui ont un très grand nombre de conversations, qui souvent portent sur autre chose qu'un homme. 
Souvent, d'accord... mais c'est loin d'être toujours le cas. Une très grande quantité des conversations entre Mireille, Hakima et Astrid, et presque toutes les conversations entre Mireille et sa mère, ont pour objet central un ou plusieurs hommes: Klaus, Philippe Dumont... ou le bébé à venir, qui est... un garçon.

Au-delà des conversations, le test de Bechdel peut être ici élargi aux motivations des personnages féminins. Ici, les raisons pour lesquelles les trois filles font du vélo sont uniquement des hommes: Klaus, le Soleil, et Indochine. Et l'antagoniste, Malo, est aussi un homme et donc un objet de conversation important.

Ce n'est pas anodin d'avoir, dans un roman qui se veut et qui a été caractérisé par beaucoup de 'féministe', de très nombreuses motivations à la fois positives et négatives qui émanent de personnages masculins. Ca m'interpelle donc sur ce que je considère implicitement comme des raisons naturelles d'agir ou de réagir: je dois bien me rendre à l'évidence que je parle dans ce livre de jeunes filles principalement mises en mouvement, poussées à agir, par des hommes.

  • Comme des images réussit, mais tout juste, le test de Bechdel. Mais ce ne serait pas choquant pour moi qu'il échoue, car il est justement question dans Comme des images de l'impossibilité pour les jeunes filles d'échapper au regard des garçons. 
Echouer au test de Bechdel peut vouloir dire représenter de manière réaliste la difficulté pour des femmes d'échanger des paroles non centrées sur leur rapport aux hommes; et cela peut être fait pour dénoncer cette situation.
  • La pouilleuse réussit le test de Bechdel. Mais dans quelles conditions? 

Il y a deux personnages féminins adolescents, mais la seule conversation qu'elles ont qui soit identifiable (il y a aussi des dialogues non attribués) est à propos d'un garçon.

Ce qui fait que le livre passe le test, c'est qu'il y a, d'une part, un épisode de torture psychologique entre une adolescente et une petite fille; et, plus tard, une conversation entre une adolescente et une vieille dame à qui elle donne un bain. On voit bien ici que les deux conversations sont aux antipodes l'une de l'autre et qu'il est difficile d'en tirer des conclusions quant aux aspects, positifs ou négatifs, de ces rapports entre 'femmes'. 

Bref, le test de Bechdel est un outil très intéressant globalement, car il permet de mettre en lumière à grande échelle le manque de personnages féminins et d'interactions entre elles dans les industries culturelles; il est intéressant quand il n'est pas une 'condamnation', mais plutôt un moyen de se poser des questions sur la quantité et la qualité de ces personnages féminins et de leurs échanges.

Je sais que de nombreux/ses lecteurs/trices ici sont auteur/es, alors je serais très curieuse de vous lire dans les commentaires:
  • est-ce que vos/votre livre/s réussisse/nt le test?
  • plus intéressant encore, qu'en pensez-vous? quelles questions et réflexions tirez-vous de ce 'résultat'? 
Et pour ceuzécelles qui sont lectrices et lecteurs, je vous invite à faire de même à propos d'un livre récemment lu...

mercredi 16 avril 2014

Il était une fois une fille qui n'avait pas mis son blog à jour depuis presque un mois

Oui, oui, I know! C'est juste que, je t'explique, d'abord j'étais en vacances dans le nord, à Manchester et ses environs:

oh le beau temps
Ensuite j'étais en vacances en France pour l'anniversaire des 90 ans de mon grand-père:
avec plein de grenouilles
Ensuite c'était le Cambridge Literary Festival, où j'ai rencontré plein de petits zenfants et leurs parents:

moi en train de torturer publiquement des petits lecteurs

z'ai fait un bô dessin
Oui paske les amis, c'était notamment pour célébrer la sortie de mon tout joli Scam on the Cam, le dernier tome des aventures de Sesame Seade!

juste trop magnifique, #quedubonheur
Donc voilà pourquoi mon blog angliche a reçu un peu plus d'attention récemment. Cependant, j'ai trouvé cinq secondes pour écrire un billet de blog en cette triste et joyeuse semaine. Joyeuse, parce qu'il y a du soleil en Anglicheland! Triste, parce que c'est la semaine de l'anniversaire de la mort de ces deux-là:

une petite pensée en forme de guili-guili au chignon










Où en étions-nous? Ah oui. Donc comme je disais, il y a quelques petites nouvelles par-ci par-là. Des nouvelles chroniques pour Comme des images, dont une lecture commune à l'ombre du grand arbre, et puis d'autres par ici:

La littérature jeunesse de Judith & Sophie, 11/03/2014: “Il n’est jamais question de matraquer les ados en leur disant qu’internet c’est le mal. Il s’agit au contraire d’une invitation à la réflexion pour éviter ces situations extrêmes mais de plus en plus fréquentes. Ce roman, c’est aussi des questionnements d’adolescents : des envies d’une autre vie, des personnalités qui se cherchent, des actes irréfléchis, des amours, des amitiés, la pression des études (ici on est au lycée Henri IV à Paris qui forme l’élite de la société)…Ce roman, c’est aussi une fin. Une fin qu’on attend du fait des apartés de la narratrice sur le parcours qui l’a menée dans cet hôpital, mais une fin qu’on n’imagine pas, une fin qui dénote en sortant du fil conducteur de l’histoire tout en étant son dénouement le plus innatendu.”
3 étoiles, 12/03/2014: “Un roman hypnotique et moderne qui décrit avec justesse et intelligence certains travers de la société, les affres de l’adolescence, l’ingérence humaine : le cri primal de l’injustice, le premier non. Enorme premier ***coup de coeur*** roman 2014″.
Sophie lit, 13/03/2014: “J’ai été profondément touchée par le récit de Clémentine Beauvais qui parle d’éléments déclencheurs dans une vie, de prise de conscience, de victimes collatérales, d’amitié manipulée, d’amours adolescentes dans un casse-tête au dénouement tragique.”
Librairie Payot de Genève, mars 2014:
coupdefoudre 
L’ouvre-livres, 14/03/2014: “Mêmes vêtements de luxe, même tennis Bensimon et surtout, surtout : même avenir, même futur formaté, même parcours prévu. Tout est déjà gravé dans la pierre du prestigieux établissement….Ce roman traite de sujets contemporains avec une intelligence qui vous saute à la figure à chaque chapitre. Rien n’y est mièvre ou pleurnichard. Sans pathos, mais avec pleine conscience de notre époque, Clémentine Beauvais nous offre un texte subtil, vrai et dramatiquement probable. Lu en un soir et une pause-déjeuner, dévoré mais pas près d’être digéré.”
La mare aux mots, 14/03/2014: “Souvent dérangé (mais ça fait du bien, parfois, d’être un peu bousculé), on assiste à des scènes parfois dures, parfois violentes. Clémentine Beauvais nous raconte la jeunesse des quartiers huppés, dans lycées aux taux de réussite au bac proche des 100%”.
Livresse, 15/03/2014: “Mais de quoi s’agit-il ? Comment un petit livre de deux cents pages peut-il susciter un tel émoi ? Parce qu’il est criant de vérité, parce qu’il véhicule des messages que chaque adolescent devrait recevoir en son sein.”
Livresquement, 21/03/2014: “A l’image de sa première phrase d’accroche, l’ensemble du livre est incroyablement prenant. Une fois commencé, croyez-moi, vous ne le lâcherez plus !“
CRDP de Paris, 31/03/2014: “Une fois de plus les réseaux sociaux sont mis en cause. Quelle part d’intimité peut-on y dévoiler ? Que faire en cas de violation délibérée de son intimité ? Comment Léo va-t-elle s’en sortir ?Jusqu’à la fin le lecteur croit le savoir. Pourtant il se trompe, l’auteure a choisi de brouiller les pistes pour le surprendre. Un roman qui met en scène des adolescents déshumanisés par leur milieu social. Un regard sur la vie qui changera peut-être les idées reçues.”
Croque les mots, 31/03/2014: “Comment une intrigue aussi simple peut être autant frappante ? Pourquoi un tel sujet nous touche autant ? Peut-être parce que nous sommes la génération touchée en plein coeur…. Ce petit livre est énorme par son fondement. L’auteure a un style qui sait nous toucher profondément, qui sait nous concerner, et surtout : Qui sait se moquer de nous. Je ne m’attendais pas à ce que l’histoire prenne une telle tournure. J’ai été tellement perturbée par cette fin, ces derniers pages qui ont su me rendre bouche bée, et me faire refermer le livre avec pour seule parole le silence. Cette fin géniale.”
Mirontaine, 09/04/2014: “Beaucoup de pertinence et d’intelligence dans ce roman qui au-delà de l’intrigue met en scène des dialogues percutants, vifs avec des références intertextuelles puissantes. A mettre sur toutes les tables de CDI, de chevets, sur les paillasses des salles de science.”
Aziquilit, 15/04/2014: "Le mal-être des adolescents, les dérives des réseaux sociaux, l’estime de soi sont les thèmes abordés par ce magnifique roman."

Je suis parfaitement estomaquée du nombre et de l'intensité des réactions à ce livre, et je remercie encore les blogueurs et blogueuses très très bas jusqu'à en toucher la moquette avec le bout de mon nez. 



Sinon, j'ai des petits truczéchoses en préparation, à divers degrés de probabilité. En vrac:
  • une application d'album pour iPad (probablement)
  • des vrais albums (peut-être)
  • un livre déjanté pour 8-11 ans (probablement)
  • un roman pour adultes sombre et psychologique avec un vrai message social et politique candidat au prix Goncourt de l'année prochaine (pas du tout)
Je vais promis écrire des billets un peu plus consistants sur ce blog bientôt, car je sais que vous mourez tous d'impatience de lire des trucs compliqués de théorie littéraire philosophico-masturbatoire au lieu de regarder des photos de ma bobine et des autoportraits mal dessinés sur des post-it. En attendant, je retourne à un article que je dois finir pour bientôt.

Bises à tous,

Clémentine

lundi 10 mars 2014

Des mots sur les miens

Ca fait un mois et quelque que Comme des images est sorti et les chroniques sur Internet s'accumulent, et moi de mon côté de la Manche voici un résumé de my life:

mes collègues s'en foutent ils l'ont pas lu et ils parlent pas français

mon copain fait genre il s'en fout pas parce qu'il est gentil, mais il s'en fout un peu quand même
Mais quand même elles sont très, très, très bien ces chroniques et je suis stupéfaite et ravie qu'il y en ait autant, et je veux vraiment remercier les blogueuses et blogueurs qui prennent le temps de lire le livre et de faire des commentaires aussi détaillés... c'est aussi incroyablement utile et éclairant pour moi de voir ce qui a plu, déplu, perturbé et choqué. J'avais déjà fait un billet de blog sur les premières chroniques ici, voici la dernière moisson:

Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait LIVREsse, 23/02/2014: “Une lecture qui trotte en tête et qui vous rappelle qu’il faut plus que jamais regarder au-delà des apparences et renouer une solidarité interpersonnelle perdue. Un texte moderne où l’auteure mélange avec art réflexions de sa narratrice et documents variés, règlement d’ordre intérieur, conversations instantanées sur Facebook, etc.  Le tout formant un récit vif qui vous entraîne toujours plus loin dans la découverte des travers de notre société individualiste. Un roman qui plaît énormément mais qui dérange tout autant puisqu’il appuie là où ça fait mal!”
Le chat pitre, 24/02/2014: “Nos tables de libraires ne manquent pas de romans se déroulant  entre les murs des lycées et des  pensionnats.  Mais il est rare de trouver un ton aussi juste, que ce soit pour parler des amitiés et des amours qui se lient et qui se défont,  ou des angoisses liées à la pression d’un système scolaire et d’une société faisant de la compétition une valeur absolue. Les enfants sages de Clémentine Beauvais sont loin de ressembler à des images. Leurs émois et leurs déconvenues s’inscrivent dans leurs chairs et cela peut faire mal.”
Entre nous, 26/02/2014: “Encore un livre sublime de la collection Exprim’. Commencé et lu d’une traite…”
A voir et à manger, 27/02/2014: “Henri IV a une solide réputation d’enfer sur terre, mais c’est surtout vrai du lycée qui ne forme pas des lycéens, mais les futurs étudiants en grandes écoles. Le bac n’est pas un objectif, mais une formalité et on ne considère ici la réussite qu’à la mention Très Bien. Clémentine Beauvais a été une lycéenne de Henri IV et même si Comme des images n’a absolument rien d’autobiographique, on sent bien qu’elle s’est inspirée de ses propres expériences pour enrichir son roman. C’est sans doute ce qui est le plus intéressant, au-delà de l’anecdote et au-delà des tracas, sentimentaux ou non, de jeunes filles en seconde.”
Biblioado, 24/02/2014: “Une réflexion sur l’adolescence, sur le milieu scolaire et la pression qui peut y voir le jour. Une réflexion sur l’amitié, sur les sentiments amicaux, leur sincérité, leur valeur, réflexion sur la vie des ados et de la violence qui peut envahir leur univers (moquerie, harcèlement). Un roman sans concession qui nous tient en haleine.”
En passant, 02/03/2014: “En tombant de haut, quelqu’un vient de faire sauter le puzzle de sa vie. Elle va essayer d’en rassembler les morceaux pour nous aider à le reconstituer, à petits coups d’analepses. Il va être beaucoup question d’images, le titre ne ment pas : d’image de soi, d’image que l’on donne aux autres, que les autres fabriquent de vous, qu’ils diffusent, qu’ils détruisent, qui se conservent quand même, auxquelles on voudrait échapper (mais on ne peut pas). Sage comme une image ? Oui, à devenir folle. Pour un peu, dans ce monde, on ne serait « plus une personne, mais une image ». Société du spectacle, annonçait le prophète Debord.”
Les lectures de Bouch, 03/03/2014: “Je ne sais pas par où commencer. Ce roman, terriblement court, m’a bouleversée. Après en avoir tourné la dernière page, je suis restée cinq bonnes minutes, là, le bouquin entre les mains, complètement hébétée. Parce que ce roman n’est pas seulement une histoire de vengeance puérile. Il ne nous met pas uniquement en garde contre les méfaits des réseaux sociaux. Non, ça, c’est plutôt la coquille, le voile qui l’englobe. Il parle avant tout des adolescents. De ces adolescents complètement livrés à eux-mêmes, et de leurs parents, totalement déconnectés de ces enfants.”
Spleen La Jeune, 05/03/2014: “On pourrait croire que ce roman traite du cyber-harcèlement, des conneries que font les adolescents … On pourrait croire que ce roman aborde des thèmes qui ne concernent que cette horde d’adolescents débiles. On pourrait mais ce serait se tromper. Comme des images va plus loin, Comme des images est plus profond. Ici, il est question de communication … La Communication. Parents-enfants. Professeur-Enfants. Entre potes. Toute communication. Il est plus facile de balancer quelques conneries que de parler de ce qui agite nos tripes. Il est plus facile de prétendre être que d’être réellement.”
Batifolire, 06/03/2014: “Engouement mérité sur la toile et les réseaux sociaux pour ce roman qui aborde justement le sujet de nos nouveaux modes de communication et les effets pervers qu’ils peuvent avoir.“
L’antre des livres, 07/03/2014: “Aux premiers abords on pourrait croire que c’est un roman qui dénonce le cyber-harcèlement et le danger des réseaux sociaux et d’internet. Ce qui est faux. Bien sûr, on y pense en le lisant, mais ce que ce livre semble pointer du doigt en premier lieu, c’est la course à la réussite, la pression qui est mise sur les frêles épaules des élèves, dès le collège. Et à cela s’ajoute l’importance que l’on donne à la réputation et à l’image, au paraître.”
Le tiroir à histoires, 07/03/2014: “Comme des images est un roman contemporain, ancré dans l’ère 2.0, comme en témoigne sa narration originale, vivante, empruntant volontiers et judicieusement les codes des  nouvelles formes de communication. S’il est question, en toile de fond, de notre rapport nouveau, obsessionnel, voyeur, exhibitioniste, amoral, superficiel à l’image numérique, c’est d’autres images qui sont pointées du doigt : Les images que nous choisissons d’être, ou de chérir, les images des autres et de soi, dans tout ce qu’elles ont de fascinant, d’illusoire, de factice. Et plus pernicieusement, les rapports artificiels qui en découlent.”
A-lu-ciné, 10/03/2014: “Un livre efficace qui se lit très vite et qui marque. Un roman à placer sans nul doute entre beaucoup de mains et notamment celles des ados (et des adultes) qui ne mesurent pas bien l’ampleur des dégâts que peut causer une malheureuse toute petite vidéo postée sur le net.”
Etincelles de plume, 10/03/2014: “Pour vous expliquer l’ambiance de ce roman, la couleur bleu est un bon début. Bleu clair, plus précisément. Car ” Le verre n’est jamais si bleu qu’à sa brisure – Les yeux d’Elsa d’Aragon” ; car le bleu est la couleur dominante sur la couverture; car c’est un monde coincé, qui, en une journée, va éclater en morceau, révélant les vérités, les dangers, la vraie vie… Ce roman est indescriptible, et pourtant, je m’acharne à vous le décrire… Le diagnostic est clair: vous devez le lire. Comme des images est un coup de coeur, un coup de coeur qui marque, horrifie, fascine… Il se lit vite – une soirée pour moi – mais reste gravé en vous par la suite.”
 
La bouquineuse, 10/03/2014: “Un excellent livre car je n’avais jamais ressenti un trouble pareil en refermant un roman. J’étais littéralement perturbée. Et je  pense que je n’oublierai pas cette histoire de sitôt.”
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J'ai aussi donné quelques interviews/ entretiens au sujet de Comme des images et de l'écriture récemment: 
  • Interview pour le Suricate Masqué sur l’écriture (Mars 2014)
  • Interview pour le blog Le souffle des mots sur Comme des images (Mars 2014)
  • Interview pour le blog Jeblo sur Comme des images (Février 2014)
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Et c'est pas tout... regardez ce qu'un centre culturel en Normandie a mis en place pour promouvoir Exprim'!

avec mes très grandes plongeuses en background

Voilou c'est tout!

Ceci était un message du service chargé de l'entretien du petit nombril de Clémentine Beauvais. La livraison normale de billets non-autopromotionnels reprendra mercredi.