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vendredi 29 janvier 2016

Traductions à gogo

Juste un petit mot rapide (et dimanche, promis, un vrai billet!) pour annoncer quelques trucs très chouette au rayon traductions:

- Le second tome des Royales Babysitters, Les Royales Demoiselles d'Horreur (titre génialissime, dû à la non moins exceptionnelle Amélie Sarn), est sorti le 13 janvier. Je dois dire que je m'étais totalement emmêlé les pinceaux et pensais qu'il sortait en avril! donc ça m'est passé au-dessus de la tête. Je ne l'ai pas encore reçu donc pas encore lu, mais il se murmure qu'il se déroule en Francie, où, mandatés par l'étrange Mademoiselle Malypense, Holly, Anna et Pépino doivent aider à organiser le mariage de la princesse Violette avec le très blafard Comte Dentu de Romanie. Je vous en dis plus dès que je l'ai!


- Les petites reines, déjà vendu en Allemagne, a été vendu en Grande-Bretagne (!!!) à Pushkin Press. C'est moi que je vais faire la traduction. Non, je n'ai aucune idée de comment je vais traduire boudin. Non, je ne sais pas quel va être le titre. Non, aucune idée de comment je vais traduire les blagues et tout. Mais tu sais rien en fait? Non pas encore tavu j'ai pas eu le temps de m'y mettre.

Et oui, l'histoire se déroulera toujours en France, évidemment (question passablement idiote qui m'a été posée plusieurs fois; désolée, chers amis qui me l'avez posée, je vous adore mais c'est quand même une question idiote).

C'est mon tout premier livre à traverser la Manche dans ce sens-là. C'est qu'elles ont des mollets, Mireille et les deux autres...
 
- Et last but not least, ma chérie Sesame, héroïne de ma toute première série anglaise Sleuth on Skates (une détective en patins à roulettes) va chausser ses rollers pour venir rencontrer des petit/es lecteurs et lectrices français/es!


Les droits des deux premiers tomes ont été vendus à Rageot. J'ai immensément hâte que vous rencontriez (enfin!) ma petite Sesame, qui a été très appréciée des mini-Angliches et pour laquelle je reçois jusqu'à ce jour des lettres d'Angleterre, des Etats-Unis et d'Allemagne...

Non, c'est pas moi qui fais la traduction!

see ya

Clem

samedi 12 septembre 2015

Des pages qui se tournent

Oui ça fait très longtemps que je n'ai pas écrit sur ce blog! je reviens bientôt, promis, avec même une petite série de trucs que je suis en train de préparer. En attendant, quelques nouvelles en vrac.

La grosse nouvelle de début septembre, c'était la signature du contrat de vente des droits cinématographiques des Petites reines. J'ai été sidérée de voir depuis la sortie du livre que certaines maisons de production étaient intéressées. On s'est mis d'accord - Phi-Anh NGuyen, qui est l'agent ciné extraordinaire de Sarba, a mené les opérations - avec un couple producteur-réalisateur dont on avait adoré les premières productions. C'est donc Lionceau Films qui a acheté les droits, et Benjamin Guillard est en charge de l'adaptation. Benjamin et moi avons un imaginaire et un humour étrangement similaires, donc à mon avis ça va bien se passer...

Pour fêter ça, voici quelques vélos récoltés cet été:

la petite reine couverte de 100 000 canards...

un vélo tricoté

des tas de coureurs cyclistes

eh oui, j'étais à Amsterdam.
A la rentrée je suis allée à la fête de l'Huma dédicacer en compagnie, entre autres, de Benoît Minville et de Claudine Aubrun. J'y ai rencontré le charmant Tom, du blog La voix du livre, qui est venu nous voir spécialement là-bas.



Ensuite voici des nouvelles de La pouilleuse, lui aussi sorti en allemand chez Carlsen (qui ont aussi acheté les droits allemands des Petites reines)

la couv un poil angoissante

traduction d'Annette von der Weppen

et puis aussi des nouvelles du troisième tome de mes aventuriers britons, qui vont cette fois en Américanada pour le Royal Bake-Off (le royal concours de pâtisseries!)

sont beaux tous les trois ensemble, non?

et puis aussi, tant qu'on y est, la nouvelle rigolote que le deuxième tome, The Royal Wedding-Crashers, sera traduit en français sous le nom Les royales demoiselles d'horreur. L'occasion de tirer mon chapeau (melon) à Amélie Sarn, qui traduit magistralement cette petite série.

J'ai aussi reçu une Louve en coréen!



Et puis d'autres pages qui se tournent, et d'autres horizons qui s'ouvrent: j'entre dans ma dixième année en Anglicheland, et cette dixième année me verra changer de ville. Car j'ai obtenu un poste de lecturer, sur trois ans, à l'université de York, où je commencerai en janvier 2016.

je vais pas trop être dépaysée: passage d'une ville médiévale sublime à une autre ville médiévale sublime
moi, tranquilou sur les remparts de ma nouvelle ville
J'y enseignerai des tas de choses que j'aime, à l'intersection de la philosophie et sociologie de l'éducation, et des études littéraires. C'est une grande étape pour ma carrière universitaire et je suis extrêmement heureuse d'avoir obtenu ce poste.

A bientôt pour d'autres nouvelles et d'autres billets, donc!

mercredi 15 juillet 2015

Mon bébé royal a traversé la Manche

Jeu des sept erreurs: sauras-tu trouver les différences entre ces deux couvertures? 


Les Royales Baby-sitters - Tome 1 - Les bébés, ça pue !

... gagné! la deuxième est plus jaune! 

Je vous présente Les royales baby-sitters, qui sort aujourd'hui chez Hachette Jeunesse. Un livre pas tout à fait new pour moi, et en même temps totalement nouveau, puisqu'il s'agit d'une traduction de mes Royal Babysitters anglais, sorti l'année dernière chez Bloomsbury, et illustré par Becka Moor. 

(Non, la traduction n'est pas de moi, elle est d'Amélie Sarn. Et non je ne l'ai pas encore lue car le bouquin n'est pas encore arrivé!)

C'est la toute première fois, tou-toute première fois, first time ever que l'un de mes livres traverse la Manche! Les deux marchés sont très différents (billet de blog à ce sujet ici!), et j'écris de manière très différente en anglais et en français. 

Alors, dis, keskispass dans les Royales baby-sitters?

C'est le premier volet d'une trépidante histoire en quatre temps. L'histoire d'Holly et d'Anna, d'abord, qui voudraient bien partir en vacances (elles ont vu une pub pour des vacances de folie: plongée sous-marine dans un volcan, construction de fusée spatiale, hôtel dix étoiles), mais qui n'ont pas du tout d'argent (leur mère écrit des abécédaires, et elle est payée £1 par lettre; peu de chance qu'elle ait un jour une augmentation). Il faut donc que les deux soeurs se trouvent un job d'été. 

Holly et Anna. Et un bébé pendu par le pied.
Or, il y a justement une petite annonce de job d'été dans leur village (oui, ça se passe dans un monde magique où les gens trouvent du travail): baby-sitters royales. C'est en effet le jour de congé annuel du roi et de la reine de Brittonie. Ils ont juste besoin de quelqu'un de très qualifié, ou alors sinon de pas très qualifié, ou alors en fait de pas qualifié du tout, pour s'occuper de leurs... euh... sextuplés. Le truc facile, c'est qu'ils s'appellent tous Bertie. Le truc moins facile, c'est qu'ils sont survitaminés et doivent être promenés en laisse. 

et ont parfois les fesses à l'air.

Alors qu'Holly et Anna se démènent à baby-sitter ces six affreux petits princes, elles doivent aussi apprendre à composer avec leur grand frère, le prince Pépino. Pépino n'a pas d'amis; il a essayé d'en attraper en les attirant dans un piège avec des cupcakes comme appât, mais ça ne marche pas très bien. Holly et Anna réussiront-elles à supporter l'insupportable Pépino et à devenir amies avec lui? (SPOILER ALERT: c'est probable)

la montre de Pépino, qui indique toujours qu'il est l'heure de manger une glace.

Ah oui et donc en même temps (tu suis? c'est censé être pour les 6 ans et plus cette histoire) qu'Holly et Anna surveillent les sales mioches et essaient de gérer le grand frère, le roi Oroméoroméo de Danelandie, qui a entendu dire que le roi et la reine de Brittonie sont en congé, décide d'envahir le pays et de transformer tout le monde soit en esclaves soit en boulettes de viande. 
le terrifiant Oroméoroméo

La journée d'Holly, Anna et Pépino s'annonce difficile. 

Mais pas désespérée. 

Il y aura de l'action, des projectiles divers et variés (bébé porc-épic, fromages, Pépino lui-même, etc.), un serpent, des sirènes-robots, et bien entendu une étoile de mer qui fait du surf. 

Je vous laisse découvrir cette histoire so british ! Et n'oubliez pas: la vache ne peut pas descendre les escaliers. Je répète: la vache ne peut pas descendre les escaliers.


samedi 7 février 2015

Ecrire en bâillant

Après tout, me disais-je, peut-être le plaisir qu’on a eu à l’écrire n’est-il pas le critérium infaillible de la valeur d’une belle page; peut-être n’est-il qu’un état accessoire qui s’y surajoute souvent, mais dont le défaut ne peut préjuger contre elle. Peut-être certains chefs-d’œuvre ont-ils été composés en bâillant. (Proust, A l'ombre des jeunes filles en fleurs, p.374)
Alors, les ami/es, question du jour: écrit-on toujours mieux quand on est tellement passionnée qu'on n'arrive pas à s'arrêter, que l'aurore darde ses doigts de rose par la fenêtre et qu'on s'aperçoit soudain (parce que le robinet de la salle de bains n'a pas été fermé et qu'on a les pieds mouillés par une inondation généralisée) qu'on n'a pas donné leur biberon aux triplés, que le chien a chié partout dans le salon, que le mari s'est barré avec la voisine du dessus et qu'un avion de la TransAsia s'est écrasé dans les hortensias du jardin?

A mon avis, non; on n'écrit pas forcément de meilleurs textes, qui passionneront plus les lecteurs, si on n'est pas toutes les trente secondes en train de regarder sa montre. Je ne dirais pas qu'être passionné n'aide pas - notamment parce que si ce qu'on écrit nous intéresse vraiment, on est, me semble-t-il, plus réceptif parfois à des idées vives et originales, ce qu'on appelle benoîtement l'inspiration. Mais ce que j'ai remarqué au fil des années, c'est qu'il y a finalement peu de corrélation entre les bouquins que j'ai vraiment adoré écrire et ceux qui fonctionnent vraiment avec les lecteurs.

Prenez par exemple La plume de Marie, qui reste l'un de mes meilleurs souvenirs d'écriture. J'ai adoré écrire ce livre. Je l'ai écrit en retenant mon souffle, complètement emportée par ma propre écriture. Je revenais à mon moi clémentinesque de sixième-cinquième, quand, fascinée par le théâtre classique, j'engloutissais tout Racine, Corneille et Molière et m'inventais dans ma tête des dizaines de scènes en alexandrins rimés sur le chemin du collège. J'étais à fond dedans.

oui j'étais très cool comme ado.
C'est donc avec moult pincements au coeur que je lis des chroniques de ce petit bouquin m'affirmant qu'il a été écrit 'pour correspondre aux programmes scolaires', ce qui est parfaitement faux. De nombreux lecteurs l'ont lu comme un exercice intellectuel d'une profonde sécheresse, alors que pour moi c'était véritablement un élan affectif, presque amoureux. En gros, ça a foiré.

tristesse infinie
Autre exemple, totalement opposé: La pouilleuse, qui a été difficile, lent et pas très plaisant à écrire. C'est un livre sombre, je l'ai abandonné après une semaine, repris un an plus tard, fini plutôt par sens du devoir que par passion; envoyé sans grande conviction à des éditeurs, qui tout de suite ont mordu. Et ça reste le livre dont on me parle le plus comme d'un roller-coaster, hyper prenant, etc. Quand je l'écrivais, pourtant, il n'avait rien d'hyper prenant, je vous demande de me croire.

Ensuite il y a les livres qu'on n'a pas aimé écrire ET qui ne marchent pas bien: la loose internationale. Je vais pas m'autocrucifier en donnant des exemples de mon propre corpus, mais il y en a.

Et puis l'idéal: un livre qu'on a adoré écrire, et pour lequel les lecteurs montrent un enthousiasme similaire. Ca ne m'est arrivé pour l'instant qu'avec mes petits Sesame Seade anglais, que j'ai écrits avec une joie absolue et en rigolant toute seule, et qui fonctionnent avec beaucoup d'enfants. C'est un immense plaisir de rencontrer une résonance comme ça, et ce n'est pas courant.

tout le fun et zéro de pas bien
Donc, des cas de figure très différents, des livres qu'on adore et qui ne marchent pas, des livres qu'on n'a pas aimé écrire et qui touchent une corde sensible. Il y a beaucoup d'incompréhension entre auteur et lecteurs. Des moments ou quelqu'un nous parle en bien d'un de nos livres qu'on n'aime pas trop, et on a envie de dire mais arrête, kestufous, lis celui-là plutôt! Des moments où un lecteur nous dit qu'il a préféré tel passage, qu'on a dû réécrire mille fois, sans passion et sans enthousiasme, un travail peu gratifiant, cérébral, inintéressant. Et au contraire, des lecteurs qui n'aiment pas - mais comment PEUVENT-ILS ne pas aimer? - des pages passionnelles et emportées par l'inspiration.

J'ai relu récemment les épreuves de The Royal Wedding-Crashers, qui sort en mai et qui est la suite des Royal Babysitters. Très franchement, ça a été une totale pain in the a## d'écrire ce bouquin. J'en ai bavé. Panne d'idées, impossibilité de lui faire faire ce que je voulais, etc. Une vraie corvée. Et ensuite, un travail éditorial monstre (enfin, rien comparé au travail Tiboesque, hein), boring et tedious.

je te hais, mais finalement je t'aime bien

Et pourtant, en lisant les épreuves... Je me suis dit hé bien, ça fonctionne nickel. It works. C'est un livre énergique, fun et insolent, meilleur d'ailleurs que les Royal Babysitters. Où sont les cicatrices de mes traumatismes d'écriture? Le texte les a résorbées.

Personne n'en saura jamais rien.

Ah oui, sauf que je viens de l'écrire sur mon blog, dammit.

Et vous alors, qu'est-ce que t'en penses?

samedi 3 janvier 2015

Bonne Année, casse-toi pas le nez

Salut, très nombreux et nombreuses lectrices et lecteurs de ce blog en perdition!

J'espère que ce troisième jour de l'année 2015 a fini de détruire pour de bon toutes ces bonnes résolutions très neuneu que vous avez prises après le troisième verre de champe le 31 au soir, surtout 'Arrêter de lire des blogs'. Personnellement, j'ai passé un très joyeux Noël et fort bon réveillon, et j'ai eu tellement de bouquins en cadeau (les gens ont l'air de croire que j'aime lire LOL) que je n'ai pas pu tous les rapporter dans mes valises. J'ai eu notamment le dernier Nicolas Grimaldi; un jour je vous dirai ma passion pour Nicolas Grimaldi, si vous avez deux ou trois semaines à tuer.

Moi aussi j'ai offert de nombreux bouquins à ma petite filleule, dont:

concentré absolu de rigolade

l'enfant étant, ce qui est compréhensible, obsédée par Zébulon


en même temps, qui n'a PAS offert cet album à Noël?

J'en profite pour vous faire part de ce joyeux add-on: Amazon Killer, inventé par un jeune Frenchie, qui vous permet de chercher des livres sur Amazon et ensuite de les acheter chez un vrai libraire! Là c'est la version pour Mozilla, si t'es sur Chrome ben tu cherches avec tes petits doigts, je vais pas non plus tout faire pour toi.

Il m'est aussi arrivé les choses suivantes:

1) Je me suis pété une côte! Je suis magnifiquement fière de moi car je ne l'ai pas fracturée bêtement en combattant un grand balèze qui essayait de voler le sac d'une vieille dame; non non, je l'ai cassée à la seule force de ma toux surpuissante. Du coup je vais passer janvier au lit avec ma nouvelle pote la bouillotte à pois multicolores:

"t'as de jolis cernes tu sais?"

2) J'ai fini d'écrire The Royal Bake-Off, le troisième tome de ma série pour Bloomsbury. Ca a été une véritable promenade de santé. FAUX! Ca a été un calvaire abominable. J'écrirai un article de blog un jour ou l'autre, sur mon lit de douleur, sur ce qui se passe quand on est 0% motivée pour écrire un bouquin parce que c'est affreusement difficile. Enfin bon, it's over, thank goodness. Jusqu'à ce que les corrections arrivent.

Rappel des couvertures par Becka Moor qui sont quand même fortement fun:




Ca me fait penser qu'il faut que je vous mette au jus que ces royales baby-sitters paraîtront en français chez Hachette cette année! (pas traduits par moi, je précise)

3) Je finis les corrections sur Les petites reines, mon prochain Exprim' chez Sarbacane. On a des combats féroces avec Tibo, notamment sur les questions suivantes; n'hésitez pas à me donner votre avis éclairé:

- Indochine est-il un groupe rock, pop, pop-rock? ou de tektonik?
- Est-il vraiment nécessaire d'avoir une play-list musicale pour un roman ado?  (niet)

Le mot d'ordre pour cet Exprim'-là, c'était:



Mais bon, j'ai quand même mis aussi de la cruauté gratuite parce qu'il ne faut pas non plus exagérer. 

4) Un autre bouquin fini expédié, c'est le splendide Lettres de mon hélicoptêtre, toujours chez Sarba, avec la magique Anne Rouquette, qui sortira en février. Regardez-moi cette couverture de haut vol (c'est le cas de le dire):



Ce sera vraiment un bel album et j'en tremble de fierté telle la maman d'Einstein. Le pitch: une petite fille se fabrique un hélicoptêtre et va courir le monde en compagnie de son chat. En chemin, elle écrit des lettres à ses parents restés bêtement en France! Heureusement, elle reviendra quelques jours plus tard pour le thé... avec quelques invités!

Bon, je vais en rester là pour le moment et vous promettre comme d'hab des billets moins autocentrés dès que possible.

BONNE ANNéE!

samedi 13 septembre 2014

Ecrire pour les petits choux mignons avec des dents qui manquent

Ces jours-ci j'ai un petit bouquin anglichois qui sort, du doux nom des Royal Babysitters (les babysitters royales au cas où vraiment t'es pas doué en traduction). Je vous ferai remarquer que la duchesse de Cambridge elle-même a salué l'arrivée de ce petit bouquin en ayant l'extrêmement bonne idée de tomber enceinte d'un deuxième royal baby. Je précise que je n'ai rien à voir avec la conception de ce monarchique enfant, d'ailleurs je sais même pas comment on fait des trucs genre enfants, il paraît que c'est beurk.

faire un livre par contre c'est pas beurk faut juste taper sur des touches d'ordinateur jusqu'à ce que ça fasse des mots qui veulent dire quelque chose, ensuite tu les attaches en phrases et voilà fini

Donc ce petit bouquin marque, après mes Sesame Seade et aussi mon Pépix qui sort l'année prochaine, Carambolanges: L'affaire Mamie Paulette (où il est question d'anges et angéliquement illustré par Eglantine Ceulemans), un moment de ma cârrière littérâire fortement intéressant puisqu'il s'agit du passage de 'rhô là là Clémentine elle est sombre et politique' à 'aaaah enfin c'est doux mou mignon et chou avec des trucs où on rigole'. Je ne démens pas qu'il s'agit là d'un changement assez radical qui me ramène avec nostalgie aux lectures de mon enfance, entre Fantômette, Fifi Brindacier, Tintin, le Petit Nicolas, Tom-Tom et Nana et autres Bennett et Astérix.

ceci est un dessin mirifique d'Eglantine comme tous ses dessins d'ailleurs

Oh là tiens d'ailleurs! dis donc! je vous ai montré mon nouveau bracelet Fantômette? non? alors le voilà:
on a le droit d'être jaloux
 Revenons à nos moutons. Donc, ce billet concerne l'écriture pour les petits choux mignons avec des dents qui manquent, autrement dit les charmants mouflets que certains d'entre vous, chers lecteurs et chères lectrices, avez eu la bonne idée de produire énergiquement (j'imagine) il y a de cela sept à onze ans.


après bon il y en a certains qui sont un peu plus dérangés que d'autres, ex. ma soeur
Ce type de littérature s'appelle en Anglicheland 'middle grade fiction', et ce qui est intéressant c'est que ça décolle carrément en ce moment - non pas qu'on en écrive plus (il y en a toujours eu beaucoup) mais ce type de bouquin gagne enfin ses lettres de noblesse. Il faut dire que depuis des années, dans les pays anglo-saxons, les blogs spécialisés en littérature jeunesse et les grands prix se focalisent presque uniquement sur les albums ou les livres ados, avec un gouffre vertigineux entre les deux.

Mais il y a quelques mois, de nombreux auteurs ont commencé à faire valoir la 'middle grade fiction' ('MG' pour les intimes) comme une littérature essentielle, formatrice, pas seulement une littérature de transition. Les 'MG authors' du Royaume-Uni comme moi se regroupent désormais dans une antichambre de Twitter signalisée par son propre hashtag (#ukmg, #ukmgchat) et on a des rendez-vous secrets, par exemple à Londres ce samedi, avec notre propre poignée de main maçonnique.

En France, heureusement, il ne me semble pas que la situation de la fiction pour enfants de primaire soit aussi lamentable que dans les pays anglo-saxons. La plupart des blogs jeunesse chroniquent beaucoup de petits romans et de romans illustrés qui ciblent ces âges-là, vous ne trouvez pas? C'est mon impression en tous cas.

Puisqu'on est sur le sujet, voilà certaines choses top-secrètes que j'ai découvertes en commençant à écrire pour les enfants taille école primaire - et qui forment les joies et les contraintes de l'écriture pour les moyens-petits.
  • Comment ne pas se retrouver avec un bouquin 'pour les filles' ou 'pour les garçons'
Ca, c'est pour moi LE problème de la littérature pour cette tranche d'âge-là. Les livres pour les 7-11 ans, encore plus que pour les tout-petits ou les très grands, sont hyper divisés. Le truc classique:
- J'ai un petit neveu mais il va pas aimer vos histoires, là.
- Ben pourquoi pas? C'est des histoires de détective.
- Oui mais c'est une fille la détective, il va pas pouvoir s'identif-...raahhhhhgghhh-
- Oups pardon je vous ai arraché la tête par accident.
Le problème étant que même quand on dit et répète qu'on NE VEUT PAS UN LIVRE GENRé et qu'on écrit une histoire qu'on considère parfaitement dégenrée, l'éditeur dit oui oui bien sûr et au final on se retrouve quand même avec une couverture rose à paillettes ou bleu marine métallisé, et les chroniques se succèdent qui annoncent 'une histoire qui devrait plaire à toutes les petites filles' ou 'qui va enfin faire lire les petits garçons'.
alors que moi je veux des livres pour toutes les petites billes et tous les petits glaçons
Ca m'hallucine toujours que les éditeurs coupent volontairement 50% de leur lectorat potentiel de cette manière, mais cibler l'un ou l'autre genre est apparemment toujours une stratégie gagnante. 

Alors comment faire? Franchement, à part envoyer dix mille emails au moment de la couverture en disant retire le rose, enlève les fleurs, change la typo et bon Dieu mais ARRETE de dire aux journalistes que c'est pour les filles!!! , y a pas grand-chose à faire. Cela dit, j'ai été plus ferme avec les Royal Babysitters qu'avec Sesame, et ça a payé. Naïvement, j'avais cru que Sesame, étant une série de détective à 0% de girlytude, n'allait pas être classé en lectures pour filles. J'avais tort: une ligne de rose en haut de la couv et un personnage central féminin ont suffi à l'estampiller 'fille'. Avec les Royal Babysitters, j'ai demandé à ce qu'on centre le personnage masculin, à alterner bébés et monstres marins, et à ne mettre ABSOLUMENT PAS DE ROSE. La couv est bien plus neutre et le 'pitch' aussi.
  • On évite de commencer une histoire avec une fillette morte d'une attaque de bête sauvage
Dans la première version de Carambolanges, Nel, l'ange pilote de taxi qui fait la liaison entre terre et ciel pour accompagner les âmes défuntes jusqu'au Paradis (ou alors jusqu'à l'Enfer si c'est par exemple un criminel de guerre, une tueuse en série ou l'éditeur de Valérie Trierweiler), Nel, donc, allait chercher une petite fille de dix ans qui venait de se faire tuer par une bête sauvage dans les bois. Les deux s'engageaient ensuite dans une grande enquête pour savoir exactement ce qui s'était passé.

Or, il est apparu lors de ma première conversation téléphonique avec Tibo de Sarbacane (c'est bien, ça fait noble 'Tibo de Sarbacane' enfin il faudrait l'écrire 'Thibault' quand même) que ledit T. de S.  n'était pas à 100% chaud pour qu'on ait une héroïne de 10 ans qui s'était fait déchiqueter la moitié du cou. Malgré le fait que le bouquin préféré de T. de S. est American Psycho, c'était pas le bon contexte pour ce personnage.
pas pépixable en tant que tel
Alors qu'est-ce qu'on a fait? Tibo a suggéré de transformer la gamine de 10 ans en vieille dame de 93 ans. Non seulement on contournait le petit problème de l'héroïne gamine toute morte, mais en plus on avait un personnage beaucoup plus comique dans l'aventure (une mamie en taxi volant, c'est mieux qu'une petite fille en taxi volant). J'ai donc réécrit l'histoire entière, et l'innocent flirt de Nel et de la fillette s'est changé en relation avec une sacrée grand-mère.

En Angleterre les prescripteurs sont hyper sévères sur ce qui est acceptable ou pas en termes de violence, de mort et de souffrance dans les bouquins pour primaire. En gros, la violence imagée ou grotesque à la Tex Avery, ça passe; la violence réaliste, non. Dans mon Royal Babysitters, le roi envahisseur veut maintenant transformer ses ennemis en boulettes de viande (OK pas de problème), alors que dans la première version du manuscrit il voulait les éventrer (ouh là non).

Un jour une libraire m'a dit, à propos du premier Sesame Seade, qu'un parent lui avait dit que quand même, elle est très violente cette phrase: 'Je me suis dit que quelqu'un l'avait peut-être coupée en tranches comme une aubergine pour une ratatouille'.

Les comparaisons à base d'agression envers les légumes sont donc à proscrire.

  • Parent qui rit, parent à moitié dans ton lit
Enfin bon, j'ai pas spécialement envie d'avoir des moitiés de parents dans mon lit, merci bien (sauf toi, là au fond, pourquoi pas) mais ceci est LA stratégie gagnante: faire rire l'heureux géniteur.

J'imagine (n'étant pas dotée d'une tripotée de mini-moi) que de devoir raconter des histoires à ton mouflet à huit heures et demie du soir alors que tu as envie 1) d'aller raconter à ta moitié que ce connard de Dulac a encore eu une augmentation et pas toi, 2) d'aller lire la liste de trucs Buzzfeed que t'as vu en diagonale postée sur le profil Facebook d'un pote, 3) de noyer ta crise de la quarantaine dans un verre de quelque chose, ça fait que tu n'es pas extraordinairement motivé pour lire un chapitre de plus de Choupinet Loulou, le lapin blanc qui avait une toute petite queue en forme de boule de coton.
pensée secrète: "Si je trouve l'auteur je le tue"
Alors que si tu lis un truc où il y a des blagues juste pour toi, parent, hé ben t'es content et ensuite, à la sortie des classes, tu dis au père de Malo et à la mère de Lola que ce bouquin-là, il est rigolo alors allez-y prenez-le et cachez Choupinet Loulou sous un meuble. Donc oui, contrairement à pas mal de gens je pense qu'il n'y a pas de mal du tout à mettre des blagues d'adulte dans un bouquin pour enfants, surtout si le bouquin va probablement être lu par les deux à la fois (niveau CP/CE par exemple). Du moment que le parent n'est pas le seul à mourir de rire pendant que le gamin trouve ça puissamment ennuyeux, où est le problème?
  • De l'action, de l'action, de l'action
Quand on commence à écrire pour cette tranche d'âge, on s'aperçoit vite que de l'action, on peut en mettre partout: dans le corps du texte, évidemment, mais aussi dans les dialogues, dans les didascalies, dans les illustrations (les illustrations des Royal Babysitters par exemple font intégralement partie de la narration), dans les titres de chapitre, dans les onomatopées, même dans les descriptions des lieux et des personnages. On apprend à écrire 'en mouvement', avec élan, parce qu'il faut que l'aventure continue.

Au début, peut-être, on a quelques inhibitions parce que ce genre de récit ne semble pas assez 'psychologique' ou profond. Mais en fait, il peut tout à fait l'être, parce que même en étant constamment dans l'action on peut avoir...
  • ...des récits qui 'résonnent'
Vous vous souvenez de vos lectures à cet âge-là? Les relectures acharnées, pour la millième fois, dans le bain, dans un hamac, sous une table, dans la voiture? Pourquoi ça vous intéressait tellement, ces histoires de balades en forêt et de combat contre les méchants? Pas seulement parce que les scène d'action étaient bien décrites - mais parce qu'elles faisaient écho, symboliquement, à vos préoccupations enfantines.

L'arbre sans fin, Claude Ponti

Les bouquins pour cette tranche d'âge, même quand ils sont en apparence seulement pleins d'action et d'aventure, peuvent 'résonner' extraordinairement parce que ces péripéties symbolisent des processus de développement tout ce qu'il y a de plus psychologique. Les voyages, les monstres et les royaumes lointains, les forêts profondes et les combats d'épées remplacent en littérature pour les petits le discours indirect libre de la littérature pour les plus grands.
  • Des histoires 'totales'
Dans les livres pour enfants de primaire, il y a souvent, je trouve, une sorte de totalité narrative où la caractérisation des personnages est entièrement en phase avec l'histoire, qui elle-même est entièrement en phase avec le style, etc. Le livre fonctionne comme un microcosme où tout se tient: Fantômette est 'avec' Framboisy et 'avec' le style de Chaulet, il y a une espèce d'indivisibilité de ce genre de récits, très proche du conte même si le livre est résolument contemporain.

pas de Framboisy sans Fantômette, ni de Ficelle sans Boulotte
Alors évidemment, on a peut-être moins d'interstices, de désagréments, de disjonctions dans ce genre de livres que dans la littérature ado par exemple où rien ne se tient - où le protagoniste est rarement en phase avec son environnement, et le langage 'cassé' trahit les incertitudes de cette tranche d'âge-là. Mais pour les plus jeunes, c'est cette totalité que je trouve grisante et charmante, la totalité d'un monde qui se tient encore et où on explore et on joue avec des questions importantes, sans briser tout à fait encore la bulle qui le contient.

Bon j'en reste là, mais je compte sur vous, chers auteurs 'middle-grade', pour me dire en commentaire ce qui vous attire dans ce type d'écriture.

lundi 1 septembre 2014

La rentrée en 9 points et demi

1) Je suis allée à Rome cet été. J'ai vu du beau, du bon et du rigolo:

mon petit doigt et un gros doigt

ceci est la plus belle chose du monde

apparemment les anges faisaient déjà des bulles à la Renaissance

un plafond fort kitschounet
2) Je suis allée à Stockholm pour un colloque. Le colloque était bof, mais Stockholm, le contraire:

joli temps, n'est-ce pas?

N'EST-CE PAS??

collègue en train de se noyer (ou de poser pour ma photo) dans la Baltique

3) Dans le Pas-de-Calais, j'ai vu un touriste allemand murmurer à l'oreille des phoques:
les trois points noirs c'est des phoques
4) J'ai reçu mes exemplaires de mon dernier livre angliche en date, le tout petit et tout mignon The Royal Babysitters, premier d'une série de 4! Il porte au nombre de onze mes livres publiés à ce jour, + 2 sous pseudonymes, donc 13! j'espère qu'il ne me portera pas trop malheur.

la clémentine en crochet veille

avec ses grandes soeurs anglaises, les 3 Sesame Seade
5) J'ai fini le premier jet de mon (j'espère) prochain roman ado. Il est très sombre et horrible et il est question d'enlèvement, de racisme, de vidéo volée et de crime passionnel NAN JE DECONNE c'est une comédie!! tu te rends compte??? une comédie! oui comme je vous le dis. Pour une fois on pourra plus dire, gnagna Clémentine elle fait que des livres sombres bouh la vilaine elle est d'une cruauté vraiment d'une cruauté cette jeune femme en plus elle est méchante et je suis sûr qu'elle mord. Non madame! Clémentine parfois elle fait des livres pas sombres! voilà madame! il y en a un peu plus je vous le mets et en prime un teasing d'indice de la mort qui tue d'où ça se passe:
si tu sais pas où c'est, ben bientôt tu sauras.

6) Je repars mercredi. Où donc? Mais là: au salon du Livre Sur les Quais à Morges, sur le bord du Lac Léman en Suisse. J'y rencontrerai des enfants qui ont lu La louve, j'y rencontrerai des auteur/es que je connais virtuellement, j'y retrouverai d'autres que je connais pour de vrai déjà, bref ça risque d'être un peu fun.

Ceci est La louve. Comme ce splendide album a été injustement victime d'une non-attention de tout le monde au profit de Comme des images sorti en même temps, je me permets d'en refaire la pub éhontée. C'est un livre stupéfiant de magnificence grâce à Antoine Déprez. Des gens très bien, comme Anne Loyer d'Enfantipages et Ricochet, sont d'accord qu'il est fort réussi. D'ailleurs tous les exemplaires sont partis en trois minutes chrono au dernier salon que j'ai fait. OK c'est bon t'es convaincu tu l'aimes tu le partages tu le lis à tes petits neveux? Merci.

7) En parlant de La louve, t'sais qu'elle va être traduite en italien? Moi je trouve ça:


8) Côté universitaire, j'ai rendu mon bouquin et il sortira début 2015 (je vous entends déboucher le champe à cette nouvelle fortement intéressante). Je commence un nouveau mini-projet de recherche (toujours dans mes recherches sur la précocité): les "pushy parents", en d'autres termes les parents qui "poussent" leurs gamins "surdoués". Ca c'est marrant, et je vous en reparlerai.

9) Après la Suisse, je me ré-enterre dans mes couvertures d'hiver et dans mes bouquins et sous mes piles de copies à corriger, mais j'espère bien reprendre les billets hebdomadaires de ce blog.

9 et demi) Petit teasing des prochains billets de blog! Bientôt, on se (re)parle peut-être: d'anges, de lectures, de podcasts, de conseils d'écriture (lol), de jargon universitaire (ou pas), des tout petits lecteurs, de chatons mignons, de nouvelles technologies, de Simone de Beauvoir, d'armée de sirènes-robotes, de philosophie de l'enfance, de recettes de cuisine et du dernier gagnant du Booker Prize.

ça fait rêver, hein!
Multibises!

Clem