vendredi 24 février 2017

Obtenir un agent en Grande-Bretagne quand on est français/e

Ce billet tente de répondre à une question très étrange, mais que je dois désormais qualifier de récurrente, puisque je l'ai reçue sous diverses formes six fois désormais en moins de deux ans:
Je suis français/e et je n'écris pas en anglais. J'ai écrit un roman (en français donc) et il n'est pas encore publié en France. Mais en fait je voudrais qu'il soit publié en anglais. Comment puis-je trouver un agent britannique qui vende mon manuscrit à des éditeurs britanniques?
Vous aussi, cette question vous étonne? Je dois dire que la première fois qu'on me l'a posée, j'ai été un peu agacée. Elle me semblait être d'une absurdité totale. Mais m'ayant été posée six fois (!) par des gens différents et qui m'ont donné des raisons, je me dis que ça vaut la peine de faire un petit billet sur le sujet.

Je commence brièvement par l'aspect pratique de cette question, c'est-à-dire: comment trouver un agent en Grande-Bretagne. 

Au musée.
Il y a des tas de billets de blog sur le sujet, alors j'ai franchement envie de dire: googlez-le. Pour synthétiser: identifiez des agents qui s'intéressent à des livres dans votre genre de prédilection (pensez à regarder les remerciements des livres que vous lisez: l'agent est généralement mentionné); envoyez-leur les 3 premiers chapitres ou équivalent de votre manuscrit, + un synopsis complet, un pitch (sorte de petit résumé alléchant), et une lettre personnalisée; c'est à eux ensuite de vous demander le manuscrit total si ça les intéresse.

Pour les détails, je vous fais confiance: cherchez avec vos doigts dans le Google.
 
Maintenant pour les aspects plus spécifiques de la question.

J'avoue que ma réaction première à cette question a été un littéral facepalm. Je me suis dit: c'est totalement idiot. Au début, je ne comprenais tout simplement pas le raisonnement derrière cette ambition. Je rappelle brièvement les deux paramètres centraux de cette équation qu'on me demande de résoudre:
a. l'édition britannique publie en anglais
b. votre livre est en français
Et puis les complications supplémentaires:
c. les Grands-Britons sont célèbres pour leur monolinguisme acharné
d. l'édition grande-britonne est absurdement hermétique à la littérature internationale; même les livres déjà publiés en France n'ont qu'une chance infime d'être traduits en anglais
Je rappelle ensuite ce qu'il devrait se passer pour que votre manuscrit en français non publié en France soit publié d'abord (ou seulement) en anglais en Grande-Bretagne. Il faudrait:
1) que vous trouviez un agent britannique qui lise le français
2) que cet agent tombe amoureux de votre manuscrit français au point de vouloir se lancer dans l'épopée quasi-impossible de chercher à le faire publier, c'est-à-dire de:
3) trouver un éditeur qui lise aussi le français ou ait des sbires qui le fassent (ça ce n'est pas difficile, car beaucoup de maisons d'éditions britanniques emploient des lecteurs francophones)
4) et que cet éditeur tombe amoureux de votre manuscrit au point d'accepter de l'acheter, 
5) ... et de payer pour qu'un traducteur le traduise.
Tout cela, de plus, s'inscrit dans le cadre d'une autre gigantesque difficulté, qui est tout simplement qu'être publié en Grande-Bretagne même en tant que Britannique avec un manuscrit en anglais est déjà effroyablement difficile!

Je ne dis pas que c'est impossible, mais ma réaction c'est plutôt: WTF? Pourquoi vouloir se compliquer la vie à ce point? Why not try to publish your damn book in your damn language in your damn country, for goodness' sake?

Quand j'ai posé cette question aux gens qui m'ont demandé cela, ils m'ont répondu diverses choses, que je synthétise ici:

1) Ce que j'appelle 'le syndrome de Gad Elmaleh', c'est-à-dire le rêve anglo-saxon: l'attrait psychologique/ romantique de réussir à avoir un livre publié en anglais. 'Je rêve d'être publié/e en Grande-Bretagne', 'Mon rêve c'est que mon livre soit lu dans les pays anglophones'.

IN ZE KITCHEN
Mon sentiment: je comprends cette ambition, mais alors là la réponse est très simple: vous avez beaucoup plus de chances (même si elles restent très minimes) que votre livre soit traduit en anglais si vous le faites d'abord publier en français. 

Les maisons d'édition françaises emploient des agents qui s'occupent d'essayer de vendre les livres à des éditeurs britanniques. Ils sont en contact direct avec les gens qui importent, et c'est eux votre meilleure chance.

 
Mais encore une fois, c'est épouvantablement difficile de vendre un livre français aux Britanniques. On a péniblement réussi avec Les petites reines et peut-être un autre, mais c'est un énorme parcours du combattant, qui passe par des tas de comités. Ca arrive, évidemment, mais ce n'est pas facile.

De plus il est essentiel de savoir que pour les éditeurs britanniques, l'argument-massue c'est le chiffre de vente dans le pays d'origine. Pouvoir dire: 'le manuscrit que je vous propose s'est vendu à 20 000 exemplaires en France', ça attire leur attention d'un coup. Encore une fois, c'est impossible si le manuscrit n'est pas publié en France.

Donc solution numéro un: trouvez d'abord un éditeur en France. 

2) L'impossibilité de trouver un éditeur en France.

L'une des personnes qui m'a posé cette question m'a en effet dit qu'elle désespérait maintenant de trouver un éditeur français, et qu'elle voulait donc se tourner vers la Grande-Bretagne.

Je comprends sincèrement la souffrance qu'on peut ressentir quand un manuscrit nous est systématiquement retourné. Il y a quelques années, quand je n'arrivais nulle part avec mes manuscrits français, donc la plupart étaient retournés même après avoir quelques livres publiés en France, j'étais aussi très tournée vers la Grande-Bretagne, convaincue que j'avais plus d'espoirs là-bas.

Et ce n'est pas impossible en effet que ce soit un manuscrit qui corresponde plus au marché anglo-saxon qu'au marché français. Mais encore une fois, ses chances de publication, étant écrit en français, sont vraiment maigrelettes.

Cependant, il me semble improbable qu'un manuscrit ait plus de chances d'être publié en Grande-Bretagne qu'en France. Ce que j'entends quand on me dit cela, c'est 'mon livre est trop original/ détonant/ hors normes pour la France'. Mais cela fait maintenant plusieurs années que j'observe les deux marchés de l'édition et, en tous cas pour ce qui est de la littérature jeunesse, l'édition britannique est beaucoup plus standardisée que la française. Il est bizarre de dire 'l'édition française est trop frileuse pour mon bouquin, j'aurais plus de chances en Grande-Bretagne'. Si l'édition française est vraiment trop frileuse pour votre manuscrit, c'est du côté du Danemark qu'il faut regarder, pas du côté du Royaume-Uni.

surtout si ça parle de dissection de girafe devant des petits de maternelle
Donc solution numéro deux: avez-vous vraiment tout essayé en France, y compris des petites maisons d'édition indépendantes? 

3) Je veux garder les droits mondiaux sur mon livre. 

C'est sans doute la réponse la plus intéressante qui m'a été donnée, c'est-à-dire, en pratique, je veux trouver un agent britannique pour qu'il vende mon manuscrit en Grande-Bretagne pour la vente anglophone seulement, et cherche ensuite à vendre les droits au reste du monde.

Sachant quand même qu'il faudrait que votre agent et l'éditeur potentiel soient d'accord pour ne céder que les droits anglo-saxons!

C'est une idée pas bête mais encore une fois, franchement, ma réponse, c'est que c'est vraiment chercher à se compliquer la vie. Après, vous faites ce que vous voulez.

***

Je précise quand même que je pense que ce genre de cas existe en effet - de gens qui vendent au Royaume-Uni en traduction avant de vendre le livre autre part. Je sais aussi que ça existe dans l'autre sens: l'un de mes amis auteurs britannique, Will Buckingham, a vendu son manuscrit en traduction en turc (grâce à son agent) et la version originale, en anglais donc, est sortie après la version turque, avec une maison d'édition américaine.

tite pub
C'est très loin d'être la norme.

C'est même loufoquement hors-norme.

Je ne dis pas que c'est impossible. Je ne dirai jamais que c'est impossible. Mais j'espère que ce billet clarifie un peu les raisons pour lesquelles je pense que c'est vraiment une idée-galère qui devrait venir avec tous les gyrophares de l'idée-galère.

Good luck.

vendredi 27 janvier 2017

Ecrire à voix autre

Dsl pour le manque de nouvelles, alors que ce ne sont pas les nouvelles qui manquent; notamment, j'ai commencé l'année avec une géniale tournée en Allemagne, avec des profs, des élèves et des membres des Instituts Français charmantissimes, dans le cadre du Prix des Lycéens Allemands.

là c'est un livre, là un autre, oh y en a un autre! etc.
comme c'était mon anniversaire j'ai eu droit à des gâteaux et des chansons

des ados allemands qui parlent français couramment, c'est impressionnant (et ça rime)

Cependant, ensuite, mon début de trimestre, au pays du Brexit, a été marqué par du notage intensif de partiels, du remplissage quotidien de documents administratifs, et, dans mon temps libre, du cuisinage, nettoyage, ménage, et payage de factures. Ma vie est fascinante comme ça, les enfants.

Mais entretemps, il se passe mille choses chouettes. Je vous reparlerai bientôt de ce qui va se passer cette année (ou comme disent certaines gens, 'mon actu', mais je trouve le terme haïssable, ça y est, c'est dit); surtout des trads.

(Oui, ça fait longtemps que j'ai pas écrit de billet intéressant et documenté avec de l'opinion dedans. Pour explication, retourne au paragraphe précédent.)

MAIS DONC DE QUOI TU NOUS PARLES AUJOURD'HUI?? RàF DE TES PARTIELS!
Je vous parle d'une nouvelle particulièrement intéressante (me semble-t-il) qui est que j'ai la grande chance d'avoir été attrapée au lasso par l'équipe de l'école Les Mots, qui vient d'ouvrir ses portes à Paris, et qui m'a demandé de faire un cours d'écriture créative pour ados en mai prochain. 

Les Mots, c'est quoi? C'est une école ouverte par Elise Nebout et Alexandre Lacroix, que vous connaissez peut-être; c'est quelqu'un qui vit une vie ou deux ou même quatre ou cinq à la fois, puisqu'il est aussi cofondateur et co-grand chef de Philosophie Magazine, et écrivain aussi, parce que sa vie est pleine de temps libre.

C'est une école qui dispense des cours d'écriture créative, et je la laisse vous expliquer pourquoi et comment ici, mais si ça vous intéresse d'avoir mon opinion à moi, j'avais écrit un billet sur le sujet il y a quelque temps.

Et donc, je vais donner un cours intensif à l'école des Mots, les 13 et 14 mai 2017, pour ados, sur le sujet 'Ecrire à voix autre'. 

En voici le descriptif:


La voix d’un texte ! 
Difficile de dire exactement ce que c’est. 
Mais quand elle est là, tout s’anime et s’allume – on veut rester, on en vient à pardonner une intrigue banale, des dialogues bancals. Quand elle n’est pas là, tout est terne – l’histoire n’est qu’un échafaudage vide, les personnages ectoplasmiques, on s’ennuie comme devant un mur de briques. Qu’est-ce que c’est donc que cette voix ? Comment on l’attrape ? Comment on s’occupe d’elle ? Il faut bien qu’elle continue à respirer, à s’alimenter, à s’époumoner, sur des dizaines, voire des centaines de pages… 
Ce cours intensif, sur un weekend, s’adresse aux adolescents écrivains lancés dans la même quête que tous les auteurs : trouver, et entretenir, une voix ; et qui peuvent venir avec, déjà, un ou plusieurs petits projets, pas terminés, mais en recherche de souffle. Lectures, puis écritures, de textes haletants, drôles, lyriques, tragiques : on fera, en deux jours, une grande chasse au dahu si précieux de l’écriture, la voix.
Horaires : Le samedi de 9h à 12h30 puis de 14h30 à 17h et le dimanche de 10h à 12h30 puis de 14h30 à 17h. Conclusion du stage autour d’un pot.
(J'aime bien comme ça se finit sur 'autour d'un pot', genre je vais descendre des bloody marys avec vos ados toute la soirée.)

Si ça ne vous fait pas peur, et que votre ado écrit, ou que vous êtes un ado qui écrivez, alors inscrivez-vous, et on se voit en mai. Et on se dira bonjour de vive voix.

Je reprécise, car certains quidams pas effarés par le descriptif m'ont demandé si c'était vraiment vrai que c'était juste pour ados, que OUI, c'est vraiment pour ados, ce qui veut dire que NON, ce n'est PAS pour adultes. Si t'en es un/e, y a plein de cours et d'ateliers pour toi, regarde. 

Hasta la vista!