lundi 29 février 2016

Mon nez, mon chat, Louise Rennison et moi

Je viens d'apprendre la mort de Louise Rennison, la génialissime auteure de la série du Journal Intime de Georgia Nicholson. Louise Rennison venait à peine d'entrer dans la soixantaine... grande tristesse et grand merci à celle qui réussissait à nous faire hurler de rire alors qu'on était des jeunes filles grosses, moches et timides au début des années 2000.


Tellement d'heures passées à zygomatiser sans fin avec Georgia dont les jambes à moitié poilues lui faisaient spéculer que les hommes préhistoriques effrayaient les dinosaures avec seulement l'avant du mollet; avec sa petite soeur adorable et terrible, sa mère pourvue d'une étagère en guise de poitrine, ses copines toutes plus loseuses les unes que les autres, et bien sûr Super-Canon qui reste même Super-Canon même quand Georgia, installée la tête sur ses genoux, a une vue directe sur l'intérieur de ses trous de nez. Souvenirs en vrac: Dave la Marrade et ses blagues à deux balles (mais siiiiii, Georgia, c'est l'homme de ta vie, comment ne le vois-tu pas??), le Stalag 14 (alias le collège) et ses moustachues professeures, et évidemment Angus, chat furieux et psychotique. Et ce nez!!! (qu'elle tentait de faire rapetisser à l'aide d'un soutien-gorge bidouillé, me semble-t-il.)

Je ne sais pas combien de fois j'ai relu ces livres fluo dans ma chambre, secouée de fous rires. Il y a à peine trois jours, je les recommandais encore à une jeune lectrice de 12 ans qui m'avait envoyé un email. En fait, à chaque fois que je reçois un email me disant 'J'ai aimé les Petites reines - maintenant je lis quoi?', ma réponse est toujours la même: la série des Georgia Nicholson. Et d'autres aussi: évidemment du Marie-Aude Murail, Oh, Boy!, les Nils Hazard et les Babysitter Blues; Verte et J'envie ceux qui sont dans ton coeur de Marie Desplechin, les Alibi de Susie Morgenstern, Je manque d'assurance d'Agnès Desarthe. Oui, old school, mais c'était ça pour moi l'adolescence, avec Robert Cormier en plus et évidemment Pullman et Potter. Mes rires venaient de là, et Mireille est évidemment redevable à Georgia.

Au nom du Top Gang et de toutes les déformées, boulottes, mal fringuées, timides et acnéiques anonymes, merci, Louise Rennison, et salut Klingon. Il paraît que tu étais malade. J'espère que ton docteur était aussi sexy que celui de Mutti.

mercredi 17 février 2016

Les petites reines deux fois sur scène

Petite update (le prochain billet arrive mais il est en cours d'écriture!) sur mes petites reines qui sont toujours confortablement juchées sur leurs vélos:

La semaine dernière, le prix Libr'anous catégorie roman ado a été remis à Tibo et Anaïs pour Les petites reines! Je n'étais malheureusement pas là étant donné que j'étais réquisitionnée dans ma ville médiévale pour verser de l'huile bouillante sur les ennemis et torturer les prisonniers avec des tenailles, la routine quoi. En attendant, regardez un peu les bobines adorables de Mr Editor de l'Année et la Reine des Relations Presse:


crédits photos Libr'anous, et merci Audrey de la permission de les reproduire!
Vous en saurez plus sur la soirée et sur tous les lauréats en cliquant ici. Le prix est décidé par 200 libraires francophones, à qui je suis évidemment béatement reconnaissante. Cela reflète aussi le soutien que les libraires ont offert à ce roman depuis sa sortie - c'est incroyable le nombre de gens qui me disent "Un/e libraire m'a convaincue de le lire". Dans les librairies, je le vois enroulé dans des petits mots écrits à la main. Je reçois des messages de libraire. C'est très étonnant et génial de savoir qu'il est si bien protégé et distribué par des gens que je ne connais pas personnellement, mais qui ont envie de voir Mireille et ses copines entre les mains de jeunes lecteurs et lectrices. Dingue.

Une autre nouvelle encore: nous avons appris hier que la metteuse en scène Justine Heynemann et sa troupe de théâtre, qui depuis la fin de l'année dernière travaillaient sur une adaptation théâtrale des Petites reines, ont gagné un gros concours organisé par un réseau de théâtres en région Ile-de-France, et vont donc avoir le financement et les théâtres pour organiser une tournée de la pièce l'année prochaine! Il y avait soixante troupes et projets, et Justine et son équipe ont gagné à l'unanimité. C'est mérité... Je ne vais pas dévoiler ce que je sais de la mise en scène, mais ça a l'air génialissime.

A 2017 donc pour voir nos trois boudins et le Soleil en scène...

... et à très vite pour un nouveau billet! 



dimanche 7 février 2016

Les passions de l'âme - Les livres des autres

Encore un petit billet dans la série commencée l'année dernière et continuée la semaine dernière...
"Je ne lis pas de livres jeunesse, ça me déprime trop. Soit j'aime pas et je suis énervé qu'il y ait de la mauvaise littérature jeunesse qui discrédite la profession, soit j'aime et je suis jaloux parce que c'est pas moi qui l'ai écrit."
(Inspiré de déclarations réelles de non pas un/e, mais plusieurs auteur/es jeunesse.)

Lire les livres des autres - ah, quelle histoire, quelles joies, quels drames... J'ai des ami/es qui ne lisent jamais de littérature jeunesse pendant l'écriture d'un livre, par peur d'être influencé/e ou de perdre confiance. D'autres ne lisent jamais de contemporains. D'autres encore ne lisent que ceux qui gagnent des prix. D'autres ne lisent que ce qui est publié dans leur genre ou tranche d'âge, et d'autres... seulement ce qui est différent de leur genre et tranche d'âge.

D'autres ne lisent que les livres des copains et des copines.

D'autres encore lisent tout, tout, tout.


du coup j'en profite pour illustrer ce billet de 'livres des autres' récemment aimés...

Il n'y a vraiment aucune situation typique, me semble-t-il. Dans ceux et celles qui lisent beaucoup les livres des autres, nombreux/ses sont les cumulard/es... Il y a Anne Loyer, à la fois dévoreuse de livres jeunesse dans tous les genres pour son (maintenant ex-)blog - et elle-même auteure prolifique. Il y a Marion Brunet, qui est aussi lectrice pour Sarbacane et lit donc aussi des manuscrits non publiés. Il y a ceux et celles qui sont profs et qui lisent aussi pour conseiller à leurs élèves. Il y en a, comme Alice Brière-Haquet, (et moi) qui sont aussi universitaires et ont donc une raison supplémentaire de lire ces livres.


Personnellement, je lis en général un ou deux livres publiés en jeunesse par mois, principalement français ces temps-ci - en grande partie parce que je me suis beaucoup reconcentrée sur mon écriture française récemment, et donc j'ai un peu lâché les Anglo-saxons. Difficile de se tenir informée de tout à la fois. Je lis disproportionnellement les livres des ami/es, je l'avoue, et je lis beaucoup d'Exprim'. Mais quand je rentre en France, je fais des razzias dans les librairies, en essayant de piocher à la fois des très populaires et des petites gemmes. Certain/es auteur/es vont par défaut finir dans mon panier, depuis l'enfance ou depuis quelques années, et pour d'autres, je choisis selon le pitch.



Je le fais en partie parce que j'aime la littérature jeunesse (NAN ARRETE SERIeuX?) - et j'adore, j'adore, j'adore être emportée par un livre parfois qui rallume la lumière et me fait dire mais oui! c'est ça! c'est exactement ça qu'il nous faut! - ce matin même, par exemple, Dans le désordre, de Marion Brunet, c'est exactement ça.

Mais aussi parce que j'estime que ça fait partie de mon métier, au même titre que de relire des épreuves ou de valider des croquis.


Je trouve problématique le fait de ne jamais lire de livres jeunesse quand on est auteur/e jeunesse. Il y a plusieurs types d'excuses. Certain/es admettent, non sans honnêteté, que ça les rend jaloux. La jalousie est une question dont je traiterai une autre fois (elle mérite son propre billet), mais il est compréhensible, quoique dommage, de sombrer dans le spleen quand on trouve le livre de quelqu'un d'autre admirable, merveilleux ou enchanteur. Cependant, c'est compréhensible. Il y a des moments où l'on est plus fragile qu'à d'autres, et où le succès des un/es et des autres - même des ami/es, surtout des ami/es - ne nous rend pas aussi heureux qu'on le voudrait.

Et puis il y a ceux et celles qui disent - parfois directement, parfois indirectement - que 'ce n'est pas leur type de littérature', ou alors qu'ils 's'inspirent de tous types de littérature' (pire encore, 'j'ai pas le temps', qui ramasse les deux excuses tout en insinuant que toi, qui lis de la littérature jeunesse, tu dois être une glandeuse de première classe).


Cette raison me paraît à la fois bizarre et perverse. Au contraire de la jalousie, qui indique plutôt un sentiment d'infériorité ou d'insécurité latent, cette raison-là est plutôt pour moi le signe d'un complexe de supériorité, ou d'une identité d'auteur jeunesse mal assumée. Dans les deux cas, ça se traduit par un manque de professionnalisme et, implicitement, d'un certain manque de respect pour ses confrères et ses consoeurs.

Ainsi certains disent qu'ils ne lisent pas de littérature ado parce que 'ce n'est pas leur genre de littérature', voire (déjà entendu), parce qu'ils ne sont pas ados. La logique est tordue. On peut accepter que certaines personnes n'aiment tout simplement pas la littérature ado, bien qu'elles en écrivent - étrange, mais à la limite, pourquoi pas. Mais on dirait que la seule raison pour laquelle on devrait lire le genre de littérature qu'on écrit, c'est par passion pour ce genre de livres.

Or, il me semble évident que lorsque l'on se réclame d'une profession ou d'un art, on doit par définition montrer de la curiosité pour ce que font ses contemporains. Pas seulement pour être gentil, mais pour se situer par rapport à ce qui se fait - pour se nourrir des influences des autres, et identifier des endroits où on peut être original ou différent.

Cette 'excuse', pour moi, sonne un peu comme si quelqu'un disait 'Je suis designer de grenouillères pour enfants de zéro à quatre ans. Je ne m'intéresse pas à ce que font les autres designers de grenouillères. Après tout, je n'en porte jamais moi-même.' 

j'aime bien cette photo parce qu'on dirait que la fille sur la couv de Marion fait sursauter la gamine sur la couv de Philippe

Variation sur ce thème, les personnes qui disent qu'elles font de la littérature jeunesse par accident, ou parce que les éditeurs ont décidé que c'était le cas; mais elles, leurs influences, c'est Tolstoï et Joyce, ou alors Godard et Magritte, ou je ne sais quoi d'autre - donc, aucune raison de lire des livres des autres. Là-dedans, j'entends: 'il est hors de question que je perde mon temps à lire des bêtises alors que ce qui m'inspire, moi, ce sont les grands maîtres'.

Je veux bien, mon chou, mais pas de bol: il se trouve que, par un hasard terrible, tu es publié dans une tranche du marché littéraire qui a été de tous temps marginalisée, expulsée, censurée et sous-estimée. Tu peux rester la tête enterrée dans tes Collection Blanche, mais ce n'est pas ça qui va te rendre éligible pour le Goncourt, et ce n'est certainement pas ça qui va t'aider à améliorer ton art dans la triste niche qui t'a échu.



On a un problème en littérature jeunesse française, et ce n'est pas un problème de qualité, c'est un problème de reconnaissance. De reconnaissance vis-à-vis de la littérature 'générale'; de reconnaissance vis-à-vis de la littérature jeunesse internationale, notamment anglaise et américaine (le French-bashing se conjugue beaucoup en littérature jeunesse, c'est un vrai problème); et de reconnaissance, pour la vaste majorité des auteur/es jeunesse, vis-à-vis de quelques auteur/es à très gros succès.

Cependant, on a aussi une grosse solution en France, et je peux vous dire que ce n'est pas pareil en Anglicheland: la réaction bien gauloise de s'unir et de gronder tous ensemble; de se défendre les un/es les autres; de s'engueuler mais aussi de se respecter. La Charte des Auteurs et des Illustrateurs pour la Jeunesse n'a pas d'équivalent outre-manche. Bien sûr, il y a des associations d'auteurs, mais elles manquent singulièrement de cette solidarité qui nous anime ici, et qui me semble plus respectueuse des identités de chacun/e.

Année riche en Exprim's... il manque Quelqu'un qu'on aime de Séverine Vidal
En partie parce que notre situation est différente. D'une part, le marché anglo-saxon est dramatiquement compétitif, les sommes d'argent échangées dépassent l'entendement, et la production est ultra calibrée; c'est donc un coupe-gorge pas possible, et il dans ces conditions on est plus vulnérable et plus remplaçable. Difficile, donc, de ne pas percevoir les autres comme une menace.

oh là là mais celui-là... impubliable en Angleterre, indispensable partout. PARTOUT.

En France, on a la chance d'avoir (encore) un peu le droit à faire des livres d'orientations, de genres et de styles variés, et il me semble qu'un aspect important de l'esprit d'équipe qui anime les créateurs et créatrices de littérature jeunesse vient du fait que lorsqu'on lit les livres des autres, on se rend compte qu'on a aussi envie de les défendre, de se situer par rapport à eux, de s'en inspirer, et parfois d'y répondre - par des clins d'oeil ou à travers les rencontres. Se priver des livres des autres, c'est se priver de cette communauté-là. C'est frôler les autres auteur/es sans les comprendre, et sans se comprendre par rapport à eux et elles.

C'est donc, il me semble, un double devoir professionnel que de lire les livres des autres. C'est pour comprendre le métier, dans ses attentes et ses circonstances actuelles, mais c'est aussi comprendre que le métier est fait de personnes qui apportent leur sensibilité et leurs différences à ce champ littéraire. Même quand on n'est pas touchée par un livre jeunesse contemporain, on y apprend quelque chose. Et en particulier, à personnaliser, à rendre plus intime et plus solidaire, notre présence auprès de nos collègues.

Last, but oh my goodness, not least...

dimanche 31 janvier 2016

Les passions de l'âme - La vulnérabilité à la critique

On continue  la petite série des 'passions de l'âme' de l'auteur/ illustrateur jeunesse commencée l'année dernière. NB: cet article a été écrit bien avant la tempête suscitée par la critique de Christophe Honoré. Je n'ai pas voulu ajouter de réflexions sur le sujet dans ce billet car c'était un genre de critique très atypique.

La vulnérabilité du créateur est légendaire. On ne compte plus les images kitschissimes qui circulent sur les réseaux sociaux associant fragilité et inspiration artistique. Je me concentre ici sur la question particulière de la vulnérabilité à la critique - c’est-à-dire, littéralement, la propension à être blessé par les commentaires que d'autres personnes font sur nos écrits (d’autres articles à venir pourront traiter d’autres aspects de la vulnérabilité.)

Georges-Alain la tortue, illustrant la nécessité d'avoir une bonne carapace.
L’expérience étrange que font, je pense, beaucoup de créateurs, c’est celle de l’impact plus puissant des critiques négatives par rapport aux critiques positives. Une seule critique négative, même perdue au milieu d’un flot de critiques positives, peut suffire à ruiner une journée; alors qu’une critique positive ne provoque souvent qu’un sentiment de chaleur très agréable mais temporaire. Notre perception de l’une est souvent radicalement différente de l’autre. L’une accentue notre vulnérabilité, alors que l’autre n’a pas vraiment l’effet inverse: elle ne nous rend pas, me semble-t-il, beaucoup plus imperméable ou plus résistant.

(note: ici comme ailleurs, je tire ces outrancières généralités surtout de ma propre expérience et de discussions avec des ami/es. Je suis consciente - et intéressée par le fait - que vous puissiez avoir des expériences diamétralement opposées; la rubrique commentaires est faite pour!)

On n’oublie jamais les critiques négatives, jusqu’à leurs tournures de phrases; a contrario, il est assez rare qu’on se souvienne dans le détail de ce que racontait chaque critique positive. Du coup, une critique négative, bien mieux remémorée qu’une critique positive, est forcément plus constructive - mais dans le sens contraignant du terme: elle nous guide, consciemment et inconsciemment, dans nos écritures futures. Si quelqu’un a déclaré qu’on abuse des métaphores, on y pensera les prochaines fois, et cette pensée deviendra réflexe plus tard. Au contraire, une critique positive est peut-être plutôt vécue comme une validation; elle rassure, mais laisse moins de traces; à moins d’être très spécifique et argumentée, elle n’influencera pas autant nos écrits à venir.

Encore plus bizarrement, on a tendance à réagir à toute critique positive comme si elle exprimait seulement la sensibilité particulière d’une personne, alors qu’on réagit à toute critique négative comme si elle exprimait une vérité universelle. Si quelqu’un a adoré notre livre, on le remercie, on dit qu’on est ravi que ce soit le cas: on prend cette critique comme une heureuse opinion, peut-être lié à une inclination pour ce genre de lectures. Par contre, si quelqu’un a détesté, il nous semble évident que cette détestation représente un jugement objectif et général: il nous est très difficile de le ramener à des ‘goûts et des couleurs’.

Pourquoi avons-nous ('nous', ou peut-être juste moi, vous me dites...) souvent la vague impression que toute critique positive est subjective, et toute critique négative objective? Peut-être cette réaction vient-elle de très loin - nos parents, notre famille, les premiers à nous encenser, étaient aussi de manière évidente nos commentateurs les moins objectifs; alors que nos professeurs, surtout dans l’éducation française, ont été les premiers à nous critiquer férocement, et nous avons intégré leur jugement comme parfaitement neutre. Nous avons donc pris l’habitude de ne considérer les commentaires positifs que comme le soulagement de constater que quelqu’un qui nous aime déjà continue à nous aimer; alors que les commentaires négatifs ont toujours émané d’autorités bien moins enclines à se laisser attendrir ou influencer.

une critique objective

La critique positive est étrangement ‘glissante’: on n’y trouve pas à s’accrocher, on la frôle, sans s’y identifier complètement. On admet sa présence, on peut aussi s’en féliciter - à grand renfort de statut Facebook, etc - mais on a du mal à se l’approprier. Elle nous semble être, d’une certaine manière, quelque chose qui ne se rapporte que lointainement à la vérité. Au contraire, la critique négative est parfaitement affûtée, elle se fiche directement dans une cible intérieure dont on soupçonnait depuis longtemps l’existence: elle exprime exactement ce que l’on savait confusément, elle articule les doutes et les angoisses que nous avions sans les situer; elle lève le voile sur une vérité que l’on se sentait coupable de cacher.

Notre degré de vulnérabilité à la critique, c’est, je pense, principalement le degré de décalage entre notre réaction aux commentaires positifs et aux commentaires négatifs. Une personne qui serait constamment émerveillée, touchée, renforcée par les critiques positives, et sur laquelle les critiques négatives glisseraient comme de l’eau sur les plumes d’un canard serait la personne la moins vulnérable au monde (et probablement la plus pathologiquement narcissique). Au contraire, celui qui est incapable de trouver un soulagement dans la critique positive, et reste constamment abattu par le souvenir lointain d’une critique négative, est intensément vulnérable.

Face à ce problème, la solution pragmatique est de rester dans l’ignorance: ne pas se googler, ne pas chercher de critiques, partir du principe que les chroniques sont faites pour les lecteurs et pas pour les créateurs. Si des gens attentionnés nous les envoient, tant mieux - on peut estimer qu’il y a eu filtrage - mais on ne prend pas le risque de les dégoter nous-mêmes. C'est ce que je fais - cela fait déjà deux ou trois ans que je ne me google plus jamais.


ta tête quand tu t'es googlé

La solution plus existentielle est de travailler sur soi-même pour comprendre pourquoi on est si poreux aux commentaires négatifs et si imperméable aux commentaires positifs; d’essayer de prendre de la distance, de ne pas immédiatement admettre que toute critique négative est forcément correcte, ni toute critique positive forcément biaisée. Il faut aussi se dire, en étant auteur/illustrateur jeunesse, qu’on fait aussi notre travail principalement pour que des gens y prennent plaisir: on ne force personne à se colleter à nos créations - on est littéralement, uniquement, au service de leur bonheur.

Mais même après tout ce travail - et l’inévitable accoutumance qu’on développe à la fois à la critique positive et à la critique négative - je pense que très peu de gens arrivent vraiment à gérer la critique négative sans en être le moins du monde ébranlés. Et je suis certaine que je ne voudrais pas être de ceux-là.

vendredi 29 janvier 2016

Traductions à gogo

Juste un petit mot rapide (et dimanche, promis, un vrai billet!) pour annoncer quelques trucs très chouette au rayon traductions:

- Le second tome des Royales Babysitters, Les Royales Demoiselles d'Horreur (titre génialissime, dû à la non moins exceptionnelle Amélie Sarn), est sorti le 13 janvier. Je dois dire que je m'étais totalement emmêlé les pinceaux et pensais qu'il sortait en avril! donc ça m'est passé au-dessus de la tête. Je ne l'ai pas encore reçu donc pas encore lu, mais il se murmure qu'il se déroule en Francie, où, mandatés par l'étrange Mademoiselle Malypense, Holly, Anna et Pépino doivent aider à organiser le mariage de la princesse Violette avec le très blafard Comte Dentu de Romanie. Je vous en dis plus dès que je l'ai!


- Les petites reines, déjà vendu en Allemagne, a été vendu en Grande-Bretagne (!!!) à Pushkin Press. C'est moi que je vais faire la traduction. Non, je n'ai aucune idée de comment je vais traduire boudin. Non, je ne sais pas quel va être le titre. Non, aucune idée de comment je vais traduire les blagues et tout. Mais tu sais rien en fait? Non pas encore tavu j'ai pas eu le temps de m'y mettre.

Et oui, l'histoire se déroulera toujours en France, évidemment (question passablement idiote qui m'a été posée plusieurs fois; désolée, chers amis qui me l'avez posée, je vous adore mais c'est quand même une question idiote).

C'est mon tout premier livre à traverser la Manche dans ce sens-là. C'est qu'elles ont des mollets, Mireille et les deux autres...
 
- Et last but not least, ma chérie Sesame, héroïne de ma toute première série anglaise Sleuth on Skates (une détective en patins à roulettes) va chausser ses rollers pour venir rencontrer des petit/es lecteurs et lectrices français/es!


Les droits des deux premiers tomes ont été vendus à Rageot. J'ai immensément hâte que vous rencontriez (enfin!) ma petite Sesame, qui a été très appréciée des mini-Angliches et pour laquelle je reçois jusqu'à ce jour des lettres d'Angleterre, des Etats-Unis et d'Allemagne...

Non, c'est pas moi qui fais la traduction!

see ya

Clem

vendredi 1 janvier 2016

2016

Chers lecteurs, chères lectrices de ce blog, je vous souhaite une très bonne année 2016. A priori, sa grande soeur ayant eu de gros problèmes de comportement, on peut espérer qu'elle soit un peu plus douce.

Tout le monde: "Allez bye 2015! C'était chouette de te voir! bises et rentre bien hein!"
*Referme la porte*
Tout le monde: "Peut toujours courir pour qu'on la réinvite cette sale bitch."

Mais 2015 aura été une année mémorable, pour le meilleur et pour le pire. Les Anglais disent: 'to stick out like a sore thumb' - sortir du lot, se distinguer, comme un pouce douloureux. C'est un peu ça 2015: pas une année comme les autres. Un pouce tendu: vers le bas ou vers le haut, selon les semaines. Je m'en souviendrai comme d'une année d'une incomparable intensité, passant du plus profond de l'angoisse (pour la France et mes amis et ma famille à Paris), aux plus grandes surprises, joies et découvertes.

Personnellement et professionnellement, 2015 a été pour moi une année pleine de changements et de découvertes: l'année des Petites reines et de La louve, et de tout ce qui a suivi la publication de ces deux livres. L'année de mon tout premier Montreuil. L'année où j'ai lu toute la Recherche du temps perdu. L'année où j'ai obtenu mon premier poste universitaire (aujourd'hui est officiellement la date où je commence). L'année où j'ai commencé à apprendre le mandarin. L'année de mon déménagement dans une autre ville anglaise, après 9 ans à Cambridge. Quelques beaux voyages aussi.

Et une année de nouvelles amitiés fortes et d'autres encore renforcées, dont de nombreuses rencontres littéraires.

et en particulier...
...mes @mies virtuelles devenues réelles...
2016 s'annonce extrêmement studieuse, recentrée sur mon travail universitaire. J'ai des dizaines de cours à écrire (je devrais être en train d'en écrire un à l'heure qu'il est...), de nouveaux articles à faire, des collègues à rencontrer, des demandes de financement à organiser. Si ça vous semble extraordinairement ennuyeux, je comprends, mais moi ça me passionne. De coloribus et gustibus, etc.

Je vais aussi écrire, mais sans doute moins. Les visites scolaires et salons vont être radicalement coupés (déjà que je n'en faisais pas beaucoup). Question parutions, ce sera très calme; il y aura le dernier Royal Babysitters, The Very Royal Holiday (mon préféré) en avril, Songe à la douceur en septembre, et il me semble que c'est tout. Je travaillerai sur la traduction des Petites reines en anglais, qui sortira chez Pushkin Press l'année prochaine.

De mes lectures de 2015, à part, évidemment, La Recherche (sur lequel je veux écrire un billet de blog, sans avoir le courage de m'y mettre, depuis des mois), je retiendrai particulièrement, en vrac:
  • Boussole, de Mathias Enard, que je viens de lire et qui m'a laissée tremblante d'émotion car je suis une énorme geek qui adore les histoires d'amour universitaires étourdissantes de références incompréhensibles (voir aussi: Possession d'A.S. Byatt)
  • Refuges, d'Annelise Heurtier.
  • L'extraordinaire Dysfonctionnelle, d'Axl Cendres.
  • Lily de Cécile Roumiguière, gracieux et grave.
  • Je, d'un accident ou d'amour, de Loïc Demey, roman minuscule, vibrant de son absence de verbes.
  • L'hilarant et jouissif La septième fonction du langage, de Laurent Binet.
  • Des grands classiques que j'avais ratés jusqu'à cette année: La vie, mode d'emploi de Perec et Trois hommes en bateau de Jerome K. Jerome.
  • Deux BD que j'offrirai à tout le monde, toute ma vie:
découverte grâce à ma tante

découverte grâce à un collègue

Voilà. Je vous laisse car 1) je dois retourner à mes préparations de cours  et 2) vous avez mieux à faire que de lire mes voeux de bonne année. Je voudrais vous promettre plus de billets de blog cette année, et je ferai de mon mieux. 

A très vite,

Clémentine

mercredi 16 décembre 2015

Eugène et Tatiana

Je signe aujourd'hui mon sixième contrat avec Sarbacane - déjà pas mal de livres à deux girafes sur mon étagère. Et celui-ci, venant juste après Les petites reines, est particulièrement poignant - et stressant - à signer...



Merci pour cette passionnante photo. De quel contrat s'agit-il? 

De celui de mon prochain Exprim'.

Et qu'est-ce que c'est que ce prochain Exprim'? 

Alors...

Foire aux Questions:
  • C'est une suite aux Petites reines? Non. 
  • Dis-moi au moins que c'est drôle! Par endroits.
  • C'est glauque comme Comme des images? Non.
  • C'est dur comme La pouilleuse? Non.
  • Il y a des réseaux sociaux dedans et des messages importants sur l'apparence? Euh... non. 
  • Mais je vais bien l'aimer quand même? J'espère.
C'est quoi alors? 

C'est un genre tout nouveau pour moi: une histoire d'amour, tout simplement.

Enfin, tout difficilement, évidemment. Puisque c'est une histoire d'amour.

D'amour heureux?

Il n'y a pas d'amour heureux. Ecoute Françoise.



Disons qu'alors que toutes les histoires de haine se ressemblent, chaque histoire d'amour est (mal)heureuse à sa façon. Celle-ci ne fait pas exception.

Celle-ci, c'est peut-être non pas une, mais deux histoires d'amour, avec un écart au milieu. La première, c'est celle qui s'est mal terminée il y a dix ans. La deuxième, c'est celle qui pourrait commencer quand Eugène et Tatiana se recroisent par accident.

La première fois ils avaient quatorze et dix-sept ans, la deuxième vingt-quatre et vingt-sept. Qu'est-ce qui a changé? Qu'est-ce qui reste?

Et comment ça s'appelle ce livre-là? 

Comme ça:


Cool. Et il sort quand? 

En septembre 2016.

Mais dis donc, Eugène et Tatiana ça me dit quelque chose. Tu les as volés où ces noms-là? 

A Pouchkine. Songe à la douceur est librement, mais très fortement, inspiré d'une histoire qui me hante depuis que je l'ai rencontrée il y a bien des années: Eugène Onéguine - à la fois le poème de Pouchkine et l'opéra de Tchaïkovski.

L'histoire originale est pleine de passion, de sarcasme, de poésie, de clichés, de spleen, de mort, d'amitié, de rêves et d'occasions manquées. C'est donc une histoire, sans doute la plus grande histoire jamais écrite, sur l'adolescence... 


Et de la même manière que l'original - pas pour 'faire comme', mais parce qu'il était impossible de faire autrement - Songe à la douceur est un roman intégralement en vers.

En VERS?

Libres. 

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Rendez-vous donc en septembre 2016... et avant ça, bien sûr, pour des extraits et d'autres détails. En attendant, joyeux Noël, et un de ces jours, promis, je fais un débrief de Montreuil. Mon excuse pour l'actuelle inactivité de ce blog, c'est que je suis dans les cartons et que j'ai des cours à préparer... et que jusqu'à aujourd'hui, j'avais un premier jet de roman à finir. Mais drôle de coïncidence, je l'ai fini ce matin juste avant de signer le contrat...


Пока!