dimanche 5 octobre 2014

7 idées reçues sur le métier d'auteur jeunesse

1. Premier roman publié = Premier roman écrit; ou alors, 'Tout ce qu'on écrit est publié'

Faux. A part pour deux ou trois personnes, le 'premier roman' est loin d'être le premier fini par l'individu. Souvent le 'premier roman' publié est le cinquième, sixième ou vingtième écrit par l'auteur. Et à part pour dix ou vingt personnes, les textes écrits ensuite sont loin d'être tous publiés.

La partie émergée que tu vois, c'est celle qui est pas dans les tiroirs.


2. Les écrivains passent leurs journées à écrire

Alors en fait, quand ils ne sont pas en train de faire comme tout le monde et de faire leur lessive/ sortir le chien/ se couper les ongles de pied, la vie professionnelle des écrivains est loin de n'être qu'une existence de longues heures d'écriture. Petit aperçu:

Le travail d'auteur a de plus beaucoup changé; on s'attend à ce qu'on fasse beaucoup de promotion, de visites et de correspondance en plus d'écrire des livres.

Le travail de relecture, réécriture, corrections etc. prend aussi un temps beaucoup plus important que la plupart des gens ne l'imaginent.


3. Le plus difficile dans l'écriture, c'est de trouver les idées

Non, le plus difficile, c'est de CHOISIR UNE SEULE idée et DE S'Y TENIR JUSQU'AU BOUT.

Au stade des idées, y a pas de problème, on en a dix mille:
Mais il faut en choisir une (ô angoisse!) pour le projet en cours...

... et finir l'histoire. C'est là qu'arrivent les doutes, les angoisses, les pleurs et les larmoiements au téléphone avec ta mère.

4. Une fois que t'as un éditeur c'est tranquille, t'as totalement confiance en toi et en tout

Non, c'est toujours le doute et l'angoisse, avec en plus la peur de décevoir et l'envie permanente d'aller hiberner dans une grotte pendant le reste de ta vie. La remise d'un manuscrit ressemble donc à ça:

5. On gagne beaucoup d'argent
J'exagère, bien sûr. On a rarement de quoi s'acheter du champagne.

Nan allez j'abuse. Mais la perception du grand public est tellement, TELLEMENT fausse. Le nombre de fois où on me demande si j'écris 'pour l'argent'. Juste un rappel que la plupart des auteurs ne font pas ça à temps plein (et ne le veulent pas forcément, comme moi par exemple), et que ceux qui gagnent leur vie ne gagnent pas forcément un salaire qu'on pourrait qualifier de confortable. Si vous trouvez ça pas juste, achetez davantage de livres, pas sur Amaz$n si possible, empruntez-les en bibliothèque publique (on reçoit une somme à chaque fois!), et encouragez vos enfants/ amis/ etc à faire de même. De notre côté, on essaie d'obtenir plus de droits et de reconnaissance dans l'industrie du livre.

6. On écrit poussé par l'inspiration, qui s'adosse à notre épaule et nous murmure des belles phrases

Ou plutôt poussé par la deadline, qui te murmure d'écrire encore 3000 mots avant la fin de la journée sinon tu vas pas te coucher avec une tasse de thé et le dernier Robert Galbraith.

7. Tous les auteurs jeunesse rêvent en réalité d'écrire 'pour les adultes'

Bizarrement, non, certains (la plupart) d'entre nous écrivent pour les enfants parce qu'ils trouvent que c'est une activité intéressante, enrichissante et belle en tant que telle. Et si on écrit un jour pour les adultes, c'est pas forcément qu'on a 'évolué vers' cette littérature.

Vous avez le droit de penser qu'on est des losers, mais n'allez pas imaginer que nous en sommes à nos propres yeux. Nous, ça va bien. Et vous, vous nous prenez la tête.

Juste un peu.


23 commentaires:

  1. Huhuhu ^^ Réglages des pendules, check ! J'adore cet article (je devrais faire la même chose pour les libraire (jeunesse)) . Merci Clémentine!

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    1. ha je lirais avec plaisir un équivalent sur les libraires jeunesse!!
      (idée reçue numéro 1, j'imagine: 'Les libraires jeunesse savent EXACTEMENT ce qu'il faut pour votre neveu de 7 ans, étant donné que tous les garçons de 7 ans sont exactement pareils')

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    2. Et voilà, c'est fait : http://louvrage.canalblog.com/archives/2014/10/10/30735293.html
      Je n'ai pas ta plume ni ton coup de crayon, mais je me suis bien amusée! Et j'espère que tu me pardonnes le plagiat ! ^^

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    3. genial!!! j'adore. Merci beaucoup de l'avoir poste ici!

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    4. Comme je ne peux pas répondre sur ta page Facebook, je te remercie ici de ton partage là-bas !

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  2. En tout cas, j'APPROUVE !! TOUT ! Surtout le coup de l'idée qui devient tellement mauvaise, au bout de 50 pages !!

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    1. ha merci oui je 'dessine' une heure par semaine en écoutant On n'est pas couché #glamour #lavraievie

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  4. C'est tellement vrai qu'on dirait que c'est du vécu ! ;)

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  5. ah ouais, je suis d'accord avec tout, la peur de décevoir l'éditeur, garder une idée et s'y tenir ce qui signifie renoncer dans la douleur aux 58 493 autres, le moral fluctuant, le vrai plaisir d'écrire pour les enfants, le temps passé à "autre chose qu'à écrire", ... Très juste, tout ça.

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  6. Génial, encore.

    Je suis particulièrement fan de "Nan je déconne, on a rarement de quoi s'acheter du champagne"

    et bien sûr, le coup de couteau dans le bide du copain qui demande si c'est encore pour les enfants, cette fois. Moi c'est ma mère qui me fait le coup à chaque fois.

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  7. HAhahah! Excellent! Et visiblement chacun s'y reconnait! Je suis plutôt dans la catégorie: c'est le troisième que j'écris mais je suis toujours pas publiée! Un jour peut-être!
    Merci encore pour ce très chouette billet!

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  8. Excellent ! On prend où son bulletin d'adhésion au club ?
    Je plussoie particulièrement sur la méthode Coué. J'ai passé aujourd'hui les 6 mois et les 300 000 signes sur un roman ado et je commence à me demander si ça valait bien la peine...

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    1. Bienvenue aux Auteurs Anonymes alors! bon-jour-Lé-nia! ;)

      oui dur 6 mois là... argh

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  9. Super cet article ! Tellement vrai !

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  10. Coucou Clémentine,
    on rigole, on rigole.
    J'ai un petit faible pour la 4 et la 6... ça sent le vécu, les autres aussi finalement ;)

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  11. Tellement plus vrai que vrai tout ça, Clémentine ! Merci !

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  12. Merci de rétablir la vérité ;) La première fois qu'un éditeur m'a appelé, il a commencé par me dire "Bon, vous ne gagnerez pas beaucoup, mais vous le savez déjà n'est-ce pas ?"

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