dimanche 20 novembre 2011

Le tabou en littérature jeunesse


Merci à Mariesse d’avoir suggéré ce thème.

Le tabou, c’est l’indicible : l’interdit le plus puissant que l’on puisse concevoir, puisqu’on ne peut même pas le dire.

En littérature jeunesse, les tabous sont une vraie plaie. Personnellement, je pense qu’ils ne devraient pas exister, mais ils existent bel et bien, et avant de se lancer dans un roman pour enfants avec un thème « difficile », si l’on veut vraiment qu’il soit publié, il faut y réfléchir fermement. Car ceux qui pensent que « de nos jours, on peut parler de tout » se trompent. La plupart des éditeurs (et surtout les « grands » éditeurs) ne veulent pas publier de livres à thèmes tabous.

Cependant, les tabous évoluent, et il y avait il y a cinquante ans des thèmes complètement interdits en littérature jeunesse qui sont désormais relativement courants. Parmi eux :

  • Le divorce
  • Le sexe
  • La mort, particulièrement le suicide
  • L’avortement
  • L’homosexualité
  • La drogue
  • Le meurtre perpétré par l’adulte

Mais il y a toujours des vides sidéraux à certains endroits, qui prouvent bien que les tabous existent toujours. Actuellement, il est toujours extrêmement difficile dans un livre jeunesse d’aborder, entre autres:

  • La maladie grave
  • La prostitution
  • La torture
  • L’inceste
  • Le meurtre perpétré par l’enfant

Et plus on descend vers la petite enfance, évidemment, plus c’est risqué. Un roman « jeune adulte » comme Forbidden, de Tabitha Suzuma, peut aborder l’inceste frère/sœur (et encore, c’est un roman extrêmement controversé). Mais il est presque impossible, comme je l’ai découvert à mes dépens, de parler de cancer par le biais d’un album.

Mais pourquoi faudrait-il dire non aux tabous ?

C’est vrai, après tout : pourquoi aborder ces thèmes « horribles » ? C’est une question de conception de l’enfance. Les partisans des tabous adhèrent à une conception de l’enfance héritée de la période romantique : ils imaginent un enfant idéal, angélique, dont il faut absolument préserver l’innocence. Ceux qui pensent au contraire que les tabous sont indésirables adhèrent à une conception de l’enfance post-freudienne : l’enfant est désacralisé, l’enfance imaginée justement comme une période d’apprentissage et de négociation des interdits.

Dans la pensée moderne, cela se traduit par l’idée que le livre pour enfants est un moyen extrêmement puissant d’aborder les tabous, pour mieux les expliciter et les débarrasser de leur interdit « magique ».

Quand Judy Blume a publié Pour toujours, en 1975, personne n’avait jamais abordé la sexualité adolescente de manière aussi franche. Malgré la tempête de critiques indignées, Pour toujours est devenu un livre culte qui a aidé des millions d’adolescents à travers le monde à dédramatiser leur propre sexualité et à l’envisager avec humour et tendresse.

Les drogues dures étaient un sujet absolument tabou en littérature jeunesse jusqu’à la publication de Junk, en 1996, par Melvin Burgess. Ce bestseller mondial, encore une fois conspué par les partisans de « l’innocence », a présenté à des millions de lecteurs les scènes ultraréalistes, terriblement choquantes, d’une bande de jeunes héroïnomanes. C’était un sujet dont on ne parlait pas, et donc un sujet dont on ne savait rien.

Bien sûr qu’il faut s’adapter à la tranche d’âge lorsque l’on aborde un sujet tabou. Mais il faut les aborder, car si l’on ne le fait pas, on les nourrit. On ne « traumatise » pas les jeunes lecteurs en abordant des thèmes difficiles : il est impossible de savoir ce qui va traumatiser un jeune lecteur. Moi, j’étais traumatisée par Pinocchio et par Tistou les pouces verts.

Il est faux et dangereux de penser que les enfants ne sont pas « capables » de comprendre et d’assimiler des thèmes difficiles. Ce sont les adultes qui n’en sont pas toujours capables.

Et vous, qu'en pensez-vous? Avez-vous déjà été rejeté par des éditeurs pour cause de sujets "tabous"? Lesquels?

1 coups de plume:

  1. ouaip... handicap, prison et dictature (bon, pas dans le même album, hein, faut pas pousser !) : tous trois multi-refusés malgré des lectures hyper favorables.
    Dégoûtée, quoi.

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